Deauville 2025 : Boy Erased, Deauville Talent Award Joel Edgerton

Chaque année, le Festival de Deauville récompense, grâce au Deauville Talent Award, l’œuvre de cinéastes américains émérites. Une occasion exceptionnelle de reconnaître leurs talents, mais aussi de faire découvrir leurs films au public. Pour cette 51ème édition, c’est l’Australien Joel Edgerton qui a été choisi, aux côtés de Pamela Anderson. Acteur devenu scénariste, réalisateur et producteur, il a progressivement acquis une notoriété incontestable. Son deuxième long-métrage, Boy Erased, dans lequel il interprète un thérapeute glaçant, a particulièrement marqué sa carrière.

Connu pour son rôle d’Owen, l’oncle d’Anakin, dans la prélogie Star Wars, Joel Edgerton a envahi nos écrans dans les années 2010 avec Warrior, Zero Dark Thirty, Gatsby le Magnifique, ou encore Loving, qui lui a valu une nomination aux Golden Globes. Une exploration des genres et des registres qu’il poursuit avec The Gift, son premier film, et plus récemment, Master Gardener de Paul Schrader.

Cette année, la sélection officielle de Deauville a largement mis Joel Edgerton à l’honneur. D’abord dans Train Dreams, présenté en avant-première. Puis avec The Plague, au sein de la Compétition. Sans oublier un panel de ses films, dont Boy Erased, un drame sensible sur les thérapies de réorientation sexuelle aux États-Unis.

Distress therapy

Aux États-Unis, l’activité des centres de conversion reste aujourd’hui légale dans une vingtaine d’États. Des dizaines de milliers de citoyens ont ainsi été envoyés, pour ou contre leur gré, suivre des sessions de groupes destinées à soigner leur homosexualité. Cette pratique, explicable dans une société éminemment religieuse, a conduit à de sérieuses dérives relativement peu médiatisées.

Après Come as you are, véritable plaidoyer pour la liberté des adolescents, Boy Erased aborde la thérapie de réorientation sous l’angle du drame familial. Jared, un jeune lycéen, a grandi au sein d’une famille chrétienne dirigée d’une main de fer par son père, le pasteur Marshall, campé par Russell Crowe. Lorsqu’il révèle à ses parents son attirance pour les hommes, Marshall décide de lui faire suivre un programme de conversion. Adapté d’un livre témoignage de Garrard Conley, le film s’attache à montrer comment l’intolérance conduit à la souffrance et à la haine.

Au sein d’une bande de garçons et de filles, Jared se retrouve aux mains de Victor Sykes, un thérapeute dont les méthodes aussi obscures que charlatanesques passent par le mensonge, l’intimidation, le mépris et l’avilissement. La fin justifie les moyens. Aussi, tout semble bon pour affirmer que l’homosexualité est une maladie à guérir. Arbres généalogiques retraçant les péchés familiaux, analogie de la sexualité et du foot, qui ne sauraient être innés, séances d’aveux individuels, isolement, opprobre. Joel Edgerton incarne avec brio un gourou froid et implacable, qui détruit des hommes plus qu’il ne les reconstruit. Avec ce traitement de choc, Boy Erased dénonce avec justesse les sévices infligés aux jeunes ayant suivi ces thérapies, ainsi que l’art douteux de ces pseudo-médecins, qui prétendent guérir sans posséder la moindre qualification. Et c’est là l’intérêt majeur du film.

En dehors de cette critique incisive, le film déroule en effet un récit académique sans la moindre surprise. Un fils, initialement prêt à changer, s’affirme en affrontant ses parents. Boy Erased met ainsi l’accent sur l’amour d’une mère, prête à s’opposer à l’intolérance de son mari. Car les valeurs morales de Marshall demeurent inconciliables avec l’identité de son fils. Même si les parents ne se résument pas à des figures caricaturales d’opposition, l’histoire, assez lisse, ne nous emporte pas totalement. La mise en scène, classique également, n’apporte pas davantage d’éclat à ce drame conventionnel. La performance du quatuor d’acteurs et le portrait glaçant de la société américaine permettent néanmoins à Boy Erased de véhiculer un message marquant.

Quelques années plus tard, le documentaire Pray Away, disponible sur Netflix, et Les Fleurs du silence de Will Seefried se sont emparés des thérapies de conversion avec la même volonté de tirer la sonnette d’alarme.

Bande-annonce – Boy Erased

Fiche technique – Boy Erased

Réalisation : Joel Edgerton
Scénario : Joel Edgerton
Production : Focus Features, Perfect World Pictures, Anonymous Content, Blue-Tongue Films
Distribution : Universal Pictures International France
Interprétation : Lucas Hedges, Nicole Kidman, Joel Edgerton, Russell Crowe…
Genres : Drame
Date de sortie : 27 mars 2019
Durée : 1h55
Pays : Etats-Unis

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.
Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.