They Will Kill You : le cinéma d’horreur déjanté a de beaux jours devant lui

L’iconique Zazie Beetz tient enfin un premier rôle à la hauteur de son aura avec They Will Kill You. Et quel rôle ! Elle incarne Asia Reaves, une héroïne brute, instinctive, dont la détermination n’a rien à envier à La Mariée, alias Black Mamba, incarnée par Uma Thurman dans Kill Bill. On est d’ailleurs ici à mille lieues du film d’action formaté, et encore plus du film d’horreur classique. They Will Kill You fabrique sa propre identité : une collision décomplexée entre comédie noire, gore et thriller paranoïaque. C’est un coup de maître, autant pour le réalisateur Sokolov que pour l’actrice Zazie Beetz, qui s’impose avec une évidence presque insolente.

Synopsis : Engagée comme femme de ménage dans un immeuble new-yorkais aussi luxueux qu’énigmatique, une jeune femme découvre peu à peu que le bâtiment est lié à une série de disparitions inexpliquées.

Rosemary’s baby, es-tu là ?

Difficile de ne pas penser à Rosemary’s Baby. Et pour cause : la genèse du film y fait écho de manière presque troublante.

Lors d’un séjour dans un appart-hôtel, Kirill Sokolov — réalisateur connu dans l’industrie du cinéma russe pour l’humour noir de ses films (Why Don’t You Just Die!) — et sa compagne découvrent un trou dissimulé dans une armoire de cuisine, menant directement à un autre appartement. De cette situation banale naît une idée délirante : et si cet endroit abritait une secte d’ultrariches, venant la nuit enlever les résidents pour des rituels occultes ?

Ce point de départ, aussi anecdotique que glaçant, devient la matrice de They Will Kill You. Une paranoïa du quotidien, transformée en cauchemar stylisé. Le projet séduit le scénariste Alex Litvak (Predators ; Les Trois Mousquetaires de Paul W.S. Anderson), qui rejoint l’écriture et apporte une structure plus hollywoodienne à cette folie initiale.

Le résultat ? Un film qui capte l’air du temps, en effleurant des angoisses bien réelles, notamment celles liées aux élites et aux scandales contemporains (dossiers Epstein), tout en les poussant dans une exagération presque cartoon. Les influences sont nombreuses, mais digérées : de Evil Dead à The Raid, en passant par le travelling de Oldboy, John Wick ou encore Wedding Nightmare, le film joue avec les codes sans jamais s’y enfermer.

Le spectre de Kill Bill

They will kill you s’inspire ouvertement de cette violence chorégraphiée, presque cathartique du film de Tarantino, mais y injecte une dimension plus grotesque, plus imprévisible, flirtant avec l’absurde. Ici, la brutalité devient spectacle, parfois même gag, sans jamais perdre en impact.

La filiation avec Quentin Tarantino est évidente, mais elle n’est jamais gratuite. Là où Kill Bill stylisait la vengeance en opéra visuel, They Will Kill You la rend plus chaotique, presque accidentelle.
Asia Reaves ne suit pas une trajectoire héroïque classique : elle subit, improvise, survit. La violence n’est pas un art maîtrisé, mais une réaction viscérale.

Et c’est précisément là que le film se distingue : il déconstruit l’image du héros invincible pour proposer une figure plus humaine, plus fragile, mais tout aussi redoutable. Une sorte de « Black Mamba du réel », moins mythologique, mais plus tangible.

Un film fantasque

S’il fallait décrire le film en un mot, « fantasque » serait clairement celui que je choisirais. Fantasque veut dire « dont on ne peut prévoir le comportement ». Dès le début du film, nous sommes surpris parce qu’ici, rien ne se déroule comme prévu. Le récit bifurque sans prévenir, les tonalités s’entrechoquent, et les personnages eux-mêmes semblent parfois échapper à toute logique.
Ce caractère fantasque-imprévisible est la plus grande force du film. Il maintient le spectateur dans un état d’instabilité constant, où le rire peut surgir au cœur du malaise, et où l’horreur flirte avec le burlesque.

Mais attention : ce chaos est maîtrisé. Derrière cette apparente folie se cache une véritable précision dans le rythme et la mise en scène. Sokolov sait exactement quand perdre son spectateur… et surtout quand le rattraper.

Un casting réussi

Si Zazie Beetz porte le film sur ses épaules avec une énergie impressionnante, le reste du casting n’est pas en reste.

Chaque personnage, même secondaire, apporte une couleur particulière à cet univers déjà saturé. Certains oscillent entre caricature et menace réelle, renforçant ce sentiment d’étrangeté permanente.

Mais c’est surtout Beetz qui marque durablement et nous régale. Elle réussit à rendre Asia à la fois vulnérable et indestructible, naviguant entre peur, colère et ironie avec une fluidité remarquable.

Elle ne joue pas une héroïne : elle devient une survivante. Et c’est précisément ce qui rend sa performance si mémorable.

En définitive, They Will Kill You est un film à part : imprévisible, excessif à souhait et résolument singulier. Porté par une Zazie Beetz impressionnante, Kirill Sokolov signe une œuvre qui ne cherche jamais à plaire, mais qui marque durablement.

They Will Kill You – bande-annonce

They Will Kill You – fiche technique

Réalisation : Kirill Sokolov
Scénario : Kirill Sokolov, Alex Litvak
Casting : Zazie Beetz (Asia Reaves), Myha’la Herrold (Maria Reaves), Tom Felton (Kevin), Heather Graham (Sharon), Patricia Arquette (Lilitth Woodhouse), Paterson Joseph (Ray Woodhouse), Angus Simpson (avocat et détective privé d’Asia), James Remar (voix cochon)
Musique : Carlos Rafael Rivera
Photographie : Isaac Bauman
Montage : Luke Doolan
Production : Andy Muschietti, Barbara Muschietti, Dan Kagan
Sociétés de production : New Line Cinema, Skydance Media
Société de distribution France : Warner Bros Pictures
Pays de production : Etats-Unis
Genre : Horreur, comédie, fantastique, action
Durée : 1h34
Date de sortie France : 25 mars 2026

4.5

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