FDCA 2025 : Les nuages sont faits de pluie : les derniers jours d’une condamnée

Qu’est-ce qui fait basculer un film de la réussite au demi-échec ? Les nuages sont faits de pluie, première réalisation de Benjamin Kramme (1982, Weimar -), jusqu’alors acteur — on l’a notamment vu et apprécié en Wenni dans Gundermann (2023), d’Andreas Dresen —, pose la question.

Les nuages sont faits de pluie (Ich sterbe. Kommst du, traduisible en « Je meurs. Viens-tu ») coche pourtant toutes les cases des intentions respectables. Personnellement très engagé, à côté de ses activités professionnelles, dans le travail social auprès d’handicapés, de malades psychiatriques ou de personnes âgées, le réalisateur, co-scénariste avec son actrice principale, Jennifer Sabel, connaît son sujet. Ils imaginent une jeune mère, de caractère assez rugueux, confrontée à l’approche de sa propre mort, suite à un cancer du sein ayant échappé au contrôle de la médecine. Les débuts du film la présentent rejoignant, conduite par sa mère, l’établissement spécialisé qui accompagnera ses derniers temps.

L’émotion est convoquée, parfois présente, lors des échanges avec les autres malades, mais un peu forcée dans les contacts malheureux avec le jeune fils qui s’effraye devant sa mère rongée par le cancer et préfère souvent la fuir. Le scénario équilibre, comme pour un bon plat, moments de larmes et instants de rires, malheureusement peu crédibles, en ces circonstances ou dans la manière, très conventionnelle, dont ils sont amenés.

Sans doute aussi la figure de l’héroïne manque-t-elle de profondeur, de complexité, de sincérité, ce qui empêche une adhésion plus profonde face au tragique du sort qu’elle subit. On regrette d’autant plus cette distance qui s’installe finalement assez rapidement, et de plus en plus nettement, que l’image de Jean-Pierre Meyer-Gehrke est plutôt belle, subtilement travaillée, mêlant avec nuance teintes chaudes et froides, reflets de la vie qui continue et de celle qui s’en va ; et que l’on a le vif et trop passager plaisir de retrouver Judith Engel dans un second rôle émouvant et plutôt réussi, se réfugiant avec détermination dans ses rêves face à la maladie qui gagne du terrain. Une grande actrice, trop discrète, et qui porte avec elle toute la subtilité que l’on avait savourée dans le magnifique premier film d’Ann-Kristin Reyels, Des Chiens dans la neige (2007), ou encore Le Bois lacté (2003), de Christoph Hochhäusler.

Les nuages sont faits de pluie : bande-annonce

Les nuages sont faits de pluie : fiche technique

Titre original : Ich sterbe. Kommst du ?
Titre international : The clouds are made of rain
Réalisation : Benjamin Kramme
Scénario : Benjamin Kramme, Jennifer Sabel
Interprètes : Jennifer Sabel, Barbara Philipp, Hildegard Schroedter
Photographie : Jean-Pierre Meyer-Gehrke
Montage : Julius Holtz
Musique : Sebastian Schmidt
Sociétés de production : Mafilm, RBB
Pays de production : Allemagne
Genre : Drame
Durée : 1h38

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