Longlegs – Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras

Voici l’exemple même de ce que le marketing peut faire de mieux pour vendre un film en amont et faire monter le buzz. De la bande-annonce extrêmement intrigante, poisseuse et sibylline, au film de serial-killer très sombre, comme on en voit plus que très rarement actuellement, en passant par les avis de certains (supposés) critiques Outre-Atlantique semblant dithyrambiques, l’excitation était à son comble. Une campagne de promotion agressive mais très réussie qui faisait saliver d’avance. Le résultat est-il conforme à des attentes forcément disproportionnées ? Clairement pas. Est-ce pour autant un mauvais film honteusement vendu ? Non plus. Longlegs est un bon thriller à l’ambiance et à l’atmosphère très réussies. La mise en scène au cordeau nous tient quant à elle en haleine durant une heure et demie, malgré un tempo assez lent. Maïka Monroe est excellente dans le premier rôle, confirmant les espoirs qu’on plaçait en elle dans It follows. Et puis, il y a Nicolas Cage dans une composition complètement dingue dont il a le secret, où on hésite entre génie pur et posture ridicule…

Synopsis : L’agent du FBI Lee Harker, une nouvelle recrue talentueuse, est affectée sur le cas irrésolu d’un tueur en série insaisissable. L’enquête, aux frontières de l’occulte, se complexifie encore lorsqu’elle se découvre un lien personnel avec le tueur impitoyable qu’elle doit arrêter avant qu’il ne prenne les vies d’autres familles innocentes.

La première séquence nous plonge dans une Amérique rurale enneigée où le tueur en série qui donne son surnom au titre du film est montré en partie. Ne nous laissant deviner que son apparence qui semble unique. effrayante et donc terriblement intrigante… Puis, on suit les pas d’une enquêtrice du FBI qui laisse penser qu’elle possède des dons de medium et qui va se mettre à la recherche du tueur avec l’aide de son boss. En effet, on entre de plain-pied dans le genre du film policier sombre et macabre où un serial-killer aux pratiques complètement barges va donner du fil à retordre aux enquêteurs. C’est d’ailleurs peut-être sur ce point que Longlegs est le moins réussi. L’intrigue avance doucement ou brusquement, par
à-coups très explicatifs, mais tout cela n’est pas très clair à la fin du film. Volontairement ou pas, cela demeure un peu frustrant pour le spectateur. En outre, l’ajout d’une pincée de fantastique ici n’est pas forcément la meilleure des idées.

La force de Longlegs réside plutôt dans l’ambiance qu’il parvient à dégager. Une ambiance malsaine et glauque qui met mal à l’aise sporadiquement. Et tout cela sans effusions de sang ou de gore car le long-métrage d’Oz Perkins est étonnamment chiche sur ces terrains-là. Ce n’est d’ailleurs pas un reproche car il parvient à instaurer un climat délétère sans avoir recours aux sempiternels jump-scares à la mode ou à un trop-plein de violence et de morts graphiques. Ce résultat obtenu concernant l’atmosphère, car Longlegs est un film d’atmosphère sur bien des aspects, est également dû à l’excellence de la mise en scène. Du format carré employé à bon escient au décorum vintage et rural des années 90 en hiver faisant penser à Fargo (film ou série), en passant par les cadrages concoctés par Perkins, ou encore l’enveloppe sonore utilisée, c’est un tout bon. Il y a un univers rare et peu commun dans lequel on peut aimer se glisser. Si on est client bien sûr, on s’immerge donc dans le film et son enquête poisseuse et étrange.

Le film a le bon goût de ne pas être trop long au vu de son tempo languissant. Mais c’est aussi ce qui fait sa marque en tant que policier aux relents fantastiques et horrifiques. Certaines séquences sont fortement angoissantes et nous collent à notre siège même si elles sont rares. Les rebondissements et les explications finales peuvent paraître inattendues de prime abord mais pas tant que cela si on y réfléchit bien laissant paraître un script qui sait où il va même si pas toujours bien construit. C’est aussi finalement assez simple et presque déjà-vu. De Se7en à Prisoners en passant par Zodiac (pour ceux adhérant à ce dernier) on a déjà vu plus ambitieux, ample et impactant. En effet, s’il fait passer un bon moment il n’est pas sûr que Longlegs fasse le même effet que ces œuvres phares citées ici. Il manque un petit quelque chose que la promotion nous faisait miroiter et qu’on ne retrouve pas ici.

Ensuite, il y a Maika Monroe qui porte le film sur ses frêles épaules avec aplomb. Elle confirme tout le bien qu’on pensait d’elle depuis It follows. Mais la cerise sur le gâteau que la promotion a su également cacher, c’est bien sûr la présence d’un Nicolas Cage dans une nouvelle prestation complètement azimutée. Depuis deux ou trois ans, l’acteur aux mille facettes, tombé en désuétude cette dernière décennie, revient sur le devant de la scène avec des propositions variées et intéressantes en général. Si, ici, il n’a qu’un second rôle (mais le rôle-titre en même temps), il surprend encore. On hésite entre prestation de génie ou délire ridicule.Toutefois, il ose et la première impression prend le dessus. Et surprend ! Il fout littéralement la trouille même si on a du mal à le reconnaître. Son incarnation d’un tueur satanique pas comme les autres marque les esprits, notamment dans la plus grande scène du film, celle de l’interrogatoire, où le Joker de Heath Ledger n’est pas loin.

Au final, il est clair que si on s’attend au thriller du siècle ou à un nouveau Le Silence des agneaux comme la vantait abusivement la promotion, on sera quelque peu déçu. Mais pris de manière plus neutre, par exemple, si on entre dans la salle de manière neutre et sans attente, Longlegs est un bon suspense à l’ambiance travaillée et au visuel très réussi. Le genre de film qu’on ne voit plus souvent et qu’il fait plaisir de retrouver. Les fans de Nicolas Cage devraient également jubiler de cette nouvelle interprétation délirante. Hormis cela, on peut tiquer sur une intrigue pas toujours bien fignolée et un rythme un peu neurasthénique qui invite à se laisser aller. Bref, pas la petite bombe annoncée, mais un honnête film policier à l’emballage original et intrigant.

Bande-annonce – Longlegs 

Fiche technique – Longlegs 

Réalisateur : Oz Perkins
Scénariste : Oz Perkins
Production : Saturn Films
Distribution: Metropolitan Filmexport France
Interprétation : Maika Monroe (Agent Lee Harker), Nicolas Cage (Longlegs),  Alicia Witt (Ruth Harker), Blair Underwood (Agent Carter), Erin Boyes (Jeune agent), Dakota Daulby (Agent Horatio Fisk)
Genres : Policier – Épouvante
Date de sortie : 10 juillet 2024
Durée : 1h41
Pays : USA

Note des lecteurs1 Note
3.5

Festival

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