Cannes 2024 : My Sunshine, le temps d’un hiver

En dehors de la Compétition, la section Un Certain Regard du Festival de Cannes met en lumière des films originaux réalisés par des cinéastes encore méconnus. Avec My Sunshine, le japonais Hiroshi Okuyama, qui pourrait revendiquer l’héritage d’Hirokazu Kore-eda, nous fait découvrir un drame sensible inspiré de ses souvenirs d’enfance. En mettant en scène un duo de patineurs dans la fleur de l’âge, très différents mais unis dans la danse, il nous renvoie avec un brin de nostalgie aux sources de la jeunesse.

Synopsis : Sur l’île d’Hokkaido, l’hiver est la saison du hockey pour les garçons. Takuya, lui, est davantage subjugué par Sakura, tout juste arrivée de Tokyo, qui répète des enchaînements de patinage artistique. Il tente maladroitement de l’imiter si bien que le coach de Sakura, touché par ses efforts, décide de les entrainer en duo en vue d’une compétition prochaine… À mesure que l’hiver avance, une harmonie s’installe entre eux malgré leurs différences. Mais les premières neiges fondent et le printemps arrive, inéluctable.

« J’ai appris que toute expérience pouvait faire un film », affirme le réalisateur japonais. Lui-même patineur, Hiroshi Okuyama souhaitait raconter une histoire autour de cette discipline qu’il a apprise lors de ces jeunes années. Une idée toute naturelle, car il adore placer ses films à hauteur d’enfant. Dans Jésus, son premier long-métrage, le réalisateur s’attachait à la rencontre entre Yura, un jeune homme envoyé dans une école catholique, et une étonnante incarnation du Christ. Avec My Sunshine, Hiroshi Okuyama poursuit son portrait de l’enfance à travers les yeux rêveurs d’un garçon timide, Takuya.

C’est dans la chanson « My Sunshine » d’Humbert Humbert, qui a donné son titre au film, que le cinéaste japonais a puisé son inspiration pour nous offrir un doux conte, teinté de mélancolie, sur la fin de l’enfance. My Sunshine sera également présenté en ouverture des Saisons Hanabi en novembre 2024.

La fonte de l’enfance

En plein hiver, sur l’île d’Hokkaido, Takuya s’entraîne nonchalamment au hockey. Maladroit et moqué par ses camarades, il préfère s’intéresser à Sakura, une élégante jeune fille tout juste arrivée de Tokyo, qui s’exerce sans relâche à des figures de patinage. En cachette, il essaie sans succès de l’imiter jusqu’à ce que le coach de Sakura, Arakawa, intrigué par sa détermination, propose de lui offrir des cours. Mais le patinage artistique n’est pas une discipline pour les garçons, qui s’adonnent normalement au hockey.

Par cette séparation tranchée entre deux activités respectivement réservées, selon les mœurs, aux filles et aux garçons, My Sunshine nous rappelle évidemment l’opposition radicale entre la boxe et la danse dans Billy Elliot. Tout comme le jeune Billy, Takuya ne semble pas à l’aise au sein de son groupe masculin. Attiré par une fille gracieuse qui semble inaccessible, il troque ses patins pour la rejoindre sur la glace. Les deux enfants glissent en effet dans deux mondes bien distincts. Sakura appartient manifestement à une classe plutôt aisée. Elle semble promise à un avenir radieux et sa mère entretient à son égard de grandes espérances. Quant à Takuya, il vient d’un milieu plutôt modeste. Il manque de confiance en lui et souffre de bégaiements qui rendent complexe son expression orale. Ses parents, ouverts d’esprit, se montrent prêts à le soutenir quel que soit son choix.

Contrairement à Billy Elliot, My Sunshine ne traite donc pas de luttes familiales à travers une tumultueuse relation père-fils. Il compose le récit d’une amitié, d’un amour naissant qui se tisse en dépit des différences. En s’entraînant en duo en vue d’une compétition, Takuya et Sakura vivent, à mesure que l’hiver avance, des instants spontanés de bonheur filmés avec une grande délicatesse. Leur lien, loin de se nouer par des dialogues presque totalement absents, s’exprime par des regards, des contacts fugaces de bras et de mains lors des pas de deux. Alors que la neige fond, l’innocence et l’enfance s’effacent pour faire place au printemps de l’adolescence.

Dans son interview, Hiroshi Okuyama a déclaré avoir laissé les deux comédiens, patineurs mais sans expérience d’acteur, interpréter leur rôle relativement librement. Il se dégage ainsi de My Sunshine une vraie sincérité, une aura naturelle qui nous emporte. Le réalisateur souhaitait « que chaque spectateur, en empathie avec les sentiments de Takuya et de Sakura, pourra se remémorer des souvenirs d’enfance oubliés et des sentiments alors éprouvés ». Un pari réussi où le rêve ressurgit.

La fabrique des rêves

Imprégné par une lumière claire, baignée de soleil, My Sunshine donne une image douce et idéalisée de l’enfance. La patinoire en semble presque féérique, comme un îlot de paix dans le monde. Pour le coach Arakawa, elle représente précisément un songe, un mirage. Et s’il soutient autant Takuya, c’est bien parce qu’il s’identifie complètement à ce garçon. Il essaie, à travers lui, de réaliser son rêve : prendre son envol sur la glace et participer à des compétitions.

À l’extérieur de la patinoire, en effet, la société japonaise n’est pas toujours complaisante. Tout en douceur, My Sunshine brosse alors une toile de fond homophobe, susceptible de barrer la route à des aspirations personnelles. Un message subtilement esquissé, qui ne prend jamais le pas sur ce récit d’apprentissage traité à fleur de peau. Face à ce drame empreint d’une telle tendresse, une certitude demeure : le regard d’enfant d’Hiroshi Okuyama n’a pas fini de nous toucher.

My Sunshine est présenté à un Certain Regard au festival de Cannes 2024.

Fiche technique

Réalisé par : Hiroshi OKUYAMA
Année de production : 2024
Pays : Japon, France
Durée : 1h30
Date de sortie : 25 décembre 2024

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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