The Red Road, Une Série d’Aaron Guzikowski: Critique

La série The Red Road diffusée sur Sundance Chanel sortira en DVD le 27 mai 2015.

Série américaine en six épisodes diffusée sur Sundance Chanel depuis février 2014, The Red Road nous conduit sur les chemins sombres et mystérieux des montagnes Ramapo, une chaîne de forêts des Appalaches située au sud de New-York.

The Red Road est un thriller noir crée par Aaron Guzikowski (scénariste de Prisoners) et Bridget Carpenter (producteur exécutif de Parenthood). La série décrit les tensions entre une tribu amérindienne, inspirée de la tribu des Ramapough, et la communauté d’une petite ville fictive du New Jersey.

Quand la réalité rencontre la fiction

The Red Road s’inspire d’un incident dramatique survenu en 2006 : le décès par balle d’Emil Mann, un jeune indien Ramapough, tué par un garde forestier alors qu’il faisait du VTT. Pour autant, ce n’est pas tant le récit de cette triste histoire qui inspira le réalisateur mais plutôt la civilisation des Indiens Lenapes Ramapough.

« Je vivais à côté de cette zone et je n’avais pourtant aucune idée de la situation que connaissaient les Ramapough. » explique Guzikowski à propos de la Compagnie Ford Motor et de la peinture toxique qu’elle déversait sur le territoire indien. « C’était incroyablement intéressant pour moi, alors j’ai commencé à réfléchir à la possibilité d’écrire quelque chose qui se passerait à cet endroit. (…) Je voulais rendre l’histoire authentique, je voulais que ça sonne vrai. »

Et pour que l’histoire de The Red Road « sonne vrai », Guzikowski loue les services d’Automn Wind Scott, un Ramapough à la présidence de la Commission du New Jersey sur les Affaires des Indiens d’Amérique. Le réalisateur n’hésite pas non plus à montrer que la communauté indienne n’est pas reconnue par le gouvernement fédéral en insistant sur le manque d’égard dont la police fait preuve.

Mais à trop vouloir gagner en réalisme, la série se perd parfois dans des longueurs qui altèrent le récit, l’action et le suspense. Les tableaux se multiplient, le spectateur s’ennuie, perd le fil. Fort heureusement, le cadre et les décors invitent au voyage.

Un théâtre mystérieux

Les décors verts et sauvages sont tout simplement magnifiques et contribuent à rendre l’atmosphère de la série ténébreuse et énigmatique. Pour se faire, The Red Road a été tournée dans la région d’Atlanta, dans la Montagne de Pierre (Stone Mountain) en Géorgie. Les personnages, troubles et ambivalents, recèlent des secrets qui ne manquent pas de piquer notre curiosité. Le scénario est complexe et fascinant et les acteurs sont talentueux. Outre Jason Momoa et Martin Henderson, on retrouve dans le casting Lisa Bonnet qui interprétait Denise dans The Cosby Show et Tom Sizemore (La Chute du Faucon Noir).

Par certains aspects, l’ambiance dans The Red Road rappelle celle des séries telles que Twin-Peaks de David Lynch ou Top of the Lake de Jane Campion qui explorent les nuances et les recoins obscurs d’une ville isolée et de ses habitants. Les plans généraux des paysages forestiers et du lac avalent la petite ville perdue et la musique inquiétante de Daniel Licht (compositeur de Dexter) transporte le spectateur dans ce monde aux portes de l’irréel.

Mais là encore, le spectateur peut regretter cette sensation de déjà-vu et, en ce sens, la série manque un peu d’originalité.

Synopsis: Alors que le policier de la ville de Walpole, Harold Jensen (Martin Henderson, Secrets and Lies) tente d’apaiser les tensions entre les habitants et les indiens de la communauté voisine, des disparitions inquiétantes surviennent dans la région.

Dans ce rôle de protecteur et justicier, l’agent Jensen s’oppose à un indien de la tribu, Phillip Kopus (Jason Momoa, Aquaman et Khal Drogo dans Game of Thrones), récemment sorti de prison. Impliqué dans des trafics de drogues, Kopus représente une double menace car il est lié par le passé à l’épouse de Jensen (Julianne Nicholson, New York Section Criminelle).

