Fallout, It Just works

Il fut un temps, pas si lointain, ou une malédiction planait sur les adaptations de jeux-vidéo au cinéma (et inversement). Pourtant, depuis quelques années et au fur et à mesure que ce média obtient enfin la reconnaissance qu’il mérite, les chosent s’améliorent. Difficile de ne pas prendre pour exemple la série The Last of Us, jamais à la hauteur du jeu dont elle s’inspire mais ô combien récompensée et saluée. On parle du show HBO comme la meilleure adaptation jamais réalisée. Et, pourtant, Fallout pourrait changer la donne..

Au service de l’accessibilité

On était inquiet, forcément lors de l’annonce du projet. Bon, on se rassurait, sachant Netflix loin de cette histoire (on en reparlera quand ils massacreront Bioshock). Difficile de ne pas garder en tête le nombre incalculable de catastrophes arrivées sur nos écrans ces vingt dernières années. Puis, entre l’annonce et aujourd’hui, soit quatre ans, quelques pépites sont arrivées. Entre temps, le jeu-vidéo a encore gagné en reconnaissance et en popularité. Alors, après Mario ou The Last of Us, on s’est dit… pourquoi pas ? Amazon a certes déçu avec la première saison du Seigneur des Anneaux : Les Anneaux de pouvoir, mais ils restent les auteurs de certaines des plus grandes séries de l’histoire, comme The Boys. Alors, que vont-ils faire ? Adapter un opus en particulier, comme l’a fait HBO pour les aventures de Joel et Ellie ? Non et c’est en cela que l’adaptation est extrêmement brillante et, selon moi, supérieure à The Last of Us. Fallout va prendre l’univers, le lore, les thématiques, le ton et le background des jeux pour créer une toute nouvelle intrigue, inédite. Et, franchement, ça fonctionne !

Le pari mais aussi le plus grand risque d’une adaptation, c’est de capter les néophytes. Un auteur aura tendance à vouloir dresser le fan dans le sens du poil, en multipliant les références ou en partant du principe qu’il connait déjà tout de l’univers adapté. Le problème de cela, c’est que le spectateur lambda se sentira exclu. Imaginez regarder un film à l’extérieur de la pièce, à travers la fenêtre. Tel était, par exemple, le plus grand défaut du film Warcraft, essentiellement destiné aux fans et qui ne prenait jamais le temps d’expliquer son intrigue et son univers. Ici, Amazon ne tombe jamais dans ce travers. L’histoire est totalement compréhensible, de A à Z. Les éléments fan-service sont discrets ou fort bien intégrés. On ressort des 8 épisodes avec une furieuse envie de découvrir les jeux.

La guerre de meurt jamais 

Fallout, c’est un monde post-apocalyptique dans un univers ou la Guerre Froide s’est achevée à coup d’ogives nucléaires dans la tronche. Passée une fabuleuse scène d’introduction, l’histoire plonge le spectateur 200 ans après la fin du conflit. Bienvenue sur une Terre ravagée par les radiations, la violence et la survie à tout prix. Dans ce monde, le manichéisme n’a pas sa place. C’est loin de cette hostilité que nous retrouvons le personnage de Lucy (Ella Purnel), jeune femme ayant eu le privilège de grandir dans les Abris, gigantesques bunker créés avant l’apocalypse et destinés à assurer la survie de l’espèce. Un événement sanglant va la forcer à quitter son paradis pour l’enfer : le monde réel. Dès le premier épisode et avec l’introduction des autres personnages principaux, on retrouve toutes les qualités de Fallout. Univers riche, dialogues intelligents, pertinents, finalement très actuels, absence de manichéisme, humour noir savoureux. Tout est là. Même les gens qui ne tiennent pas le kitch en haute estime pourraient s’y plaire. Oui, Fallout est un show souvent kitch, mais jamais ridicule (ou presque). Tout est justifié par le scénario et la psychologie de ses personnages. Et, quand la série décide de jouer la carte du sérieux, ce qu’elle fait très souvent, tout fonctionne parfaitement. On regrettera malheureusement une version française globalement décevante et à la synchronisation labiale catastrophique. réduisant à l’état de poussière certains dialogues géniaux.

