Rétro Stephen King : Dead zone, une série de Michael et Shawn Piller

Libre adaptation du livre de Stephen King Dead zone, la série explore habilement les capacités du héros. Même si elle ne remplit pas toutes ses promesses au fil des saisons, la série marque par ses histoires fortes, portées par un acteur qui affiche une composition remarquable.

Synopsis : John Smith, professeur un peu exubérant mais très apprécié de Cleave Milles, une petite ville du Maine, vivait une vie tranquille. Il envisageait un avenir heureux avec sa fiancée et tout lui souriait. Jusqu’à ce qu’il soit victime d’un terrible accident et se retrouve dans le coma pendant 6 ans. Lorsqu’il se réveille, plus rien n’est comme avant. Sa mère est morte, et sa fiancée s’est mariée avec un autre homme qui élève son propre fils. Mais en plus de ce traumatisme, il se découvre un don spécial : il peut se projeter ailleurs, voir des événements qui ne se sont pas encore produits ou qui se sont déjà produits. L’accident aurait en effet réveillé une zone morte du cerveau normalement inactive. Un don en forme de malédiction, qui va singulièrement compliquer sa réadaptation, d’autant qu’il semble que tous ces événements ne se soient pas produits par hasard…

Des capacités d’avantage explorées

Dead zone s’inspire librement de l’œuvre originelle. Là où se sachant condamné par une tumeur au cerveau, le héros se lançait dans un acte désespéré pour arrêter un politicien responsable d’une apocalypse, la série prend d’avantage le temps d’explorer les capacités du héros et développe la confrontation avec son adversaire.

Entrapercevoir les souvenirs d’une personne, être témoin d’anciens événements, prévoir des catastrophes, les conséquences de telle ou telle action, les possibilités qu’offrent les dons de médium de John Smith sont larges et la série parvient à merveille à exploiter ce potentiel, sans se limiter aux affaires policières ou aux accidents. Qu’il reçoive du sang de plusieurs donneurs : il partage leur vie sans pouvoir les dissocier. Qu’il s’engage dans un acte intime avec une femme : leurs souvenirs se mélangent. John peut voir l’intérieur du corps d’un sportif qui ignore sa maladie, se retrouver sur la surface d’un avion pour y rechercher une anomalie, remonter à la source d’un appel téléphonique, communiquer à travers les époques avec d’autres personnes partageant le même don, parler à l’esprit d’une personne mourante… Des histoires qui relèvent tantôt du drame, de la comédie, du thriller ou du fantastique.

Un héros attachant et altruiste

La série est donc partagée entre les histoires épisodiques et la vie personnelle du personnage qui reprend peu à peu ses marques. Car Sarah (Nicole de Boer), son ancienne fiancée, est encore amoureuse de lui même si elle désire toujours faire sa vie avec son mari, le shérif Walter Bannerman (Chris Bruno). Ce dernier tente de se montrer compréhensif même s’il est très difficile de ne pas se sentir menacé par le retour de l’ancien amoureux de la femme qu’il aime.

John Smith avait toutes les raisons de se montrer amer et déprimé, pourtant il met sa souffrance de côté pour aider les autres avec un étonnant altruisme. On le voit ainsi venir en aide à un braqueur ou une criminelle un peu paumée, et il n’hésite pas à s’interposer devant une personne armée pour lui éviter de commettre l’irréparable. Alors qu’il a une vision de lui se remettant avec son ancienne fiancée après la mort du shérif, il va jusqu’à risquer sa vie pour le sauver, malgré l’heureux futur qui en aurait résulté.

L’attachement au personnage vient également du charisme de l’acteur, Anthony Michael Hall. Il porte sur ses seules épaules la lourde tâche de personnage principal, doué de compassion, affecté par des visions qui le dépassent, mais aussi grandi par ses nouvelles capacités.

L’affaire Gregg Stillson

Amorcé en fin de saison 1, le fil conducteur s’annonçait très prometteur. Tout commence par les premières visions effrayantes d’une destruction nucléaire d’origine inconnue, associées à Gregg Stillson. Un candidat à la présidentielle,  en apparence cordial, mais qui cache un homme ambitieux et très dangereux. Comment allait-il provoquer l’apocalypse ? Comment les pouvoirs de John allaient-ils l’aider face à un homme aussi puissant ? Devait-il se résoudre avoir recours à des actes définitifs pour empêcher le pire ? En effet, si vous aviez la possibilité de tuer Hitler avant qu’il ne commette ses actes effroyables, n’en profiteriez vous pas ?

Malheureusement, la série n’a pas su donner à ce fil rouge un développement adéquat. Se contentant surtout de l’évoquer en début et fin de saison, l’intrigue n’a progressé que très lentement. Des ajouts ont été décidés pour prolonger l’intrigue, comme la sœur d’une amante assassinée, qui n’ont guère fait évoluer la situation. A la fin une conspiration assez classique est même apparue de nulle part, et alors que l’on espérait avoir enfin des réponses, les scénaristes semblent avoir décidé de ne pas continuer sur cette voie là. D’autres éléments prometteurs n’ont pas non plus été développés, comme le double sombre du futur de John Smith, apparemment devenu criminel et plus limité par des contraintes morales.  Dead zone s’achève donc sans avoir livré de vraie conclusion.

