Spider-Man: Far From Home, game of trolls

Tournage de Spiderman: far from home, premier jour.

« Salut Tante May. Le voyage s’est bien passé. Je me nourris bien, je dors bien et  j’ai d’ailleurs bien vu ton mot caché dans mes chaussettes à côté des cookies, c’est cool. Sauf qu’il a fait très chaud et… Sinon je me suis dit, c’est sûr que ce sera dur de refaire des films comme avant. On devra toujours penser à ceux qu’on a perdu et des fois je me dis qu’on ferait mieux d’arrêter tout ça. Je ne sais pas… Et puis, pour se battre contre qui, franchement ? J’ai envie d’aller jouer au basket dans la rue, sans penser que je peux tricher en sautant sur le panneau, même si ce serait cool. J’ai envie de… prendre les ascenseurs. C’est vrai que parfois ça y sent fort comme un fromage français ? Enfin, bon, je n’ai plus de place sur la feuille. En plus, tu sais que j’écris super mal avec ce costume, le lycra c’est trop moulant, alors… A bientôt, je t’aime ! Pete»

Synopsis: L’araignée sympa du quartier décide de rejoindre ses meilleurs amis Ned, MJ, et le reste de la bande pour des vacances en Europe. Cependant, le projet de Peter de laisser son costume de super-héros derrière lui pendant quelques semaines est rapidement compromis quand il accepte à contrecœur d’aider Nick Fury à découvrir le mystère de plusieurs attaques de créatures qui ravagent le continent !

La tristesse, c’est nul

Depuis le dernier film choral des Avengers, Endgame, la poussière n’est pas tout à fait retombée. On le constate dans la vie de tous les jours, ou un simple « I’m Iron Man » peut autant vous mettre en danger que de demander un pain au chocolat à Toulouse et on le ressent aussi sur les réseaux sociaux, où personne, même les plus grands punks de la planète n’ont osé lancer un sujet sur la mort de… Enfin, vous savez, on fait attention, quoi. On n’est pas comme les Avengers, on n’a qu’une vie, et eux ont si peu de morts. Enfin, une emblématique, une poignée très touchante. Beaucoup ont pleuré. Parce que c’étaient des personnages emblématiques, construits avec une logique feuilletonesque si peu inédite dans l’histoire de l’audiovisuel hollyowoodien, mais si intrusive que Tony Stark est devenu pour nous tous une sorte de tonton sympa à qui on a tous été forcé de faire une place. Ok, il est cool… Sinon, d’autres ont pleuré en songeant qu’ils avaient vu toute la saga en Imax et qu’il était temps pour eux de faire leurs comptes, mais cela est une autre histoire.

Marvel tient à ses jouets. C’est pour cela que le studio en casse si peu. Et quand cela arrive, on doit le savoir. Les hommages se sont déjà multipliés, dans une scène de fin chorale du dernier Avengers. Toute la troupe était là. Même les personnages de second, de troisième et d’arrière-plan, le regard sombre, tous très peinés. Il ne manquait plus qu’un morceau de Whitney Houston.

Bon… C’est exactement comme cela que débute Spider-man : far from Home … Quelques spectateurs ont peut-être pensé à sortir, mais les portes étaient fermées et… Même sans Imax, les places coûtent cher, on reste et on serre les dents, tant pis. Il était de toute façon impossible pour ces nouvelles aventures de l’homme-araignée de ne pas marquer un nouvel éblouissant hommage aux disparus. Le faire en trollant les codes du drama, par ce qui va devenir devant nos yeux ébahis une vidéo lycéenne mal fichue digne de la V1 d’un diaporama de mariage, c’est autre chose. On peut déjà y percevoir le changement de ton propre aux premières aventures de Spider-man Homecoming. Un film qui avec l’inventivité de Jon Watts faisait déjà en son sein la part belle à l’iconographie des ados et des réseaux sociaux. Live facebook, face watch et plein d’autres : depuis le reboot de la franchise, le blockbuster accueille les images brutes nées du rapport compulsif des générations z à leur smartphone. C’est le premier troll qui entre dans le film pour s’y faire la place du roi : #lefilmlycéen donc, qui martyrise un rapport au deuil avec autant de médiocrité que de premier degré. Il serait d’ailleurs surprenant de percevoir les réactions des spectateurs lors de cette séquence d’introduction. Rires gênés, jaunes, interrogations…

« Mais ne nous serions nous pas trompés de salle ?

