David Tennant fait Le Tour du Monde en 80 jours

Pendant ces fêtes, France Télévisions a diffusé une nouvelle adaptation du célèbre roman de Jules Verne Le Tour du Monde en 80 jours, sous forme de série, avec David Tennant dans le rôle principal. Une adaptation assez lointaine, mais qui réussit son pari : nous offrir des aventures exotiques bien rythmées et un divertissement familial.

Un préalable s’impose avant de débuter cette série : ne pas s’accrocher à l’idée d’une adaptation fidèle du roman de Jules Verne. Si le canevas est préservé (Phileas Fogg dans son club londonien fait le pari de réussir un tour du monde en 80 jours, et il sera accompagné de son serviteur Passepartout), jusqu’au célèbre rebondissement chronologique final, quasiment tout le reste a été changé. On peut s’en offusquer (et dans ce cas-là mieux vaut abandonner cette série), ou alors accepter cette nouvelle lecture, qui nous offre un divertissement sympathique.
Parmi les changements notoires, il y a la disparition de cette histoire de vol d’une banque, histoire avec laquelle s’ouvre le roman de Jules Verne. Pour mémoire, une banque londonienne est attaquée au début du roman, et la police est convaincue que Phileas Fogg est l’auteur du crime. L’inspecteur Fix va donc poursuivre Fogg tout au long du voyage, et cela instaurera un suspense qui ne quitte pas le roman : Fogg est ainsi coincé entre la réussite de son voyage et la fuite devant le policier.
Dans la série, point de vol de banque (même si un vol survient en effet, mais comme simple épisode du voyage), point de policier qui poursuit Fogg tout au long du périple. Et si Fogg est confronté à des embûches qui se multiplient sur la route, c’est plutôt à cause de son adversaire de pari, celui qui a tout intérêt à le voir perdre pour pouvoir empocher les 20 000 livres (cette confrontation à distance occupant une bonne partie de la seconde moitié de la série).
Quant à Fix, le voilà devenu… une journaliste. En effet, en plus de Passepartout, Fogg sera constamment accompagné par une jeune femme journaliste, celle-là même qui lui donnera l’idée de faire ce voyage suite à un article sur la construction d’une ligne ferroviaire.
Ce qui est intéressant ici, c’est que chacun des trois personnages principaux a un rôle à jouer. Nous n’avons pas un héros, Fogg, et ses deux faire-valoir, mais bel et bien un trio de voyageurs, chacun faisant, au gré des événements, avancer ou retarder le voyage. Le changement est flagrant avec Passepartout, qui n’est plus le fidèle serviteur mais obtient réellement un rôle dans l’histoire. On lui découvre un frère impliqué dans les mouvements révolutionnaires français, il va être confronté à des dilemmes moraux importants, il va même être un acteur essentiel dans le déroulement du projet (et cela lui en coûtera beaucoup).
Fogg lui-même n’est plus le personnage froid, cet archétype de l’Anglais flegmatique jusqu’à la froideur et calculateur, cet esprit supérieur que Verne aimait par-dessus tout. Ici, l’aventurier décide de partir sur un coup de tête, sans la moindre préparation. De plus, il a beaucoup de détails qui font de lui une figure d’anti-héros. Ainsi, le personnage qui part faire le tour du Monde n’est jamais allé plus loin que Douvres, et sa première embarcation se solde par un mal de mer carabiné. Il est imbu de sa personne et incapable de se débrouiller tout seul. Il a cependant des qualités, des dons de diplomatie, de la ténacité. Mais surtout, il n’est pas un personnage statique : le voyage et les différentes aventures qui lui arrivent vont le transformer.
Alors, certes, rien de tout cela n’est très original, il faut en convenir. Les messages antiracistes et féministes sont lourdement appuyés. Les personnages sont plutôt simples.
Cependant ce Tour du Monde en 80 jours est un bon divertissement familial, sans avoir d’autre prétention que de faire passer un moment agréable, et il y parvient. Le spectateur se retrouve avec tout ce qu’il peut attendre d’un tel spectacle : exotisme, beaux décors naturels, action, drame, romance, renversements de situations, suspense, etc. La reconstitution est bonne, c’est joliment réalisé et le casting est de qualité. Un bon spectacle familial.

Le Tour du Monde en 80 jours : bande annonce

Le Tour du Monde en 80 jours : Fiche technique

Titre original : Around the World in 80 days
Créateurs : Ashley Pharoah, Caleb Ranson
Réalisation : Steve Barron, Brian Kelly, Charles Beeson
Scénario : Ashley Pharoah, Caleb Ranson
Interprètes : David Tennant (Phileas Fogg), Ibrahim Koma (Passepartout), Leonie Benesch (Abigail “Fix” Fortescue), Jason Watkins (Bernard Fortescue)
Musique : Christian Lundberg, Hans Zimmer
Photographie : Mannie Ferreira, Alvaro Gutiérrez
Montage : Adam Bosman, Walter Mauriot
Production : Victoria Brown, Peter McAleese, Emma Tane
Sociétés de production : BBC, France Télévisions, ZDF, RAI Fiction, RTBF Fiction, Slim Film + Television, Federation Entertainment
Distribution : BBC, FranceTV, ZDF
Nombre d’épisodes : 8
Durée d’un épisode : 60 minutes
Diffusion en France : 20 décembre 2021

Royaume-Uni – France – Allemagne – Italie – 2021

Festival

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Herve Auberthttps://www.lemagducine.fr/
"professeur de français, j'ai découvert le cinéma grâce aux films de Spielberg des années 80, mais je suis vraiment devenu cinéphile avec John Huston (Quand la ville dort) et Akira Kurosawa (Le Chateau de l'Araignée), Humphrey Bogart (Le Faucon Maltais) et Marlon Brando (Sur les quais). Appréciant aussi bien le cinéma classique que moderne, les séries des années 60 que celles des années 2010, c'est de la diversité que je tire mes plaisirs."

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