The Meg 2 : nanar magnifique

The Meg 2, suite d’un premier film plutôt réussi, avec Jason Statham aux prises avec des requins géants préhistoriques, offre un spectacle réjouissant, propre à ravir les amateurs du genre. Le ton légèrement parodique, la qualité des effets spéciaux et le respect consciencieux des codes du genre en font un nanar de grande envergure.

Un film de monstres est un rêve frustré d’enfant, habituellement relégué au rang de série B ou Z, aux effets spéciaux vomitifs et au jeu d’acteur catastrophique, et que, de temps à autre, un auteur digne de ce nom, Spielberg en général, se charge d’accomplir. En outre, faute de budget, un film de monstres nous en montre souvent trop (compte tenu de la faiblesse des effets spéciaux), ou pas assez. Le sous-genre « requin » en est assurément la branche la plus populaire. Ni le crocodile, ni l’abeille tueuse, ni même la moussaka géante n’ont essaimé à ce point.

On peut répartir les films de monstres, et spécialement les films de requins, en deux grandes catégories. Dans la première que j’appellerai  « survivaliste », une ou deux personnes (parfois un peu plus) doivent faire face dans le plus grand dénuement à une menace carnassière. On peut citer Open water, The Shallows ou The Reef, qui reposent essentiellement sur le suspense comme ressort dramatique, et de ce fait s’apparentent davantage au film d’horreur à tendance psychologique. La seconde catégorie, que j’appellerai « apocalyptique », implique un héros bourru, des scientifiques écolo-prométhéens et des baigneurs hédonistes. Autant les films du premier groupe se déroulent dans un cadre intimiste, autant ceux du second impliquent le collectif et posent de grandes questions : le rapport entre l’éthique et la science, ou celle de la responsabilité individuelle face au groupe. Évidemment, les deux catégories ne s’excluent pas. Le plus souvent, c’est le type « apocalyptique » qui comprend en son sein des moments de type « survivaliste ». Et c’est encore dans la catégorie « apocalyptique » que s’inscrivent en général les « films de monstres ».

The Meg 2, comme son prédécesseur de 2018, relève classiquement de la veine apocalyptique. Il en est même, presque, une synthèse. Tout y est. Il ne cesse d’ailleurs de citer ses prédécesseurs. Les références à Jaws, à Jurassic Park ou à Piranha sont évidentes et, comme ce dernier, The Meg 2 lorgne du côté parodique sans perdre tout à fait sa prétention à être un véritable film de requins. The Meg 2, pourrait-on dire, est au film de squales ce que Scream est au film d’horreur : un pastiche subtil qui ne rompt cependant pas avec le genre, voire le magnifie.

The Meg 2 présente un avantage par rapport à la plupart des films de requins : le budget. Le jeu d’acteur est correct et les effets spéciaux de bonne facture, ce qui tend à faire de l’opus une sorte de film de requins ultime. The Meg 2, c’est un nanar à gros budget, auquel ont participé des techniciens compétents, et qui, de ce fait, se contemple avec exaltation, comme si l’on daignait enfin nous récompenser de ces heures passées devant Shark Attack, Deep Blue Sea et autre Méga Shark versus Giant Octopussy : œuvres qui laissaient après elles une drôle d’impression, mélange de culpabilité et de frustration, nous incitant perversement à recommencer. Mais avec The Meg 2, nous voilà enfin comblés. Rendez-vous compte : trois mégalodons, une pieuvre géante et même quelques petits dinosaures amphibiens, sous toutes les coutures et assez bien fichus ! Tant et si bien qu’on pourrait reprocher parfois à The Meg 2 une tendance « pornographique ». Il me semble à moi, après toutes ces années à espérer un tel film, que le dosage est merveilleusement excessif. Comme le film précédent, The Meg 2 pratique la surenchère perpétuelle, culminant dans les deux films en une scène où Jason Statham, face à face avec un mégalodon, sans autre arme qu’un grand objet coupant longiligne, met un terme à la vie du gros poisson.

Dans le film, Jason Statham s’appelle Jonas et, comme son homonyme de l’Ancien Testament, il ne cesse de « mourir et de ressusciter », de frôler la mort et de s’en tirer, en prophète de malheur (tout le long il annonce des catastrophes qui surviennent inévitablement), obtenant finalement la préservation (du moins partielle) de Ninive, la ville du péché, ici une île thaïlandaise paradisiaque abritant un hôtel luxueux et baptisée « l’île du fun ». Car oui, les « films de requins apocalyptiques » sont bibliques en ce sens que le requin y est un châtiment mortel s’abattant sur les trois mêmes grands péchés : la démesure prométhéenne, représentée par des scientifiques idéalistes, la cupidité, représentée par leurs financeurs sournoisement intéressés, et l’hédonisme gourmand, luxurieux et consumériste, incarné par des baigneurs cagnards, des springbreakeurs lascifs ou des usagers de parc d’attraction aquatique.

Condensé du sous-genre « requin », avec coloration parodique, The Meg 2 n’est certes pas un grand film, mais un divertissement très honorable. Deux heures sans qu’on ne s’y ennuie une seconde. La rencontre entre la clownerie blanche de Jason Statham et le burlesque asiatique est assez charmante. Le suspense reste anecdotique. Le côté « survivaliste » est en effet peu exploité, sinon au début. Il ne faut pas non plus s’attendre au gore de Piranha 3D. The Meg 2 est familial. Il parle d’héroïsme, de solidarité, de l’importance de prendre soin les uns des autres, et aussi de prendre soin de la nature au lieu de l’exploiter agressivement. Comme dans le premier volet, un petit chien, contre toute attente, survit, pour nous rappeler que l’innocence est toujours victorieuse au bout de l’apocalypse.

Bande-annonce : The Meg 2

Fiche Technique : The Meg 2

  • Titre original : The Meg 2: The Trench
  • Titre français : En eaux très troubles
  • Réalisation : Ben Wheatley
  • Scénario : Dean Georgaris, Erich Hoeber et Jon Hoeber, d’après le roman The Trench de Steve Alten
  • Musique : Harry Gregson-Williams
  • Direction artistique : Andrew Bennett
  • Décors : Chris Lowe
  • Costumes : Lindsay Pugh
  • Photographie : Haris Zambarloukos
  • Montage : Jonathan Amos
  • Production : Belle Avery et Lorenzo di Bonaventura
  • Coproduction : Cliff Lanning
  • Production associée : Kenneth Atchity et Chi-Li Wong
  • Production déléguée : Catherine Xujun Ying
  • Sociétés de production : Di Bonaventura PicturesApelles EntertainmentChina Media Capital, Flagship Entertainment Group (en)Gravity Pictures et Maeday Productions
  • Société de distribution : Warner Bros.
  • Langues originales : anglais et mandarin
  • Format : couleur
  • Genre : action, thriller, horreur, science-fiction
  • Durée : 116 minutes
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