Eddie The Eagle, un film de Dexter Fletcher : Critique

Eddie The Eagle (surnom d’Eddie Edwards) est un biopic qui se démarque par l’originalité du thème traité. En effet, Dexter Fletcher fait le choix de s’intéresser à un sportif aujourd’hui oublié. Finies les superstars, place aux souvenirs et aux hommes ayant fait la fierté, même durant une courte période, de leur nation.

Synopsis : Eddie Edwards n’a jamais rien eu d’un athlète, bien au contraire. Pourtant, depuis qu’il est petit, il n’a qu’un seul rêve : participer aux Jeux Olympiques. Au fil des années, ni son piètre niveau sportif, ni le manque de soutien, ni les moqueries n’ont entamé sa volonté. Et c’est ainsi qu’en 1988, celui qui n’a jamais lâché a réussi à se retrouver, on ne sait trop comment, aux Jeux Olympiques d’hiver de Calgary. Avec l’aide d’un entraîneur aussi atypique que lui, ce sauteur à ski pas comme les autres va secouer le monde du sport et conquérir le cœur du public en accomplissant une performance olympique aussi improbable qu’historique…

Le film nous dévoile le parcours d’un homme et son envie de réussir. Ainsi, on remonte à l’enfance de ce drôle de personnage afin de saisir tout l’enjeu des objectifs qu’il se fixe. La construction narrative est simple, fidèle à bon nombre de biopics, et permet au spectateur de ne pas rater un détail marquant ou à un fait clé de l’histoire du sportif. Mais parfois, faire dans le conventionnel est une bonne chose. Eddie The Eagle est un excellent feel-good movie, qui ne peut que faire naître un sourire sur le visage du spectateur ce dernier une fois sorti de la salle. On ne s’ennuie pas et on suit avec plaisir les péripéties du jeune homme. Meme s’il est parfois agaçant, voire tête à claques, on ne peut qu’éprouver de l’empathie pour lui, tant il est touchant et tant il veut prouver de quoi il est capable. Taron Egerton campe à la perfection Eddie Edwards, allant jusqu’à jouer la déformation faciale de ce dernier, celui ci etant prognathe. Son rôle se détache de celui qu’il nous avait proposé dans Kingsman, et le jeune homme prouve qu’il a plus d’une corde à son arc, car cette prestation n’est pas toujours des plus faciles, et a nécessité un jeu plus poussé qu’elle ne peut le laisser croire.

Mais la carrière de Eddie Edwards c’est également le travail d’un entraîneur, qui, lorsque l’on est confronté à lui, est désagréable au possible. Alcoolique et méprisant, Hugh Jackman endosse avec succès le rôle de Branson Peary. Au fur et à mesure de l’histoire, on apprend à le connaître, et son vrai visage s’offre à nous, ainsi, l’acteur américain fait preuve d’une réelle folie qui fait plaisir à voir. Rires, cris de joie et coups de gueule font de son personnage un individu haut en couleur qu’on apprend à aimer, même si on ne peut échapper au cliché de l’homme qui renie son passé et qui ne souhaite jamais en parler. Eddie the Eagle repose sur un duo d’acteurs génial qu’il est agréable de suivre. Chaque personnalité est différente, et pourtant, l’association est parfaite, laissant parfois place à de nombreuses scènes humoristiques, mais également à de réels moments de grâce. Aussi, les petites apparitions de Christopher Walken ne peuvent que faire plaisir, si on aime l’acteur, même si son personnage n’est pas des plus importants.

De son côté, Dexter Fletcher ne fait pas le travail à moitié et s’approprie l’histoire du sportif anglais. Les décors sont majestueux, et pourtant attendus, vu qu’ils sont essentiellement composés de pistes de saut à ski. La photographie est réfléchie, et surprend. Ainsi, les sauts à ski seront en gros plan sur Taron Egerton, à la manière des décors déroulants des films de Hitchcock, lorsque les protagonistes sont au volant de leur voiture. Certes, la photographie reste toutefois classique, mais elle n’en est pas moins plaisante. Enfin, il est vrai que le scénario est prévisible, surtout si l’on connaît l’histoire du sportif, et les musiques extra-diégetiques accentuent parfois un côté mélo un peu pompeux mais ce n’est pas ca qui nous empêche de passer une bon moment.

Eddie the Eagle est donc une bonne comédie, et permet de passer un bon moment de cinéma. Le duo d’acteurs remplit parfaitement son travail et fait des personnages des êtres attachants, que l’on aimerait connaître davantage.

Eddie The Eagle : Bande-annonce

Eddie The Eagle : Fiche technique

Réalisateur : Dexter Fletcher
Scénario : Simon Kelton, Sean Macaulay
Interprétation : Taron Egerton, Hugh Jackman, Christopher Walken, Keith Allen, Jim Broadbent…
Photographie : George Richmond
Montage : Martin Walsh
Musique : Matthew Margeson
Direction artistique : Tim Blake
Producteurs : Matthew Vaughn, Adam Bohling, David Reid, Rupert Maconick
Sociétés de production : Marv Films, Saville Productions
Distribution (France) : Twentieth Century Fox France
Durée : 95 minutes
Genre : Comédie dramatique, biopic
Date de sortie : 4 mai 2016

Royaume-Uni, États-Unis, Allemagne – 2016

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Zoran Paquot
Zoran Paquothttps://www.lemagducine.fr/
Etudiant lillois passionné de cinéma, ayant plusieurs courts-métrages à mon actif, je baigne dans cet art depuis ma plus tendre enfance, grâce à un père journaliste m'ayant initié au visionnage intensif de films, mais également friand de théâtre, et d'arts en général. Admirateur de Nicholson, fou de Jim Carrey et fervent défenseur du cinéma français. Mon film culte ? Vol au-dessus d'un nid de coucou, Milos Forman, 1975.

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.