Festival Lumière JOUR 2 : Entre boxer ou conduire, il faut choisir
En ce mardi 13 Octobre, Lyon est toujours sous les nuages. A croire que la météo planant sur la Capitale des Gaules semble calculée sur l’arrivée du maestro Scorsese, qui selon pas mal de rumeurs, serait dans le premier train en partance de la Gare de Lyon à Paris. Mais qu’importe. Le Festival se vit avant tout par les films vus et non les personnes les ayant faites, donc autant se concentrer là-dessus. Car alors que la ville se réveille à peine d’une nuit froide et grisâtre, me voilà déjà en train d’esquisser ce qui s’apparentera à la feuille de route de mes pérégrinations de la journée. Il faut dire qu’avec une programmation lorgnant aussi bien du côté du film d’animation (Cars), que du film français représentés pour l’occasion par Gérard Oury, Georges Lautner et Julien Duvivier, en passant par le cinéma international avec Kurosawa, Sydney Pollack (Out of Africa) et évidemment Martin Scorsese, il est difficile de s’y perdre comme il est d’autant plus facile de faire les mauvais choix de séances.
Une rencontre inoubliable

I Drive !
Parti en avance, pour décrocher une bonne place, la vue de la salle quasi-comble est pour moi des plus frustrantes. Pour autant, loin de bouder mon plaisir, je m’assois dans un fauteuil, le calepin dégainé, encore non conscient que la présentation qui va suivre sera des plus étonnantes. Car à peine assis, que voilà Nicolas Winding Refn débarquant tout sourire sur la scène, chaleureusement accueilli par une salve d’applaudissement. Le metteur en scène danois, présent à Lyon pour assurer la promotion de son premier livre, recueil d’affiches de films de second genres oubliés des années 1960-1970, décide alors, sans doute sous l’impulsion de la présentatrice, de parler de cette curieuse passion pour les affiches de films, tournant invariablement autour du thème de la nudité féminine. Non sans un éclatant sourire, voilà ainsi que le natif de Copenhague raconte que cette incroyable collection provient d’un service rendu à l’un de ses amis. Ce dernier ayant besoin d’argent, Refn suggérera de lui acheter une collection d’affiches, pour la rondelette somme de 10 000 dollars. Un investissement conséquent, qui fera le bonheur du cinéaste 8 semaines après, quand une tripotée de cartons en tout genre, sont livrés sur le perron de sa porte causant l’incompréhension chez sa femme, pour qui cette lubie sexuelle était des plus mauvais gouts. Mais le cheminement des affiches entre leurs cartons et les pages policées d’un livre demeure flou. Heureusement, Refn a une réponse à tout et révèle que l’idée de coucher sur papier toutes ces affiches, revient à l’acteur canadien fétiche du danois, Ryan Gosling. En voyage au Danemark, l’acteur qui a réalisé Lost River cette année, aurait fouiné dans la maison du metteur en scène, quitte à plonger son nez dans les cartons contenant les fameuses affiches, confortant alors Refn de les compiler dans un livre spécialisé. Un livre au cout de production tel (100 000 dollars) qu’il a poussé le réalisateur à enchainer plusieurs spots publicitaires, et notamment un pour la marque de voiture américaine Lincoln, avec Mathew McConaughey, pour engranger les sommes nécessaires. All right ! All right ! All right !

Car oui, à peine le générique de fin entamé, que me voilà déjà dans le métro. Direction le Pathé Bellecour ou un deuxième film m’attend et non des moindres : Raging Bull de Martin Scorsese.
You fuck my wife ?
Paradoxalement présenté par le réalisateur Eric Lartigeau, auquel on doit le très consensuel La Famille Bélier et qui rage de voir une salle entière (ou presque) n’ayant pas vu ledit film, Raging Bull est l’un des jalons majeurs dans la non moins remplie filmo de Martin Scorsese. Réalisé alors que Marty était au bord du gouffre, entre forte addiction à la cocaïne et grave crise d’asthme, le film est décrit par Lartigeau, comme étant l’un des plus beaux manifestes du style scorsésien, puisque touchant là encore à la sacro-sainte forme ascension-chute-rédemption. Pour autant, Lartigeau y appose une autre anecdote, diablement plus intéressante, à savoir que Scorsese a fait ce film de manière kamikaze. Et à peine les premières images arrivent que cette impression de fin transpire de l’écran. Tourné en noir et blanc, le récit du boxer italo-américain Jake LaMotta est en effet le tremplin ultime vers la mort pour Scorsese. Travail titanesque sur le montage, les couleurs mais surtout les scènes de combat, qui nécessiteront presque un mois de tournage, le tournage est difficile. Teinté d’un langage grossier et d’une improvisation constante de la part de ses acteurs, Scorsese semble avec film, presque délivrer son testament, le ton monochrome se prêtant d’ailleurs très bien à cet exercice funèbre. Mais à l’arrivée, un seul constat : 35 ans après, Raging Bull resplendit de mille feux et impressionne par sa virtuosité, voyant plan iconique et répliques cultes s’enchainer à la vitesse d’un jab et nous frapper avec la force d’un uppercut. Mordant, détonnant, original, et terriblement attirant, cette fresque quasi contemporaine de la jeunesse de Scorsese vaut assurément le détour et ne fait que confirmer le sans-faute entrepris par l’Institut Lumière, qui a décidément muri le choix de sa sélection.