Arras Film Festival, 25ème édition : Résister pour exister autrement

« There is no alternative », disait Margaret Thatcher en fin de non-recevoir. La 25ème édition de l’Arras Film Festival répond non seulement par la négative, mais propose des modes de résistances alternatives. Tel est le fil rouge même pas distendu qui articule les films que nous allons évoquer aujourd’hui.

On ne pense pas forcément politique lorsque l’on évoque Franck Dubosc. Pourtant, Un ours dans le Jura mérite qu’on lui accorde un pupitre. Asseyez-vous 5 minutes, buvez frais (ou chaud, c’est la saison) on vous explique. À l’approche de Noël, un quidam de la France d’en bas tue par accident deux quidams de la France d’en haut en essayant d’éviter un ours au volant de son pick-up. Coup de bol – ou pas -, les deux victimes qui n’auraient pas dû être là transportaient deux millions en cash dans le coffre de leur bagnole…

Selon vos affiliations cinéphiles, vous reconnaîtrez peut-être le Fargo des frères Coen ou Un plan simple de Sam Raimi. Dans le pitch, dans le cadre et même dans l’iconoclasme macabre dont les cinéastes pré-cités ont fait leur marque de fabrique lorsqu’ils racontent l’histoire de losers confrontés aux cadeaux empoisonnés de la vie. Mais il n’y a pas de fatalité, seulement ce qu’on fait des cartes distribuées par le karma, semble répondre Dubosc. Le réalisateur/interprète ne donne au couple joué par lui-même et Laure Calamy le temps de faire trop de conneries avec l’oseille tombée du ciel. Par une gymnastique scénaristique plutôt bien articulée, l’argent finit par faire le tour des habitants et colmater l’austérité quotidienne du français moyen. Celui qui subit les aléas du monde sur son panier de courses, trop occupé à garder la tête hors de l’eau pour rêver à la good life. Un ours dans le Jura devient un vrai conte de Noël redistributif qui blanchit l’argent sale bien mal acquis mais, en l’occurrence, bien utilisé. Une proposition réellement originale et atypique qui vaut bien plus que ses allures d’exercice de style écrasé par ses modèles, et sait tirer le meilleur de ses comédiens. Mention spéciale à Benoît Poelvoorde, juste et juste « juste » dans le rôle du gendarme rondouillard qui arbitre le conflit avec bienveillance.

The Gardener’s Year, a plus encore à offrir qu’un propos bien ficelé : un véritable manuel de résistance pacifique. Le « western patates » comme le définit le réalisateur Jiri Havelka raconte l’histoire d’un fermier qui ne laisse rien ni personne perturber son stoïcisme rectiligne. Même pas le manoir d’à-côté acheté par un riche trop riche pour apparaître à la caméra et qui s’emploie sournoisement à le déloger de chez lui… Mais le menhir est autant déterminé à rester qu’à ne pas laisser la situation altérer son éthique d’un iota. La parabole de David contre Goliath a fait les grandes heures du cinéma américain, mais ce que le cinéaste raconte ici, c’est plutôt une itération du mythe de Pyrrhus : un homme qui s’emploie jour après jour à reconstruire ce que son adversaire détruit, sans jamais céder à l’appel de la vengeance. Malgré son canevas ultra-minimaliste, The Gardener’s Year fait figure de véritable roller-coaster émotionnel jouant en crescendo avec les nerfs du spectateur, en anticipation permanente d’une explosion qui ne vient jamais. Un plaisir de cinéma pour de vrai et judicieusement roublard, parfaitement conscient de son public.

La résistance n’est pas plus une option dans Le choix du Pianiste de Jacques Otmezguine, évocation de la vie de François Touraine, musicien d’exception au destin emporté par les heures sombres de la Seconde guerre mondiale et l’occupation. Il faut se ménager un petit quart d’heure pour s’habituer au jeu très « Cours Florent » des comédiens avant de rentrer dans un film plus singulier qu’il n’y paraît.

Car Le Choix du pianiste est moins un biopic sur un musicien qu’un film qui s’efforce de raconter musicalement l’histoire d’un musicien. Ce n’est pas jouer sur les mots, mais sur un montage qui cherche l’accord plutôt que simplement le raccord entre deux plans ou deux séquences, une mise en scène qui préfère le jeu d’orchestre du plan aux solos du champ/contre-champ, un scénario qui refuse de se ranger à la chronologie linéaire pour éclater les temporalités. Le tout trahit un peu plus que parfois son manque de moyens, mais se révèle une véritable proposition de cinéma qui n’oublie pas de questionner la place de l’artiste dans le monde. Sa place, son poids, et son besoin d’être aligné avec tous les compartiments de son être pour traverser les affres de la création.

Festival

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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