Festival de Deauville 2023 : la vie selon Ann, la femme invisible

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Présenté en compétition au Festival de Deauville 2023, La vie selon Ann de Joanna Arnow décrit le quotidien d’une femme trentenaire s’épanouissant sans complexe dans la soumission sexuelle comme professionnelle. Un portrait sans relief, aux longueurs parfois dérangeantes, où se succèdent une suite de saynètes plutôt ennuyeuses. 

Déjà connue pour des courts et moyens-métrages, I hate myself et Bad at dancing, Joanna Arnaw s’inspire de sa vie personnelle et de ses observations pour raconter selon ses dires « des histoires authentiques avec vulnérabilité (…) à travers des sujets comme la solitude, la sexualité et les relations sentimentales« . Dans La vie selon Ann, elle incite à assumer cette posture de soumission, qui se doit d’être choisie et non subie. Si l’intention est louable, la forme passive de la mise en scène et la lenteur de scènes successives inintéressantes rendent le film assez indigeste.

50 nuances de nus

Aux yeux des autres, Anne ne semble pas exister. Dans son entreprise, personne ne la connaît à part son collègue de bureau. Elle se voit ainsi remettre un prix pour sa première année d’employée alors qu’elle travaille dans cette compagnie depuis trois ans. Elle ne trouve pas davantage de considération auprès du service des ressources humaines, qui lui impose un changement d’intitulé sur son poste.

A l’image de sa vie professionnelle, Anne joue les soumises dans ses relations sexuelles. Via les applications, elle rencontre des hommes dominateurs, des « maîtres », et exécute sans broncher tous leurs désirs, jusqu’à l’impossibilité de pouvoir parler. Elle prend un malin plaisir à n’en prendre aucun, à se réduire un rang d’un cochon que l’on ridiculise et qui se nourrit d’assiettes de pâtées peu ragoûtantes. La vie selon Ann donne ainsi à voir sa réalisatrice et actrice principale, Joanna Arnaw, filmée nue pendant une heure à réaliser des jeux sexuels ou à rester muette dans une pièce. Un délire personnel et surtout une bonne partie d’ennui qui a fait sortir une bonne vingtaine de spectateurs au bout de quinze minutes. 

Si quelques scènes caustiques et l’absurdité des situations ont fait rire ici ou là, l’essai comique ne sera sûrement pas au goût de tout le monde. Sur un thème proche, 50 nuances de Grey a proposé une version mièvre, sans intérêt, mais romantique qui au moins n’écoeurait pas. La lassitude est renforcée par une réalisation exclusivement en plans fixes, conduisant la mise en scène figée à stagner tout autant que le scénario, quasiment linéaire.

L’art de la communication vide

Mettre une pomme ou une pêche dans son sac ou non, telle est la question qui occupe une scène de deux minutes. La vie selon Ann montre toute la difficulté de communiquer, y compris avec des proches ou des partenaires sexuels. Anne ne parle donc de rien avec ses parents, leurs dialogues restent anecdotiques quand ils ne sont pas inexistants. Il en va de même pour les discussions avec Allen, le maître qu’Anne fréquente régulièrement. Leurs échanges tournent en rond, à la limite de l’absurde, car Allen lui pose systématiquements des questions identiques, dont il oublie la réponse à chacune de leur rencontre. Nul besoin cependant, de dix scènes similaires pour comprendre le propos.

Au final, on sort de La vie selon Ann avec soulagement et l’envie folle d’enchaîner sur un autre film du Festival afin de nous laver la rétine. Un premier long-métrage à réserver à un public averti. 

La vie selon Ann : fiche technique

Réalisation : Joanna Arnaw
Scénario : Joanna Arnaw
Interprétation : Joanna Arnaw (Ann), Scott Cohen (Allen), Babak Tafti (Chris), Alysia Reiner (la soeur), Peter Vack (Thomas)…
Photographie : Barton Cortright
Musique : Robinson Senpauroca
Producteurs : Graham Swon, Pierce Varous
Sociétés de production : Ravenser Odd, Nice Dissolve
Durée : 1h27
Genre : comédie
Date de sortie : prochainement

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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