FIFAM 2025 : rencontre avec Chriss Itoua, réalisateur

Le mardi 18 novembre, Chriss Itoua est venu présenter ses deux films Muanapoto et Grands garçons au Fifam 2025. Ces deux courts métrages sont des dialogues familiaux, l’un avec sa mère, l’autre avec son frère. Des dialogues qui déjouent les clichés et les attentes autour du coming out ou de la représentation de jeunes hommes noirs dans la ville. Le travail de Chriss Itoua est soutenu par la cinémathèque idéale des banlieues du monde, à l’initiative de la réalisatrice Alice Diop. L’objectif ? Déjouer les imaginaires dominants et proposer des contre-récits. Rencontre.

Autour de ses films comme des autoportraits en creux

Chriss Itoua explique que lorsqu’il a commencé à filmer son frère, à parler de sa bande de potes (il a d’abord filmé des scènes avec un téléphone avant que l’équipe de tournage ne prenne le relais), on lui renvoyait le fait qu’il examinait aussi leur lien fraternel, « ce que vous êtes l’un par rapport à l’autre ».

Le réalisateur a voulu montrer que si son frère et lui sont deux hommes noirs, souvent assimilés à un même groupe dans l’imaginaire ou les représentations, ce sont bien deux individus très différents. Tout autant qu’il est différent de sa mère. Cependant, ils vivent la même vulnérabilité, par rapport, par exemple, aux contrôles de police. Ils voulaient donc « se montrer » pour montrer ce qu’il y a de commun chez eux.

Dans Grands garçons, Junior raconte à Chriss comment il parvient à adapter son langage, être en osmose avec son interlocuteur, dispersé, sans que cela lui pose problème. En revanche, pour lui, son grand frère n’a qu’un seul langage.

Il en va de même de la posture, Junior fait attention à son attitude dans la rue de « peur » d’être mal perçu.

C’est cette confrontation des expériences qui rend le travail de Chriss Itoua passionnant.

Autour du choix des dispositifs et de la durée du tournage

Les deux films montrent des images d’archives familiales, qui n’ont d’autre vocation que d’être des moments de vie. Chriss Itoua y a ajouté un travail de documentaire avec des images plus « fictionnées », choisies. Enfin, ces images ont ensuite été montées, pour faire de ce regard, une histoire à raconter au-delà de la vie quotidienne qui est captée par la caméra.

Dans Muanapoto, Chriss Itoua se filme en train de regarder des images ou de faire des recherches internet. Les images sont projetées derrière lui et ceux qui regardent les images apparaissent en ombre, en contraste, au premier plan. Une manière de regarder et d’être regardé dans un même plan.

En effet, le réalisateur a fait le choix d’avoir une équipe de tournage. Il s’explique : « je ne suis pas le seul à les regarder, je voulais qu’ils aient conscience d’une équipe, d’une transformation, ce n’est pas juste une parole intime à un fils ou un frère ».

Les tournages sont des moments très concentrés, sur à peine quelques semaines. Chriss Itoua explique que le tournage est préparé, il sait ce qu’il vient filmer, et les discussions en amont sont comme des répétitions du tournage. Il ne vient pas filmer « sur le vif ». Ainsi, à ces images construites s’opposent, notamment dans Grands garçons, des images où Junior se met en scène à travers son téléphone : « ce sont eux qui se regardent eux-mêmes ».

Il laisse ainsi les contradictions des personnages, sans trop les corriger, comme lorsque la mère de Chriss lui explique qu’elle ne rejettera pas son fils mais qu’en même temps elle ne peut pas « tout accepter ».

Chriss Itoua insiste sur le fait que pour lui la parole est une « matière mouvante » au cinéma, qu’elle permet d’identifier l’individu, de le comprendre et de ne pas le figer.

Les deux films de Chriss Itoua sont des autoportraits autant que des explorations de relations intimes qui permettent de proposer de nouvelles représentations, en tout cas plus proches du ressenti des personnes filmées.

Pendant toute la durée de Muanapoto, Chriss évoque son coming out qui ne sera jamais filmé. Il décide de ne pas avoir à se conformer à cette attente, ne pas se résumer « à un instant de déclaration », mais bien voir comment le dialogue se fait, comment la relation avance au-delà de l’annonce.

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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