L’art au cinéma : le mythe Frida Kahlo raconté par le septième art

En 2002, on découvre Frida. Le long-métrage, réalisé par Julie Taymor, relate la vie de l’artiste-peintre mexicaine Frida Kahlo (1907-1954), interprétée par Salma Hayek. L’époux de l’artiste et également peintre, Diego Rivera, est quant à lui incarné par Alfred Molina. Plus que de nous faire découvrir l’art de cette femme singulière, Frida s’intéresse plutôt à la vie tumultueuse de cette créatrice inimitée. Parler d’art au cinéma, c’est souvent avant tout parler de l’artiste, dont la vie et l’oeuvre sont enchevêtrées, soumises à des influences mutuelles. Si certains films ont pu échouer tel par exemple le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert (2014, Pierre Niney dans le rôle-titre) qui, à trop nous montrer l’homme, omettait de nous montrer le couturier et surtout la couture, ce n’est pas le cas ici : Julie Taymor parvient sans difficulté à nous faire découvrir à la fois l’oeuvre et la femme, souvent victime de son destin.

L’art comme une échappatoire

Frida nous montre tout d’abord l’art comme l’échappatoire à une existence qui, dès l’enfance, s’annonce valétudinaire. Suite à une atteinte de poliomyélite à six ans, la jeune Frida boite. Pour rajouter au drame de cette histoire vraie, un terrible accident dans les transports en commun la cloue au lit à l’âge de dix-huit ans, alors qu’une barre de fer a traversé son abdomen.
Et voilà Frida qui, lasse d’observer le plafond depuis son lit de convalescente, puis depuis ses corsets en plâtre, attrape un pinceau, une palette et commence à relater ses états d’âme dans une peintre très illustrative, presque de l’ordre du travail d’un conteur.
Ce qui est intéressant, dans la vie de Frida Kahlo, et dans le film, est de constater que la jeune femme ne se destinait ni à l’art ni à la peinture. Et pourtant, l’art lui est venu comme un moyen de recommencer à vivre. Son accident l’a menée à créer et donc, sans surprise, son travail est intimement liée à la souffrance, à l’organique, à l’introspection.

L’art comme un poison

Alors que la peintre progresse, elle rencontre Diego Rivera qui deviendra son mari. Le long-métrage s’intéresse tout particulièrement à cet aspect de la vie de l’artiste. Frida nous parle presque autant de Diego. Ce parti pris aura été critiqué, l’accent étant beaucoup mis sur sa relation avec un artiste de sexe masculin et déjà reconnu, plutôt que par exemple sur la résilience de Frida Kahlo, sur les caractéristiques formelles et les influences de son art au style si reconnaissable et pourtant très narratif.
Le septième art nous donne à voir la lutte impitoyable de l’artiste avec son environnement, avec le public, la critique, certes, mais aussi avec ses rivaux, les autres artistes, jusqu’au propre mari de Frida. Le monde de l’art est un monde de l’égo où, parce que l’artiste met de sa substance dans ce qu’il crée, il ressort blessé de la moindre critique, du moindre échec.
Dans la vie de Frida, l’art n’est pas qu’une échappatoire. C’est aussi un poison. Un prédateur qui la fait avancer en la pourchassant, qui dicte les aléas de son humeur. Frida est mariée à un homme qui est aussi un artiste déjà connu alors qu’elle n’est encore qu’une jeune femme, une nouvelle épouse qui fait ses premiers pas dans l’art. Cet art ambivalent qui l’éclaire tout en la consumant.

Un art indissociable de la personnalité de Frida Kahlo

Le film réussit néanmoins – peut-être aussi grâce à la présence de ce Diego Rivera qui fait tant d’ombre – à dépeindre Frida Kahlo et son art de manière cohérente. Ce que crée Frida dépend de ses ressentis. Elle n’est jamais une artiste commerciale, jamais une personne commerciale. Frida vit passionnément, crée de la même manière. Il n’y a pas une Frida dans l’atelier et une autre à la maison. Son existence personnelle et son travail créatif sont confondus, sans concession.
L’art au cinéma, l’art dans Frida, c’est la vie de Frida Kahlo, c’est autant l’art que l’artiste, dont les frontières entre l’un et l’autre sont devenues floues. Souvent, le sujet de ses tableaux est elle-même. La toile est comme un miroir, une projection, voire une progéniture pour cette femme qui ne peut mener une grossesse à terme, en raison de ses nombreux problèmes de santé – notamment l’accident qui l’a mutilée à dix-huit ans.

La force de ce film est de nous permettre d’entrer dans l’intimité d’un mythe, d’une femme qui est presque devenue un symbole : des fleurs dans les cheveux et d’épais sourcils qui se rejoignent. Certes, l’histoire est romancée, dramatisée. Mais l’est-elle tant que cela, au vu de l’existence qu’a menée cette peintre mexicaine qui fascine toujours plus ? Le médium cinématographique permet de voir l’art de manière plus vivante, lié à une vie qui se déroule comme une pellicule. Une artiste plus connue que ses tableaux, et qui n’a besoin que de son prénom comme titre.

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Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

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