The Witcher, l’héritage du sang, au bûcher !

The Witcher, c’est peut-être l’un des meilleurs univers littéraires fantastiques existant. C’est, assurément, l’un des plus grands jeux vidéo de tous les temps (le 3, surtout le 3) et maintenant, c’est une série qui a eu le malheur d’arriver chez Netflix. Si la plateforme de Streaming parvient à proposer de vraies bonnes choses, particulièrement dans l’animation où elle excelle, elle peine véritablement à convaincre dès qu’il faut mettre un nombre à 7 chiffres sur la table. Si le manque de budget avait été le seul souci de ce spin off, on n’aurait relevé que ça. Malheureusement…

Le dernier vœu : que tout s’arrête

Nous sommes plus de mille ans avant les évènements de la série principale. Deux mots à son sujet, The Witcher peut être sympathique pour ceux qui n’ont pas lu les livres, un calvaire pour les fans. Le show déçoit tellement sur ce point que son acteur principal a décidé de quitter le navire à l’issue de la troisième saison, dégoûté par le manque de respect de Netflix vis-à-vis de l’œuvre originale. The Witcher : L’héritage du sang arrive donc au pire moment : la série mère peine à convaincre totalement et Henry Cavill (un dieu vivant dans l’univers geek) se fait la malle. La rumeur court que les scénaristes n’aiment ni les livres, ni les jeux. On ne confirmera rien. Toutefois, en sortant de la mini-série, on n’a qu’une seule certitude : ils n’ont pas lu l’œuvre d’Andrzej Sapkowski , ce n’est pas possible autrement. Mais bon, mettons cela de côté et prenons-la telle quelle.

Disons-le très clairement, le show n’a aucun, mais strictement aucun intérêt. C’est d’autant plus dommageable que les idées principales du scénario ont un immense potentiel. Le voyage entre les mondes, le déchirement des races, la lutte des classes, le pouvoir de la foule, les sorceleurs. Tout est expédié, incohérent ou non expliqué. C’est là… et c’est tout. On nous avait promis une intrigue focalisée sur la création du premier sorceleur et sur la conjuration des sphères (un cataclysme qui aura bouleversé l’équilibre des mondes), tout est traité avec une très rare médiocrité et une désinvolture que les fans prendront comme une insulte personnelle. Les personnages ne sont pas travaillés, très mal introduits et stéréotypés au possible. Insupportable, d’autant que l’univers de The Witcher aurait pu sans aucune difficulté rivaliser avec celui de Game of Thrones, avec des scénaristes compétents, tant le matériel de base est complet.

Le tout se termine au bout de 4 épisodes, que l’on sent bien passer. Si quelques passages restent sympathiques (ils sont rares), difficile de trouver une seule chose positive au dernier volet, véritable leçon de tout ce qu’il ne faut pas faire. Visuellement hideux, mal, très mal écrit et à l’issue expédiée en deux temps, trois mouvements, on en rigolerait presque. Incapable de puiser dans les évènements des romans, les scénaristes s’engouffrent dans l’incohérence constante, où les scènes d’action surgissent par la magie du scénario, pour la plupart d’entre elles. Enfin, si on apprécie un casting avec plus de diversité, on déplore qu’elle ne soit pas expliquée, dans un univers dont le climat et la géographie rappellent vaguement l’Europe médiévale. Non, il n’est pas normal de trouver des elfes blancs (chauves et barbus, qui plus est !), noirs et asiatiques, sans avoir d’explication. The Witcher est un univers de fantasy et placer des personnages de couleur juste pour la diversité et remplir le cahier des charges ne fait qu’endommager la cohérence de l’univers. Attention, il n’y aucun problème avec ça, mais il faut que ce soit expliqué, surtout dans ce monde où le racisme est souvent omniprésent. D’où viennent-ils ? Qui était sur les terres en premier ? Comment s’est passé la cohabitation ? Voilà, répondre à ces questions aurait résolu le problème.

Jette un sou au sorceleur

Bon, on va quand même en parler, parce qu’il faut en parler : The Witcher : L’Héritage du sang est laid. Comme toujours, avec Netflix, les fonds verts sont grillés à des kilomètres, les décors sonnent faux et souffrent d’un minimalisme presque insultant. On a parfois l’impression d’être ailleurs, certains endroits ressemblant fortement à une cantina délabrée de l’univers Star Wars.  Pire, même les décors filmés à l’extérieur sont laids, fades, malgré quelques plans magnifiques. Oui, Netflix est parvenue à enlaidir l’Islande. Les armes hurlent qu’elles sont factices.  Attention, on ne parle pas d’un choc d’acier à l’effet douteux lors d’une scène d’action. Non, les armes sont fausses, tout le temps. On peut presque voir les plis du caoutchouc sur les épées en mousse. Du montage raté au sound design, qui confond des bruitages pendant des séquences d’action, aux chorégraphies, tout est raté, bâclé. Tout ça, c’est quand la série nous fait l’honneur de nous laisser assister aux affrontements, certains d’entre eux se font hors-champ (et pas pour des raisons artistiques, évidemment).

Finalement, à qui s’adresse ce spin-off ? Aux fans ? Non, certainement pas. En plus de leur arracher les yeux, c’est leur cœur que tente d’atteindre cette mini-série. Mais pas comme le ferait une bonne série, non. Eredin, par exemple, antagoniste d’exception dans les autres œuvres, se révèle moins charismatique qu’un méchant secondaire d’un épisode de Smallville. Pour les autres, on pouvait saluer l’idée d’enrichir l’univers en attendant la saison 3. Malheureusement, l’histoire à dormir debout, la fin catastrophique et l’absence totale de développement de personnages auront surement raison de l’envie de 95% d’entre eux. Vous voulez une meilleure adaptation ? Regardez plutôt Dragon Ball Evolution, c’est mieux.

Bande-annonce : The Witcher : L’Héritage du sang

Fiche technique :

Titre : The Witcher : L’Héritage du sang
Réalisation : Sarah O’Gorman / Vicky Jewson
Casting : Michelle Yeoh / Jacob Gollins-Levy / Sophia Brown (III) / Lenny Henry 
Plateforme : Netflix
Date de sortie : 25 Decembre 2022
Format : Mini-série de 4 épisodes
Durée : 43 à 64 minutes.
Création et scénario : Declan de Barra
Genre : heroic fantasy

Note des lecteurs2 Notes
0.5

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Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
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