Punch-Drunk Love : les ailes de l’amour

Une pierre, deux coups. Ce serait sans doute l’adage approprié pour Punch-Drunk Love, une cerise sur un gâteau sucré que l’on a immédiatement envie de dévorer. Audacieux dans sa forme, ingénieux dans son insolence, c’est bien Paul Thomas Anderson aux commandes d’une œuvre aussi réjouissante que radieuse, à l’image de ses personnages candides. Vaut-il encore la peine de courir après cette comédie romantique âgée de 20 ans ?

Synopsis : Barry, un entrepreneur étouffé depuis tout petit par ses sept sœurs, sent un souffle nouveau lorsque la collègue d’une d’entre elles, Lena, vient à sa rencontre. Mais, au même moment, une call-girl, qu’il avait appelée pour essayer d’échapper à sa solitude, le piège. Pour la première fois, il va prendre sa vie en main.

Paul Thomas Anderson est à l’aube d’un cinéma narratif renouvelé, mêlant étroitement la fureur du quotidien californien et les pulsions, toujours plus puissantes et sincères au crépuscule de l’émancipation. Il sera bien question de cela dans ce récit merveilleux, teinté de filtres colorés et de lens flare, renvoyant directement à un imaginaire féerique. Toutefois, si l’on ne peut pleinement caractériser ce Los Angeles des années 90 avec ce format fantasmé, nous y trouverons du vrai à mi-chemin de cette réalité. Après avoir miser gros dans Hard Eight, nous avoir immergé dans le monde de la nuit californienne dans Boogie Nights et bouleverser nos cœurs dans le film choral Magnolia, le cinéaste se tourne pour la première fois vers la comédie et à la Jacques Tati. Autant dire qu’il y avait de quoi susciter de la curiosité sur la Croisette ou ailleurs, sachant qu’il en profitera pour expérimenter un montage toujours sensoriel, mais plus expressif.

Passionnément, à la folie

Ce qui constitue une bonne comédie romantique avec son lot de personnages secondaires, qui entravent l’ascension du héros, c’est bien sûr son parcours atypique et sa vulnérabilité hors norme. Adam Sandler, que l’on pourrait aisément le cataloguer dans un registre limité, est invité à la retenue, jusqu’à ce qu’il renoue avec les archétypes qu’il a déjà campé et qu’il n’invente donc rien aux côtés d’Anderson. Il incarne un Barry Egan, qui vit dans la promesse du rêve américain, chose qui tient de l’absurde sachant le chaos qui sévit en hors-champ. Mais le cinéaste ne s’y penche pas plus que cela et préfère accompagner cet auto-entrepreneur rêveur et obsédé par des coupons de voyage. Il les collectionne, sans forcément les convoiter et c’est là toute la problématique d’un homme qui cherche désespérément un éveil émotionnel dans sa vie monotone.

Seul dans un local, isolé de la lumière extérieure et de toute interaction, il voit alors un harmonium apparaître devant lui comme un oiseau tombé du ciel. Il va apprendre à l’accepter, le réparer et à l’aimer. Toutefois, il serait fastidieux de croire que ce sera de tout repos pour ses nerfs, déjà instables. Harcelé par pas moins de sept sœurs, tantôt protectrices tantôt dictatrices, il se cache tant bien que mal dans un confort discret, où il est rapidement amené à succomber à l’appel d’une arnaque et à l’arrivée de l’angélique Lena Leonard, interprétée par Emily Watson. Ce sont deux faits qui n’ont rien d’une coïncidence, mais qui élaborent une trajectoire sans retour pour Barry. C’est vers la maturité qu’il s’avance, d’un air incertain, mais convaincu de sa bienveillance. Mais il y aura également un aspect violent, afin de remonter aussi vite une pente, où les engueulades peuvent s’enchaîner avec un Philip Seymour Hoffman, maître d’un château-fort en coton.

On revient alors aux sources d’une aventure fascinante, ponctuée par la mise en scène magistrale, fluide et rythmée du réalisateur. La caméra flotte sur de longs travellings, comme s’il fallait accrocher les personnages bipolaires, qui ne peuvent se défaire du cadre imposé. Ils auront beau courir et se débattre dans tous les sens, ils se feront toujours rattraper au prochain virage. Punch-Drunk Love conte ainsi cette fuite effrénée vers de pures émotions, dégagées par des protagonistes amoureux et générées par un auteur qui l’est, sans concession.

Une ressortie romantique qu’il convient de (re)découvrir au plus vite !

Bande-annonce : Punch-Drunk Love

Fiche technique : Punch-Drunk Love

Réalisation & Scénario : Paul Thomas Anderson
Photographie : Robert Elswit
Décors : Sue Chan
Costumes : Mark Bridges
Montage : Leslie Jones
Musique : Jon Brion
Production : Columbia Pctures
Pays de production : États-Unis
Distribution France : Ciné Sorbonne
Durée : 1h35
Genre : Comédie, Romance
Date de sortie : 22 janvier 2003
Date de reprise : 9 août 2023

Punch-Drunk Love : les ailes de l’amour
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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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