Trap : idée géniale pour nanar improbable !

Il faut le voir pour le croire. Et c’en est presque rageant à moins de prendre ce nanar au dixième degré ! Si ce n’est le revenant Josh Hartnett qui s’en tire avec les honneurs d’un rôle de serial killer intéressant, ce Trap nous renvoie au pire de Shyamalan, à la fin de son adoubement des débuts et après une période de renaissance riche en bons films. L’idée était intrigante – voire même excitante – mais l’exécution est purement et simplement catastrophique. Une gigantesque blague où les invraisemblances et les incohérences s’enchaînent, acte après acte, jusqu’à saturation. Le scénario est tellement sans queue ni tête qu’on se demande comment les producteurs ont pu financer un projet pareil. Et le cinéaste ose, de surcroît, faire une promotion sans gêne de ses deux filles, assortie d’une musique pop de mauvais goût. Un cas d’école et son plus mauvais film !

Synopsis : 30 000 spectateurs. 300 policiers. Un tueur. Cooper, père de famille et tueur en série, se retrouve pris au piège par la police en plein cœur d’un concert. S’échappera-t-il ?

L’idée, comme souvent chez le roi du twist final, était pour le moins alléchante et originale. Piéger un serial-killer à un concert alors qu’il y accompagne sa fille, et le suivre alors qu’il tente désespérément de trouver une échappatoire… Voilà un postulat pour le moins peu commun et intrigant ! Et quand on connaît la malice du cinéaste depuis son inoubliable Sixième sens pour nous faire passer des vessies pour des lanternes, on peut dire que l’excitation avant de rentrer dans la salle était à son comble. Malheureusement, on en sera d’autant plus déçus et en totale hallucination devant le film qui va défiler sous nos yeux ahuris !

Comment des producteurs ont-ils pu valider un tel script ? Comment Shyamalan a-t-il pu gâcher un pitch comme celui-ci avec une exécution aussi ridicule ? Comment a-t-il pu nous pondre des situations toutes plus improbables les unes que les autres ? Les questions pleuvent à la vue de ce naufrage total qui sent bon le nanar. À la limite, si on n’en attend rien, Trap peut se voir comme un navet du samedi soir à regarder entre potes au dixième degré, mais peu probable que l’intention première du cinéaste soit celle-ci. C’est clairement le pire film du réalisateur, même le mal-aimé La jeune fille de l’eau ou le raté After Earth passeraient pour des pièces d’orfèvrerie à côté de cette avalanche de non-sens défiant la logique et insultant notre intelligence.

Pourtant, après des débuts tonitruants qui ont vu le réalisateur enchaîner un quartet de films cultes au scénario méticuleux et aux retournements de situation incroyables (Sixième sens donc, puis Incassable, Signes et Le Village), il avait connu une traversée du désert avec des échecs critiques et publics en plus de se planter au box-office avec Le dernier maître de l’air, Phénomènes et les deux opus cités plus haut. Après une pause, le réalisateur était revenu sur le devant de la scène depuis dix ans avec des œuvres moins coûteuses mais diablement efficaces et malignes. On a même eu droit à deux petites bombes dont le magistral et mémorable Split (suivi d’un Glass un petit peu moins pertinent mais qui, collé à Incassable, formait une trilogie inattendue et cohérente) ou le récent et génial Knock at the Cabin. De le voir passer juste après à ce truc est clairement incompréhensible.

C’est à se demander si l’auteur n’avait pas pris des hallucinogènes quand il a écrit ce script et de nouveau quand il l’a mis en scène. C’est bien simple : on ne compte pas les incohérences, les invraisemblances et les facilités narratives que comptent le film. Une fois les prémisses posées, plus rien ne va ! Rien que le fait que la police choisisse un concert bourré de monde pour coincer un tueur en série ne tient pas debout. Mais soit. Parfois, il faut laisser la logique au placard pour apprécier un film, notamment ce genre de thriller. Mais, ensuite, c’est un carnaval de décisions débiles, de réactions sans queue ni tête et de personnages qui ne tiennent pas la route et agissent en dépit du bon sens. Le vendeur de t-shirt, on en parle ? Les flics et le FBI sont-ils tous complètement demeurés ? Et lorsque démarre la seconde partie avec la starlette où on sort de la salle de concert, on pense que ça va devenir moins tarabiscoté et illogique mais non, Trap pousse les curseurs encore plus loin !

Un autre souci un peu gênant dans ce long-métrage sous LSD est la manière dont M. Night Shyamalan promeut ses filles. Entre une affiche clin d’œil pour Les Guetteurs de son aînée à la limite amusant, il nous serine des chansons pop vide d’intérêt qui nous feraient passer Aya Kanamura pour Tina Turner tellement c’est mauvais. Des sucreries musicales qui agressent les oreilles pour toute personne qui n’est pas adepte de ce type de musique commerciale et générique. Et comme sa fille joue un des rôles principaux, on a également droit à sa prestation de qualité très approximative. Du népotisme cinématographique un peu gênant, surtout que le concert et l’abus de musique nous déconnecte de la tension nécessaire à un tel thriller.

On termine tout de même sur quelques petites notes positives. Il fait plaisir de revoir l’acteur Josh Hartnett qui a connu une longue traversée du désert de plus de dix ans lors de la décennie 2010 et qui revient depuis quelques années grâce aux films de Guy Ritchie et qu’on a également vu dans Oppenheimer. En tête d’affiche, il excelle et c’est encore plus dommage de voir un rôle bien écrit et un acteur qui lui rend honneur évoluer dans un navet. Espérons malgré tout que le film ait du succès de manière à ce que l’acteur prometteur de Pearl Harbor puisse rester sur le devant de la scène. Papa aimant ou psychopathe meurtrier, il est impeccable. Enfin, un micro-rebondissement permet de rattraper quelques énormités et s’avère assez surprenant, mais il est déjà trop tard et la cinquantaine de coquilles inacceptables vues avant ne permet pas de rattraper la chose. Surtout qu’à la dernière minute, Trap se permet une énième pirouette sans queue ni tête. Encore une fois, il faut le voir pour le croire !

Bande-annonce – Trap

Fiche technique – Trap

Réalisateur : M. Night Shyamalan
Scénariste : M. Night Shyamalan
Production : Warner Bros
Distribution: Warner Bros France
Interprétation : Josh Hartnett, Ariel Donoghue, Saleka Shyamalan, Hayley Mills, Alison Pill…
Genres : Thriller
Date de sortie : 7 août 2024
Durée : 1h45
Pays : USA

Note des lecteurs2 Notes
1.5

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.