Vol à haut risque : en pilotage automatique

En apparence, Vol à haut risque a tout d’une honnête série B minimaliste, sans escale et teintée d’un humour corrosif. Il s’agit pourtant d’une œuvre inaboutie et maladroite dans sa gestion du rythme et de la tension. Ce thriller perd autant d’intensité que d’altitude au fur et à mesure d’une traversée qui navigue entre un huis clos claustrophobique et psychologique, et une bisserie à popcorn décérébrée. Malheureusement, aucune de ces approches n’est pleinement satisfaisante. Le retour de Mel Gibson derrière la caméra suscite donc autant d’inquiétude que celui de Ridley Scott avec Gladiator II.

Synopsis : L’US Marshal Madelyn Harris est chargée d’escorter Winston, criminel et informateur, qui va témoigner contre un parrain de la mafia. Pendant leur voyage en avion, elle se méfie rapidement du pilote, Daryl Booth, qui ne semble pas être l’homme qu’il prétend…

Le petit détournement

Révélé comme acteur phare avec les sagas Mad Max et L’Arme Fatale, Mel Gibson a également su éveiller un certain intérêt, et avec maîtrise, pour la réalisation. Multicasquette sur le film culte Braveheart, ce dernier n’a pas pu renouer avec le succès lorsque La Passion du Christ suscita de nombreux débats quant à son illustration de la violence. Convaincu d’y parvenir malgré la réticence du public et de la presse, Apocalypto a mis tout le monde d’accord sur un savoir-faire indéniable en termes de mise en scène. La consécration vient alors avec Tu ne tueras point, doublement auréolé au montage et au mixage son lors des Oscars 2017. Neuf ans le séparent toutefois de la réalisation, une absence qui transparaît également à l’écran et pour notre plus grand regret.

Orson Welles disait, et à raison, qu’on n’éprouve jamais que deux émotions en avion : l’ennui et la peur. Les propos du cinéaste pointent du doigt, et avec justesse, tout ce qui cloche dans l’intrigue de Jared Rosenberg. Malgré la faculté qu’a Mel Gibson de nous immerger dans l’action ou de faire de nous les témoins privilégiés d’une situation d’urgence, voire épique, c’est l’effet inverse qui se produit dans Vol à haut risque.  Issue d’une black list hollywoodienne, l’idée est simple. Un agent fédéral, un témoin à protéger et un tueur à gage sont réunis dans le même espace clos jusqu’à ce que l’un des deux camps triomphe. Avec seulement trois protagonistes dans le Cessna 208B du récit, autant dire que tout suspense autour du rôle de Mark Wahlberg est vain. Même sa nouvelle dégaine de mécano-harceleur nous est dévoilée dans la bande-annonce. L’effet de surprise trahit donc toute l’exposition, suffisamment étirée pour qu’on se projette déjà sur l’heure de l’atterrissage.

Sans avoir de doute sur l’identité ou les intentions malsaines du méchant, il ne reste plus que ce personnage de l’US Marshal Madolyn Harris porté par Michelle Dockery, qui a pris du galon depuis son rôle secondaire dans Non-stop. La comédienne britannique en a fait du chemin depuis la série Downton Abbey, avant de rejoindre le projet « minimaliste », ambitieux et émotionnel de Robert Zemeckis dans Here. Et pourtant, nous la retrouvons dans un costume taillé pour le Liam Neeson-verse (Sans identité, Non-Stop, Night Run, The Passenger), celui d’une personne intègre mais dont la dernière faute professionnelle l’a dévalorisé aux yeux de ses collègues. Comme pour Carry-On, le rocambolesque Phone Game croisé avec un épisode de Die Hard, il manque de la sincérité ou peut-être même plus d’outrance pour que l’anti-héroïne puisse piloter un récit aussi décousu.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Reste que Mark Wahlberg, en roue libre comme Nicolas Cage a pu l’être dans Longlegs, réussit suffisamment à nous divertir lorsque la caméra lui accorde son attention. Mais à quel prix ? Au lieu de rester en retrait comme le sparring-partner de sa collègue, sa performance exagérée anéantit toute approche émotionnelle et d’empathie à son égard. Et au milieu d’un duel insipide, peu psychologique, Winston (Topher Grace) ne fait que gesticuler et n’assure que la fonction de faire-valoir comique. Pour peu que ce témoin soit essentiel au récit et au développement des personnages, chacune de ses interventions accentue un peu plus les turbulences, si bien qu’elles supplient son public à s’investir émotionnellement. Que l’on ait tourné le film dans les véritables dimensions de l’appareil ne compense pas non plus un manque de tension évident.

Si nous savions déjà que Lionsgate opère à la fois sur les fronts de la production et de la distribution, il est navrant de constater que ce n’est pas avec cette série B nanardesque que le studio commencera à amortir son déficit au box-office 2024 (notamment avec Borderlands et The Crow). Malgré une production investie pour que le trajet à bord d’une carlingue soit le plus interactif possible, force est de constater que Vol à haut risque manque de cohérence et d’efficacité dans ses changements de ton. Le voyage, quasiment en temps réel, ne tire jamais les bénéfices de son huis clos ou de ses personnages, trop lisses pour nous tenir en haleine. Les spectateurs avertis seront aussi soulagés d’atterrir que les aviophobes, après un trajet prévisible et en pilote automatique.

Vol à haut risque – Bande-annonce

Vol à haut risque – Fiche technique

Titre original : Flight Risk
Réalisation : Mel Gibson
Scénario : Jared Rosenberg
Interprètes : Mark Wahlberg, Topher Grace, Michelle Dockery
Directeur de la photographie : Johnny Derango
Décors : David Meyer
Costumes : Kristen Kopp
Musique : Antônio Pinto
Producteurs : John Davis, John Fox, Bruce Davey, Mel Gibson
Producteurs délégués : Russell Hollander, Jon Huddle, K. Blaine Johnston, Patrick Josten, Walter Josten, Petr Jákl, Alex Lebovici, Jarrett Mahoney, Ryan Donnell Smith, Jordan Wagner, Christopher Woodrow
Production : Davis Entertainment, Icon Productions, Hammerstone Studios
Pays de production : États-Unis
Distribution internationale : Lionsgate
Distribution France : Metropolitan FilmExport
Durée : 1h31
Genre : Thriller, Action
Date de sortie : 22 janvier 2025

Vol à haut risque : en pilotage automatique
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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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