En plus de Lucy, Fallout offre une belle galerie de personnages principaux. En dehors de la communauté des Abris, deux autres protagonistes partagent l’écran avec Ella Purnel. Le premier épisode introduit efficacement Maximus (Aaron Moten), écuyer un tantinet ridicule de la confrérie de l’Acier. Sympathique, intéressant bien que légèrement agaçant par moments, on lui préfèrera de très loin le personnage de La Goule, chasseur de prime sans scrupule incarné par un Walton Goggins en pleine forme. Des trois protagonistes principaux, il en est le plus drôle, le plus fascinant et le plus impressionnant. Les principales intrigues alternent efficacement avec un rythme sans temps mort, enchaînant les twists et les cliffanghers avec talent. On dévore les huit épisodes d’une traite, captivés par cette satyre post-apo. Même les sous-intrigues gagnent furieusement en intensité, qu’il s’agisse des flashbacks ou d’autres enquêtes que nous vous laissons découvrir.

Un mélange des genres

Le dernier point ou brille la série, c’est par la maitrise quasi totale des genres qu’elle présente. Le personnage de La Goule, par exemple, porte sur ses épaules l’aspect Western du show. Les références aux plus grands films de l’histoire du cinéma fusent, des plans aux postures, en passant par la musique. l’intrigue de Lucy se veut plus terre à terre, liant parfaitement le comique, l’épique et le dramatique. Maximus se veut déjà moins catalogué, piochant un peu de tout. Enfin, deux autres intrigues majeures dont nous tairons la nature se rangent bien plus du côté du thriller politique, voire de l’horreur. Maitriser un genre n’est rien sans une belle capacité à mettre en scène. A ce jeu et à l’instar de très nombreuses séries, différents réalisateurs se sont passé le flambeau. Jonathan Nolan, le créateur de la série Westworld. Si certains des huit épisodes sont mieux réalisés que d’autres, l’ensemble reste suffisamment homogène pour que le spectateur lambda n’y voit pas de différence majeure. On regrettera seulement quelques légers soucis de repérage dans l’espace, lié notamment à l’abondance de lieux désertiques qui se ressemblent tous.

Heureusement, ce défaut reste mineur tant le show se révèle visuellement généreux. Et, après les horreurs proposées par Disney, on apprécie grandement de retrouver une série aux effets spéciaux terminés et agréables à l’œil. Spectaculaire, Fallout peut se vanter d’être l’une des plus impressionnantes séries récentes. Les décors ont tous bénéficié d’un soin particulier, certains plans larges sur ce monde dévastés sont bluffants et la série ne lésine pas sur le gore. Costumes et maquillages sont nickel, particulièrement celui de La Goule (encore lui.. je n’y suis pour rien s’il crève littéralement l’écran). Que du bon, donc, qui n’annonce que du bon pour la suite ! Comme l’a dit le patron de Bethesda, It Just Works.

Bande-annonce : Fallout 

Série de Jonathan Nolan et Lisa Joy · 1 saison
Avec Ella Purnell, Aaron Moten, Walton Goggins…
Diffuseur : Prime Video
Genres : Action, Science-fiction
Pays d’origine : États-Unis
1 h 14 min · 11 avril 2024 (France)

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4.3

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Dimitri Redier
Dimitri Redierhttps://www.lemagducine.fr/
Film préféré (Gladiator) - Série préférée (Mr Robot) - Acteur préfére : (Benedict Cumberbatch) - Actrice préférée (Emma Stone) - Réalisateur préféré (Denis Villeneuve) - Jeu vidéo préféré (The Last of Us 2) - Plat préféré (Les sushis…ça n’a aucun rapport mais je suis sûr que vous vous posiez la question)

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