_ C’était bien la deux, tu es sûr ? »

Iron man et Spider-man : deux droites parallèles

Et bienvenue à Venise ! Quelle fantastique classe de découverte new-yorkaise, qui vous permet de découvrir les images de carte postale du vieux continent. La ville sur la lagune est la porte d’entrée d’un european tour qui est l’argument principal du film, en plus de symboliser au détour de deux scènes malignes la profonde névrose de notre personnage principal. Au bord de la crise d’angoisse, Tom Holland en acteur principal est bon dans l’exercice. Ce n’est pas rien de le dire, car au centre d »une romance adolescente bas de plafond, il vaut mieux assurer une cohérence certaine dans ce cheminement personnel décousu mais pertinent. Décousu, car les aller-retours entre la futilité du teen movie et l’impériosité des scènes où Peter Parker endosse un deuil totémique, il y a de quoi être déconcerté, mais c’est aussi tout le sel du film. Avec cette capacité à passer aussi rapidement du coq à l’âne, Spider-man : far from Home a ainsi en son sein de quoi faire passer l’humour Marvel pour du Shakespeare. Ce dernier nous manque, mais il ne serait pas de trop pour analyser la pertinence de cette introspection de l’homme-araignée, le premier à ouvrir le bal après le plus grand film de la saga. Par les liens très forts qui les unissent dans cette version de l’histoire, Iron Man et Spider-man partagent ainsi des cheminements intellectuels en guise de droites parallèles. Adolescents, immatures, hilarants et angoissés, ils passent par les mêmes épreuves. Le passage générationnel est mimétique, un peu troublant, mais humain. Tout ce qui a pu un moment manquer aux blockbusters en général et aux films de super héros en particulier. Tout ce qui a fait de la saga Marvel une saga sur le refus de perdre des êtres chers et le refus de l’assumer. Iron Man est passé par les crises d’angoisse et par l’envie de tout arrêter. Et c’est sur cette voie toute tracée que la phase 4 va se lancer : Spider-man est-il réellement prêt à prendre le relais ? Et, par extension, son acteur, son univers, son public ? La méta-narration est ainsi si vertigineuse sur ce point précis qu’elle a sûrement permis aux fans les plus assidus et encyclopédiques d’en fait deviner tous les rebondissements de ce Spider-man à l’avance, par déduction. Une question devient persistante: le troll #ironman, en icône idéalisée sur les murs de toutes les grandes villes, joue t-il ici son meilleur rôle ? C’est en effet autour de l’homme de fer et de sa figure d’anti-héros cynique que le premier âge de la franchise a été bâti. Envisager de bâtir la suite sur les épaules d’un personnage un peu balaud et balourd, sans aucun recul a t-il autant de potentiel ? L’avenir le dira, le cynisme passant peut-être plus désormais du côté des placements produits faussement innocents et vraiment très lourds. Ah, ces gentils Néerlandais, qui parlent super bien l’anglais et pensent à filer un maillot de leur équipe nationale à notre héros en vadrouille… On voit bien que c’est un Nike, non ? Ok, on reprend.

American way of life

Un blockbuster hollywoodien sortant de ses murs proposera toujours son lot de scènes potentiellement cocasses, qu’on prendra toujours un malin plaisir à décortiquer. Il est épineux pour un avenger de revenir en Europe de toute façon, après les événements de Sokovie. Avengers : l’ère d’Ultron revenait sur des terres de guerre froide avec une désarmante insouciance, Spider-man far from Home tisse la liste d’une Europe particulière. Venise donc, Prague, Paris (évoquée à plusieurs reprises, mais finalement sortie du parcours) et Londres. Soit un panel du vieux continent entre villes mondiales et traditions, culture et histoire. Ma phrase vous paraît creuse ? C’est normal. C’est tout ce que l’on souhaite de cette Europe-là, dans ce film-là, parce que cette représentation d’une liste boulimique de destinations plus fascinantes les unes que les autres pour un touriste américain permet d’embarquer un autre troll dans ses bagages. Le mec avec un bob, un gilet, un short assez laid, un sac à dos et un guide du routard. Oui, ce mec est un #touristebeauf. Et il est américain, attention les enfants. Il est aussi ignare, peu discret, appelle le Tower bridge le London bridge et parle espagnol en Italie : Martin Starr incarne à la perfection ce troll fantastique qui mène le groupe scolaire de Peter Parker dans la vieille Europe. Cet aspect du scénario très efficace permet de pardonner et vraiment faire passer tous les défauts évoqués plus haut : on parcourt l’Europe par ses grandes destinations, les lieux les plus internationalisés qui manquent d’authenticité parce que cet homme-là a organisé le voyage, ou, on l’apprendra plus tard, semble tout organiser. C’est malin et un peu terrifiant à la fois, car on peut y trouver autant une réflexion sur les rapports de l’Américain moyen à l’altérité et la diversité culturelle qu’un moyen détourné de pousser le spectateur mondial à accepter qu’un gros film d’action étranger vienne chez vous pour tout y casser. Même en numérique, il y a de quoi ici métaphoriquement symboliser la place de la culture nord-américaine dans le Monde, qui s’est toujours métissée de nombreuses influences, autant pour concevoir de grandes œuvres que pour conquérir de nouveaux marchés. MJ, la copine parano/altermondialiste/anti-Trump qu’interprète Sendaya, porte des tee-shirts rigolos : « vote for women » et une Jeanne d’arc par exemple. Ce serait triste de dire qu’il s’agit d’un placement produit pour une cause aussi noble, alors je ne vais même pas l’écrire. Mais la démarche interpelle, quand elle ne va pas plus loin que quelques clins d’œils appuyés en arrière-plan. Le féminisme n’est pas un easter egg.

