Sons of Philadelphia : figure mutique du polar

Avec ce deuxième long métrage, autour de deux cousins mafieux, Jérémie Guez peint un polar redoutable d’efficacité mais échoue à y intégrer une véritable ampleur.

Sons of Philadelphia se met au diapason de son acteur principal, et véritable force du film, Matthias Schoenaerts. Figure tellurique au physique imposant, mais terriblement taiseux et hanté par un passé douloureux. Sauf qu’à force de jouer la carte du mutisme et d’appliquer cette force centrifuge à tout son film, Jérémie Guez voit par moments son récit être complètement dévitalisé de tout contexte tangible et de regards sur une ville de Philadelphie reléguée au second plan, si ce n’est pas plus.  Nous sommes très éloigné d’un film comme The Town par exemple, où Ben Affleck faisait de Boston un personnage autant spirituel que spatial. Tant d’un point de vue visuel que narratif, Sons of Philadelphia a beaucoup de mal à étoffer toute notion de territoire et de guerre communautaire ou à dessiner avec acidité le quotidien mafieux : le film nous en parle, met en scène un milieu de petites frappes ou de gars qui essayent de s’en sortir par le biais de la boxe par exemple, met en exergue des vengeances et des rivalités entre ethnies mais ça ne reste qu’au stade de l’esquisse.

Tout ce contexte mafieux est tellement flou, qu’on ne sait pas vraiment quels sont les rôles de chacun, et dans le même temps, la temporalité du film est difficilement palpable (exception faite d’une phrase sur Trump). Mais derrière les codes du film noir et du polar que le cinéaste essaye de maintenir avec respect grâce à un certain amour du genre que l’on peut observer dans la mise en scène, on comprend vite que Sons of Philadelphia va recentrer ses atouts autour de cette dualité fraternelle entre cousins dont le passé commun va les voir se relier tôt ou tard. Et à ce petit jeu, Jérémie Guez s’en sort parfaitement : cette relation malsaine et mafieuse entre Michael et Peter voit s’affronter le chaud et le froid, deux éléments bien distincts, deux manières de corroborer dont la loyauté, la gouvernance, le leadership et le code d’honneur vont rapidement être mis à contribution. Les différents flashbacks sur l’enfance de Peter va mettre des mots et un visage sur son mutisme.

Cependant dans cet exercice de style que semble maitriser le cinéaste, ce dernier a parfois du mal à se sortir du guêpier des références ou d’un sentiment de déjà vu chez le spectateur : Joel Kinnaman semble reprendre le rôle de chiens fous colériques et les mimiques qu’il avait dans la série The Killing et Matthias Schoenaerts tient la même composition que celle qui l’a fait connaitre du grand public dans le non moins excellent Bullhead de Michael R. Roskam. Et les allusions avec le cinéma de Roskam ne s’arrête pas là car on pense beaucoup à son film américain Quand vient la nuit avec le très taiseux Tom Hardy, appliquant à la lettre ce portrait identique de l’homme musculeux mais détruit par le prisme de l’enfance. Derrière cette histoire qui voit s’additionner le passé, la fraternité, la violence et la loyauté, Sons of Philadelphia puise dans son ambiance délétère, sa violence soudaine et son casting 4 étoiles pour dérouler sa partition sans forcément totalement séduire. 

Bande Annonce – Sons of Philadelphia

Synopsis : Philadelphie. Il y a trente ans, la famille de Michael a recueilli Peter à la mort de son père, dans des circonstances opaques. Aujourd’hui, Peter et Michael sont deux petits malfrats aux tempéraments opposés. L’un est aussi violent et exubérant que l’autre est taciturne. Quand Michael est désigné comme « gênant » par la mafia italienne », le passé trouble de la famille ressurgit…

Fiche Technique – Sons of Philadelphia

Réalisation : Jérémie Guez
Scénario : Jérémie Guez, Peter Dexter
Casting : Matthias Schoenaerts, Joel Kinnaman, Mika Monroe
Durée : 1h 30 minutes
Genre: Polar, Drame
Date de sortie : 26 mai 2021 (The Jokers / Les Bookmakers)

 

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.