Victor et Célia: rien que pour vos cheveux

Pierre Jolivet, vieux briscard du cinéma français, quitte les soldats du feu pour revenir jeter un œil au monde du travail, avec une comédie romantique drôle et piquante sur la création d’un salon de coiffure. D’accord, mais si cheveu un grand film?

Attention! Cette critique contient de nombreux spoilers sur le PCU (Pierre Jolivet Cinematographic Universe) 

Au temps où l’on craint encore plus un bon gros spoil (ou plutôt divulgachage) du dernier Avengers/Star Wars qu’un courrier de relance des impôts, il devient difficile d’attirer parfois le regard sur la vie de tous les jours. Victor et son meilleur pote se lancent dans une drôle d’aventure, pourtant: ras-le-bol de faire des coupes à la chaîne, on veut bosser en étant fiers de ce qu’on fait. Du coup ils veulent créer leur propre salon de coiffure. Alors on vide les comptes, on souffle un coup, enfin plusieurs, on engage un pote comptable dans l’aventure qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Benabar (très bon dans un second rôle) et c’est parti.

Pierre Jolivet a déjà mis en scène le monde du travail. Avec Fred (1997) le chômage frappe un héros confronté à la relégation sociale. On pense aussi à son film précédent, Les hommes du feu (2017) pour représenter un travail à l’écran. Mais le meilleur souvenir reste Ma petite entreprise (1999) où déjà les aventures d’une petite PME avaient séduit, pour le plus gros succès en salles du réalisateur. Difficile donc de ne pas voir Victor et Célia comme Ma petite entreprise 2.0, sauf que cette fois le titre éloquent recentre l’attention sur deux trentenaires, qui se sentent forts et inébranlables face au parcours du combattant qui s’offre à eux. De l’aveu même de Pierre Jolivet, pour fonder une boîte aujourd’hui, c’est toujours autant le bordel qu’avant. Il cite d’ailleurs joliment les coiffeurs de sa rue d’en bas (véridique) comme inspirateurs: « fonder une boîte c’est comme sauter à l’élastique, sauf que l’élastique, c’est toi qui l’a fabriqué et on ne sait pas s’il va tenir ».

Deux grands arcs narratifs se croisent donc au cœur de cette comédie de saison : une comédie romantique typique et classique dans ses rebondissements, et une intrigue plus dramatique, celle qui mène vers la naissance d’un gros bébé, en forme de salon. Du côté du premier arc, Robin des bois n’a qu’à bien se tenir: cela tient plutôt bien la route, suivez la flèche. Victor Dupont et Alice Belaïdi, comme c’est devenu essentiel sur ces tournages, sont très complices et cela se voit à l’écran. Si le premier est un peu moins mis en valeur par un script qui met du temps à se mettre en place de son coté, la seconde rayonne sur des terrains où elle a déjà été employée et on peut donc déjà conseiller ce film aux fans de l’actrice. Leur relation et l’histoire d’amour qui en découle est dynamique, académique, certes, mais résolument positive pour ne pas tirer vers le bas les spectateurs célibataires avec de gros violons. Pour ce qui est des rebondissements et de l’arc narratif principal, par contre, force est de constater que le ton comique totalement assumé de Pierre Jolivet propose des rebondissements en cascades aux protagonistes assez impressionnants. Je ne les divulguerai pas, pour une simple raison : je ne m’en souviens pas de tous. On peut écrire que si Pierre Jolivet avait scripté le dernier Avengers, Thanos aurait probablement gagné, tant ce qu’il propose dans son scénario à Victor et Célia dépasse l’entendement. Certes, l’accumulation de bourdes, d’épreuves et de soucis sont l’apanage de tous les jeunes entrepreneurs, et il existe ici un vrai message sur le fond, mais d’un point de vue scénaristique, les twists à répétition peuvent venir à bout de votre bienveillance. Si malgré tout le dernier film de Pierre Jolivet réussit à présenter une agréable toile de fond du monde de l’entrepreneuriat et du travail aujourd’hui, l’esthétique et le ton le rapprochent plus d’un téléfilm de France 2 de saison que d’un métrage plus ambitieux sur ce sujet très fort qui est ici évoqué.

Et c’est ce que je voudrais évoquer en conclusion : qu’un vieux loup de mer comme Pierre Jolivet en vienne à réaliser un film sympa qu’on oubliera d’ici sa prochaine file d’attente, à ce stade de sa carrière, en dira peut-être plus long qu’un film de Marvel. On ne raconte plus notre époque avec le regard tranché des années 80. Victor et Célia, on en a dans nos rues, mais désormais quand on parle d’eux, on rit de leurs galères, sans creuser plus leur pourquoi. Et à l’image du Première année de Thomas Lilti, on ne remet finalement pas grand chose en cause : on fait avec, au risque de faire sans.

Victor et Célia: bande-annonce

Fiche technique: Victor et Célia

Titre original : Victor et Célia (ou Victor & Célia)
Réalisation : Pierre Jolivet
Scénario : Pierre Jolivet, Eric Combernous, Marie-Carole Ifi
Casting : Arthur Dupont, Alice Belaïdi, Bénabar, Bérengère Krief, Adrien Jolivet, Tassadit Mandi, Aurélien Portehaut
Photographie : Thomas Letellier
Montage : Yves Deschamps
Décors : Stéphanie Bertrand-Carussi
Costumes : Karen Muller Serreau
Son : Eddy Laurent
Production : Xavier Rigault et Marc-Antoine Robert
Sociétés de production : 2.4.7 Films, Apollo Films et Anga Productions
Société de distribution : Apollo Films (France)
Langue originale : français
Genre : comédie
Durée : 90 min.
Date de sortie : 24 avril 2019

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2.5

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Romaric JOUAN
Romaric JOUANhttps://www.lemagducine.fr/
Vieux briscard de la cinéphilie de province, je suis un pro de la crastination, à qui seule l'envie d'écrire résiste encore. Les critiques de films sont servies, avant des scénarii, des histoires et cette fameuse suite du seigneur des anneaux que j'ai prévu de sortir d'ici 25 ans. Alors oui, c'est long, mais je voudrais vous y voir à écrire en elfique.

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