Un antagoniste audacieux et fabuleux

Venise fracassée, Venise humiliée, mais Venise… Pardon. Trêve de tourisme, il est temps de rappeler que deuil à part, même en vacances, un héros doit avoir un antagoniste, ce serait autrement l’occasion de ne servir à rien. Mysterio produit des apparitions plutôt fracassantes : un village mexicain dans une courte scène d’ouverture, un sauvetage express de Venise très spectaculaire. N’en jetez plus, pour un ado traumatisé en pleine romance, vous venez de gagner une figure paternelle charismatique, avec un excellent acteur pour l’endosser de surcroît en la présence de Jake Gyllenhaall. Mais quelle qualité de barbe, bon sang… Revenons à nos moutons. En pleine crise du mâle alpha, de l’ado alpha, et, on l’a vu plus haut de l’Américain alpha, il est fort de constater que ce Mysterio-là a au départ tout pour détonner. Sûr de lui, affable, posé et compétent, il émerge scénaristiquement et visuellement un côté vintage du personnage. Une armure vaguement steampunk, des effets et des lasers verts vifs, une couleur employée par le bouffon vert, le premier ennemi emblématique de Spider-man. Mais Mysterio, c’est aussi la figure du digne héros, qui intériorise tous ses traumatismes après avoir perdu sa famille, et accessoirement sa planète. Pas de crise d’angoisse chez lui. La sagesse de Morgan Freeman, l’efficacité de Nicky Larson et l’énergie d’un panda, pour le côté rassurant. Un John Wayne 2.0 en quelque sorte, miroir des Avengers modernes où même un Captain America peut imaginer avoir une crise existentielle. L’époque où évoquer un antagoniste en marchant sur des œufs pour ne pas déflorer l’intrigue est devenue emblématique à elle toute seule. Pour ce Spider-man, cela prend même tout son sens. A l’ère des fake news, de l’hyper-connectivité, de l’omniprésence des réseaux sociaux et de leurs propres langages audiovisuels, l’emploi de Mysterio dans Spider-man : far from Home permet à ce faux blockbuster de jeune de gagner plus de sel et d’intérêt que nombre de productions à la chaîne de l’écurie Marvel, toutes plus dotées que le budget annuel de l’Albanie. Au cœur de la manipulation des images, le cœur du film évoque des concepts comme la croyance, la rancœur et la peur avec une virtuosité poignante. Déjà évoqué par le personnage de MJ, la copine que Peter voudrait bien séduire pendant son voyage, ce rapport à l’actualité et à la vérité devient rapidement un pilier du film, et se consolide suffisamment pour envisager même de soutenir la saga à l’avenir. MJ et Mysterio se répondent, pour dévoiler une intrigue construite avec sérieux et solidité autour d’un questionnement très actuel, touchant le cœur même de l’écurie Marvel. C’est cependant cette capitalisation à l’extrême, où un message et un point de vue permettent de nourrir le studio Marvel lui-même, qui peut à long terme gâcher le plaisir d’une séquence clé du film, exceptionnelle, évoquant le final de La Dame de Shanghaï (Orson Welles, 1947) Que croire ? Qui ? Quand ? Où regarder ?

#MJ elle, ne croit en rien de ce qu’on trouve sur le net, cherche ailleurs et évite les principaux médias. Au-delà de la caricature adolescente, ceci prend tout son sens dans la démarche métafilmique des studios Marvel, qui se posent aussi des questions sur leur propre avenir. Des interrogations qui interpellent, parce qu’elles sont diffusées par l’antagoniste de Spider-man. La question de la surabondance des effets spéciaux, vitale pour l’avenir, est posée avec l’emphase propre aux blockbusters numériques, un peu gauche, un peu lourde mais efficiente malgré tout, jouant avec envie le risque de mener la prochaine phase de la saga vers le bord d’un trou noir.