Lorsque cette dernière, alcoolique et schizophrène depuis la mort étrange de son jumeau plusieurs années auparavant, renverse un jeune indien, la colère monte au sein du le clan. Kopus conclut alors un pacte avec Jensen et fait taire les témoins. Quel sera le prix de ce marché ?

Trailer – The Red Road

Fiche Technique –  The Red Road:

2014 – 6 épisodes
Créateur : Aaron Guzikowski et Bridget Carpenter. Pilote réalisé par James Gray

Distribution : Jason Momoa, Martin Henderson, Tom Sizemore, Julianne Nicholson, Kiowa Gordon, Allie Gonino, Tamara Tunie

Musique : Daniel Licht

Producteur : James Bigwood, Avram Kaplan, Ed Tapia

Producteur exécutif : Bridget Carpenter, Sarah Condon, Aaron Guzikowski

Genre : Drame, Thriller

Écrit par le scénariste de Prisoners et porté par James Gray (La Nuit nous appartient), réalisateur du pilote, The Red Road est un polar intense sous haute tension. Le casting prestigieux, Jason Momoa (Game of Thrones), Martin Henderson (The Ring), Julianne Nicholson (Un été à Osage County) et Tom Sizemore (La Chute du Faucon Noir), vous invite dans les montagnes Ramapo où les apparences sont souvent trompeuses.

Une seule règle : n’ayez confiance en personne !

Le the-red-road-saison1-serie-Sundance-Chanel27 Mai en coffret 2 DVD

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DVD

Format image : 1.78, 16/9ème compatible 4/3

Format son : Français & Anglais DTS 5.1

Sous-titres : Français

Durée : 6 épisodes de 43 min env

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

Graham Swon — La parole comme territoire

Trois films, une carte blanche, et une même ligne de force : chez Graham Swon, la parole ne se contente pas d’accompagner l’image, elle la traverse, la déplace, parfois même la remplace. De la dérive poétique d’An Evening Song (for three voices) à l’expérience quasi hypnotique de The World Is Full of Secrets, en passant par l’étrangeté expressionniste de Careful, se dessine un cinéma où dire, c’est déjà faire advenir.

Good Luck, Have Fun, Don’t Die : autopsie d’une humanité sous perfusion numérique

Gore Verbinski convoque voyages dans le temps, IA malveillante et équipe de bras cassés pour radiographier notre addiction au numérique. "Good Luck, Have Fun, Don't Die" est un film généreux et inventif, hanté par l'ombre des Daniels, et qui bute, comme nous tous, sur l'incapacité à vraiment se déconnecter.

Juste une illusion : Ce qu’on croyait déjà vivre

Avec "Juste une illusion", Toledano et Nakache replongent dans les années 80 pour raconter l’éveil amoureux de Vincent, 13 ans, au cœur d’une famille juive et arabe haute en couleur. Entre les disputes des parents, les maladresses du grand frère et les premiers élans du jeune adolescent, le film explore avec humour et tendresse ce moment fragile où l’on croit déjà comprendre la vie. Porté par une mise en scène vibrante, une direction d’acteurs impeccable et une reconstitution délicieusement vintage, le récit mêle questionnements intimes, enjeux sociaux et nostalgie lumineuse. Une comédie dramatique généreuse, où chaque émotion sonne juste et où l’on se reconnaît, quel que soit notre âge.

La fille du konbini : disconnect days

Adapté du roman de Sayaka Murata, "La Fille du konbini" suit Nozomi, jeune femme en pleine reconstruction après avoir fui la toxicité du monde corporate. Refuge dans une supérette, camaraderie inattendue et redécouverte des plaisirs simples : Yûho Ishibashi filme avec une infinie délicatesse cette parenthèse suspendue où l'immobilité apparente cache une lente remontée à la surface. Un rejet en douceur des injonctions à l'ambition, porté par la retenue naturaliste d'Erika Karata.
Kristell Guerveno
Kristell Guervenohttps://www.lemagducine.fr/
Ancienne enseignante férue d'histoires et de films en tout genre, j'adore partager mes passions et faire rêver mon entourage. Avant de me consacrer à l'éducation, j'avais étudié les lettres et le cinéma.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.