Une fin en demi-teinte

La sixième et dernière saison avait vu plusieurs acteurs partir et ne ressemblait plus bien à ses débuts. Depuis quelques saisons déjà, les histoires originales avaient cédé la place à des récits plus classiques d’affaires policières et ne possédaient plus cet ingrédient spécial ni l’aura fantastique et mystérieuse qui se dégageaient auparavant, même si quelques storylines sortent du lot. Mais avec l’intrigue principale qui peinait à avancer, on ne sait pas s’il fallait être réellement déçu ou soulagé de la fin d’une série qui ne ressemblait plus à celle qu’elle était à son commencement.

Série Dead zone : Générique

Série Dead Zone : Fiche technique

Création: Michael Piller, Shawn Piller
Réalisation :  Michael Robison, James Head, Mike Rohl, Robert Lieberman
Scénario : Michael Piller, Linda Ptolemy, Craig Silverstein…  D’après l’œuvre de Stephen King Dead Zone
Interprétation : Anthony Michael Hall : John Smith ; Nicole de Boer : Sara Bracknell Bannerman ;
Chris Bruno : Shérif Walter Bannerman ; John L. Adams : Bruce Lewis ;
Spencer Achtymichuk (saison 1 à 5), Connor Price (saison 6) : John Junior Bannerman ; David Ogden Stiers : reverend Gene Purdy ; Sean Patrick Flanery : Greg Stillson.
Producteurs: Robert Petrovicz, Anthony Michael Hall
Producteurs exécutifs : Michael Piller, Lloyd Segan, Tommy Thompson, Shawn Piller
Musique : Jeff Buckley (saison 1-3), Blues Saraceno (saison 4-6)
Chaîne d’origine: USA Network
Réseau de diffusion : M6, Direct Star
Genre: Science-fiction
Format : 80 épisodes de 42 minutes

Etats-Unis- 2002

 

Festival

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Deauville 2026 : The Last Pickpocket in New York, les mains dans les poches

Comment survivent les voleurs à la tire dans notre société moderne ultra connectée, où l'argent est devenu virtuel et les téléphones des traceurs ambulants ? En partant de cette question simple, "The Last Pickpocket in New York" propose un polar urbain délicieusement rétro qui rend hommage aux classiques du genre. Porté par la performance impeccable de John Turturro, le film convainc plus par son atmosphère nostalgique que par son scénario ingénu.

Deauville 2026 : The Man I Love, la fureur de vivre

Dans "The Man I Love", Ira Sachs met en scène Rami Malek dans le rôle d'un acteur confronté à la mort. Entre répétitions, danses, chants et désirs sexuels, il compose une ode à la vie exaltant le plaisir de chaque instant. Un drame queer qui manque malheureusement de consistance et d'émotion pour pleinement s'affirmer.

Deauville 2026 : Mouse, la souricière du chagrin

Présenté en compétition au Festival de Deauville après avoir reçu un très bon accueil à la Berlinale, "Mouse" déploie un récit de deuil adolescent sensible et délicat porté par un somptueux duo d’actrices. En filmant l’intime avec autant de tendresse que de naturalisme, Kelly O’Sullivan et Alex Thompson s’imposent comme des cinéastes incontournables du cinéma indépendant américain.

Newsletter

À ne pas manquer

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.
William
Williamhttps://www.lemagducine.fr/
Je suis capable de regarder le dernier blockbuster en date rempli d’explosions comme un film indépendant peu connu au rythme lent et contemplatif. Je ne place pas de barrière qualificatif pour ma part, un blockbuster intelligent a autant de mérite qu’un film d’auteur esthétique pour moi. Après tout la mission du cinéma n’est-elle pas aussi de vendre du rêve et d’émerveiller, comme de faire réfléchir ? Ce qui me donne un petit côté bon public, ce que j’assume, car ça ne m’empêche pas de posséder un esprit d’analyse, et de repérer les défauts des œuvres même si je les apprécie. Passionné de science-fiction et de fantastique, je préfère ce qui permet de s’évader et d’agir sur notre imagination. En vrai je regarde d’avantage de séries, format encore parfois considéré comme inférieur, mais qui permet une capacité d’évolution des personnages et de développement d’univers bien supérieur à ce que le cinéma peut offrir.

Off Campus : les hockeyeurs mis à nu

Après le succès de "L'été où je suis devenue jolie", Prime Video offre avec "Off Campus" une nouvelle romance destinée aux jeunes adultes. La série relate les histoires d'amour de quatre amis hockeyeurs, partageant leur temps entre les études, les matchs et les conquêtes féminines. Malgré son déroulé très convenu, "Off Campus" compose une romance agréable à condition de l'accepter pour ce qu'elle reste : une série ado qui mise sur le sex-appeal de ses acteurs pour attirer ouvertement le public féminin. Oubliable, mais pas déplaisant.

Spider-Noir : dans les toiles de la Grande Dépression

Après des années de flops et de faux espoirs, Sony surprend tout le monde avec "Spider-Noir", disponible sur Prime Video. Nicolas Cage incarne un Spider-Man vieillissant et désabusé dans le New York de la Grande Dépression. Un polar élégant, une esthétique soignée, et une belle réussite qu'on n'attendait plus vraiment.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.