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The Gentlemen ou le charme discret du gangstérisme par Guy Ritchie

Après un Aladdin sentant bon le conformisme et l’ennui, c’est peu dire que Guy Ritchie, chantre du cinéma cockney et des petites racailles d’outre-Manche avait besoin d’un petit retour aux sources. Et ça tombe bien puisque voilà que débarque The Gentlemen, qui compile avec un plaisir non dissimulé tous les ingrédients d’un Ritchie pur malt : intrigue fumeuse, personnages hauts en couleurs, sales coups, douilles qui volent et répliques qui fusent. Le tout pour un résultat peut-être moins flamboyant et mémorable que Snatch, mais qu’on se le dise tout autant jubilatoire.

La décennie écoulée n’aura pas été tendre pour Guy Ritchie. Passé le succès surprise de sa ré-interprétation de Sherlock Holmes et de sa suite (Jeux d’Ombres), le bougre aura enchainé les gadins (The Man From UNCLE, Le Roi Arthur) à tel point qu’il a dû, pour sauver sa carrière, pactiser avec Disney et accoucher d’une version live action d’Aladdin. Le résultat, comme souvent lorsque provenant des studios du grand Walt, aura passablement lessivé voire déprimé le Britannique qui en interview semblait à l’ouest. Et c’est bien connu, quand on est cinéaste, qui plus est non-américain, rien ne vaut de rentrer chez soi et accoucher d’un projet éminemment personnel pour être ragaillardi. Du coup, il ne sera pas étonnant de voir Ritchie dégainer un nouveau film aux airs de manifeste de tout ce que la perfide Albion renferme de plus drôle, iconoclaste et barré. Ca passe sans surprises, par une fascination pour la beuh, des gangsters hauts en charisme, des petites frappes sans envergures, la nouvelle technologie, des hommes de mains zélés, des délicieux accents cockney et surtout une presse érigée en ennemie public numéro 1, ici en la personne de Hugh Grant, qui non content d’être un reporter cupide et manipulateur, est également le narrateur du film.

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Et oui, après trois films sans doute plus « carrés » dans leur conception que ses précédents, Ritchie revient ici à l’une de ses marques de fabrique : la narration non linéaire. Alors bien sûr, c’est un concept vu et revu, passablement éculé depuis que Tarantino l’a érigé en pièce maîtresse de sa narration, mais Ritchie reste à ce petit jeu là, un vaillant petit soldat. Cela induit sans doute une absence notable de surprises puisque l’on sait dès les premières minutes qu’il ne faut pas se fier aux apparences, que le trublion britannique qu’est Ritchie va encore nous enfumer quelque part, mais reste que voir son texte être déblatéré par la fine fleur des comédiens d’outre Manche, ça a le mérite de directement envoyer en terrain connu. Et on le remercie bien assez pour ça puisque en à peine quelques minutes, on repense à Snatch, à Arnaques Crimes et Botanique et on accepte volontiers le tunnel d’exposition qui entame le récit. On y suit un baron de la drogue amerloque, pour qui le business est sacré, le tout plein d’employés à sa solde, une presse après lui, des pintes de bière, des joyeux larrons asiatiques qui convoitent son entreprise, des Américains envieux, et j’en passe. Un joli kaléidoscope de la criminalité en somme qui n’est rendu aussi cool que par l’étonnante sobriété donnée par Ritchie à l’ensemble. Sans doute inhérente au statut du film (il l’a tourné pendant la post-production d’Aladin), la sobriété de l’ensemble contribue en effet à un certain réalisme, tant toutes les péripéties semblent rétrospectivement assez plausibles et loin du délire des petites frappes d’un Snatch par exemple. Non ici, aucune musique pop balancée à pleins tubes pour appâter le chaland ou même un personnage bardé d’un handicap ou d’un vice apte à le transformer en comic-relief. Juste un reflet normalisé de ce qu’est le gangstérisme à l’ère du tout numérique, à savoir rien de plus qu’un business dans lesquels les décideurs se parent d’une certaine classe (typiquement britannique) et échangent de manière civilisés.

La Force Tranquille…

Mais là encore, il ne s’agit que d’apparences. Puisque si Ritchie est connu pour quelque chose, c’est bien pour ses capacités à embrasser son coté sombre, désinvolte et malpoli. Et The Gentlemen ne déroge ainsi pas à la règle. Entre coups bas, manipulations, règlements de comptes, défenestration, et autres plaisirs charnels incongrus, le style Ritchie sitôt la deuxième bobine lancée, se réveille et rugit, tel le lion campé par Matthew McConaughey. Alors bien sûr, pas de quoi élever le film au rang de plus cockney de sa filmo, mais suffisamment pour le rendre suffisamment attachant et sympathique le temps de la séance. Puisque ce qui symbolise à la fois le meilleur et le pire du film demeure avant tout sa sobriété. Si d’un coté on peut y voir un Ritchie assagi qui dès lors ne se repose que sur son phrasé et son énergie communicative pour séduire, on ne peut qu’être attristé de voir qu’au fond, The Gentlemen n’est que l’une des énièmes illustrations de ce que l’on peut accepter dès lors que ça sort de quelqu’un réputé. Ici, finalement point de surprises ou de grandes révélations, mais un spectacle honnête mais qui ne réinvente pas l’eau chaude et qui in fine fait penser au slogan de campagne de François Mitterand : « la force tranquille ». Tranquille, ouais, tel est le mot qui revient à la fin de la séance. Parce que quitte à voir un film de Guy Ritchie, autant que ça puisse être aussi punchy et énervé que son récent et mal-aimé Le Roi Arthur, non ?

Si l’on ne peut décemment passer outre une sympathie des grands soirs au vu de ce vivier de criminels et de cette plongée dans la pègre londonienne, reste que The Gentlemen demeure un long-métrage assez tranquille au vu du talent de Guy Ritchie. En somme, un spectacle qui ronronne peut être un peu trop.

Synopsis : Quand Mickey Pearson, baron de la drogue à Londres, laisse entendre qu’il pourrait se retirer du marché, il déclenche une guerre explosive : la capitale anglaise devient le théâtre de tous les chantages, complots, trahisons, corruptions et enlèvements… Dans cette jungle où l’on ne distingue plus ses alliés de ses ennemis, il n’y a de la place que pour un seul roi !

Fiche Technique : The Gentlemen

Réalisation : Guy Ritchie
Scénario : Guy Ritchie, d’après une histoire d’Ivan Atkinson, Marn Davies et Guy Ritchie
Casting : Matthew McConaughey, Charlie Hunnam, Colin Farrell, Hugh Grant, Eddie Marsan, Henry Golding, Michelle Dockery, Jeremy Strong…
Direction artistique : Oliver Carroll et Fiona Gavin
Décors : Gemma Jackson
Costumes : Michael Wilkinson
Photographie : Alan Stewart
Montage : James Herbert
Musique : Christopher Benstead
Production : Guy Ritchie
Coproducteurs : Ivan Atkinson et Max Keene
Producteur délégué : Alan J. Wands
Société de production : Miramax
Budget : 22 millions $

Etats-Unis – 2019

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3

Rédacteur LeMagduCiné
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