Vers l’infini et au-delà

La mise en abîme en guise de procédé narratif a toujours été un moyen très efficace de questionner le spectateur tout en l’impliquant. De la Nouvelle vague aux néo-réalistes, elle a même été employée par nombre d’écoles cinématographiques. Dans un film à grand spectacle, son emploi apparaît souvent épineux. Dans Iron man 3, avec son grand méchant, le mandarin, en guise de magicien d’oz, il y avait déjà de quoi réfléchir à l’usage suprême de l’art du troll. La troupe de l’antagoniste est ici une vraie troupe de théâtre, de responsables d’effets numériques, de saltimbanques. Des opprimés et des oubliés qui déforment toute réalité pour y prélever leur part du gâteau. Tous les spectateurs peuvent s’y projeter : qui n’a jamais été frustré ? On pourra même l’interpréter et la surinterpréter à foison, en y trouvant même une superbe allégorie de Disney, Marvel et Kevin Feige s’en moquent évidemment, car ils veulent sauter dans le vide. Celui creusé par une mise en scène délirante d’ambiguïté assumée, assurant un rôle de premier plan au réalisateur des deux premiers Iron man, Jon Favreau. Le détail apparaît mineur, mais laisse entrevoir une stratégie à long terme, l’essence même de Marvel depuis le début, creusant et décortiquant encore et toujours les possibilités infinies de narrations qui s’offrent à elle. Spider-man : far from Home offre ainsi les traits de l’épisode faussement mineur d’une saga croissant encore et toujours, condamnée à repousser les limites les plus folles en défiant l’idée même que l’on se fait du cinéma. Le vrai multivers est donc ici, il est instable, terriblement attirant et accouchera peut-être d’une #souris. Mais vous avez payé votre place, comme moi la mienne. On vous avait pourtant prévenu : on ne nourrit pas un troll.

Spider-man: far from home: la bande annonce

Fiche technique

Titre original et français : Spider-Man: Far From Home
Titre québécois : Spider-Man : Loin des siens
Réalisation : Jon Watts
Scénario : Chris McKenna et Erik Sommers, d’après les personnages créés par Stan Lee et Steve Ditko
Direction artistique : Grant Armstrong
Décors : Claude Paré
Costumes : Anna B. Sheppard
Photographie : Matthew J. Lloyd
Montage : Leigh Folsom Boyd et Dan Lebental
Musique : Michael Giacchino
Production : Kevin Feige et Amy Pascal
Production déléguée : Eric Hauserman Carroll
Sociétés de production : Columbia Pictures, Marvel Studios, Marvel Entertainment
Sociétés de distribution : Columbia Pictures (États-Unis), Sony Pictures Releasing France (France)
Pays d’origine : Drapeau des États-Unis États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur et noir et blanc – 2,39:1
Genre : super-héros
Durée : 129 minutes
Dates de sortie :
États-Unis : 2 juillet 2019
France : 3 juillet 2019

Distribution:
Tom Holland (VF : Hugo Brunswick ; VQ : Alexandre Bacon) : Peter Parker / Spider-Man
Samuel L. Jackson (VF : Thierry Desroses ; VQ : Éric Gaudry) : Nick Fury
Zendaya (VF : Victoria Grosbois ; VQ : Célia Gouin-Arsenault) : Michelle « M. J. » Jones
Cobie Smulders (VF : Laura Blanc ; VQ : Ariane-Li Simard-Côté) : Maria Hill
Jon Favreau (VF : Yann Guillemot ; VQ : Thiéry Dubé) : Harold « Happy » Hogan
J.B. Smoove (VF : Frantz Confiac) : M. Dell
Jacob Batalon (VF : Pascal Nowak ; VQ : Nicolas Poulin) : Ned Leeds
Martin Starr (VF : Stéphane Fourreau) : M. Harrington
Marisa Tomei (VF : Stéphanie Lafforgue ; VQ : Éveline Gélinas) : May Parker
Jake Gyllenhaal (VF : Rémi Bichet ; VQ : Martin Watier) : Quentin Beck / Mystério

 

Note des lecteurs1 Note
3.5

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Romaric JOUAN
Romaric JOUANhttps://www.lemagducine.fr/
Vieux briscard de la cinéphilie de province, je suis un pro de la crastination, à qui seule l'envie d'écrire résiste encore. Les critiques de films sont servies, avant des scénarii, des histoires et cette fameuse suite du seigneur des anneaux que j'ai prévu de sortir d'ici 25 ans. Alors oui, c'est long, mais je voudrais vous y voir à écrire en elfique.

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