Renoir de Chie Hayakawa : l’enfance, côté poésie obscure

3.5

Renoir raconte l’histoire d’un deuil à venir, celui que va vivre Fuki dont le père est « en phase terminale ». Tout cela, elle l’apprend de la bouche des adultes sans que personne ne lui explique vraiment. Comme Fuki a une « imagination hors du commun », elle a déjà mis en scène sa propre mort ou celle de ses parents, à l’écrit. Et dans la vie ? Elle promène une sensibilité pétillante que la caméra de Chie Hayakawa caresse et accompagne avec douceur et fantaisie.

Quand Fuki croise une jeune femme dans une reproduction d’un tableau de Renoir, elle s’émerveille. C’est ce regard à la fois mature et naïf que capte la réalisatrice, Chie Hayakawa. Renoir est son second long métrage. Le tableau en question, c’est « La Petite Irène ». Est-ce que Fuki se projette dans cette solitude ? La petite fille, âgée de dix ans, se sent bien seule dans sa famille entre un père malade et une mère obsédée par les obsèques à venir alors que son mari n’est pas encore mort. Elle s’envole donc dans son imaginaire et la réalisatrice filme réalité et invention sur un même plan, comme si la vie de Fuki n’était qu’un long rêve, sans début ni fin.

La réalisatrice raconte, avec Renoir, des souvenirs d’enfance. Des souvenirs teintés d’une fascination pour ce qui touche à la mort et au surnaturel. Fuki emmène sa toute nouvelle amie découvrir un documentaire sur des corps calcinés et celle-ci en tombe dans les pommes d’effroi. Elle tente aussi de communiquer par télépathie car elle l’a vu à la télé. Tout ce qu’elle regarde semble concerner un monde d’adultes, comme quand une voisine lui confie un secret inavouable sous hypnose, mais est analysé et raconté sous son regard d’enfant décalée. Fuki ne cesse d’essayer d’entrer en contact avec les autres vivants (même les animaux), même au-delà de la vie. Parfois, on a peur pour elle et sa confiance absolue, mais elle sait rebondir et se recentrer sur ses propres sensations. Renoir est une addition de solitudes qui se croisent et parfois parviennent à faire un bout de chemin ensemble, la plupart du temps n’y parviennent pas très bien (Fuki et sa « rencontre téléphonique » ou Fuki et sa mère qui s’apprivoisent lentement).

Ce film d’été, c’est la période durant laquelle Fuki fait son deuil, n’est pas solaire, mais il insuffle une poésie de chaque instant. Il est même drôle parfois et interroge fortement la notion d’empathie (on pense à la scène de la prof d’anglais qui apprend le deuil que vit Fuki) ou du moins les réactions attendues. La première séquence voit ainsi Fuki imaginer sa mort violente et des visages en larmes. Elle se demande si l’on pleure en perdant un proche pour celui qui est mort ou pour soi-même. Fuki sait regarder, observer et offrir de son temps. On la voit accrocher un petit ruban aux fenêtres des chambres d’hôpital successives de son père, et tout faire pour qu’il vole devant ses yeux. Il ne cesse jamais d’exister pour elle et la caméra de faire des présents comme des absents, des fantômes comme des vivants, des personnages de cinéma intenses et vibrants. Fuki est loin d’être la petite fille figée sur le tableau de Renoir qui la fascine tant, elle est en mouvement permanent et quand elle s’apprête, s’habille comme une « petite fille », elle semble comme empêchée, c’est une enfant que la mort fascine (ou rattrape) mais que la vie appelle sans cesse dans un élan qui irradie tout le film de sa bizarrerie douce et finalement salvatrice.

Renoir : Bande annonce

Renoir : Fiche technique

Synopsis : Tokyo, 1987. Fuki, 11 ans, vit entre un père hospitalisé et une mère débordée et absente. Un été suspendu commence pour Fuki, entre solitude, rituels étranges et élans d’enfance. Le portrait d’une fillette à la sensibilité hors du commun, qui cherche à entrer en contact avec les vivants, les morts, et peut-être avec elle-même.

Réalisation : Chie Hayakawa
Scénario : Chie Hayakawa
Interprètes : Yui Suzuki, Lily Franky, Hikari Ishida, Ayumu Nakajima, Yumi Kawai
Photographie : Hideho Urata
Montage : Anne Klotz
Distributeur : Euzozoom
Durée : 1h59
Genre : Drame
Date de sortie : 10 septembre 2025

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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