Mobile Homes de Vladimir de Fontenay : un rêve américain accidenté

Dans ce récit white trash, qui voit une mère et son enfant s’échapper de l’emprise néfaste du conjoint de cette dernière, Vladimir de Fontenay parle avec Mobile Homes de la deuxième chance qui s’offre à nous, d’une fuite en avant, d’un combat contre la précarité et l’isolement social.

L’American Way of life dans le jargon du cinéma indépendant américain continue à fleurir sur nos écrans. A la vue de Mobile Homes, on pense irrémédiablement à Winter’s Bone de Debra Granik ou même à American Honey d’Andrea Arnold. Celle que l’on remarque avant toute autre chose, c’est Imogen Poots, que l’on avait déjà entraperçue dans l’excellent Green Room de Jeremy Saulnier. Avec sa chevelure blonde, son teint blafard, son regard apeuré, son amour effronté pour son enfant, elle devient le symbole d’une mère courage qui souhaite, comme toute maman, une vie meilleure pour son enfant. Dans une première partie, où elle et son compagnon vivent d’une vie oisive, bohème, entre petit banditisme de quartier pour se faire un peu de maille et combat de coqs illégaux dans des coins reculés de la périphérie américaine, le réalisateur immisce une atmosphère de dérision sans jamais tomber dans le misérabilisme social.

Mobile Homes parle de cette Amérique des laissés pour compte, d’une nation bancale dont les habitants mis de côté par le système ne peuvent avoir confiance qu’en eux-mêmes. Pourtant, même si le film regorge de petits moments d’ambiance, de respirations esthétiques qui viennent se greffer avec malice à l’âpreté du quotidien des personnages, Mobile Homes ne dépasse jamais le cadre de son sujet, pour devenir plus qu’un petit film sur l’Amérique gorgée de problèmes. Et ce n’est pas dans cette deuxième partie, qui voit la mère et son fils venir par effraction vivre un temps soit peu dans une communauté restreinte de la campagne neigeuse vivant dans ces fameux Mobile Homes, que le film va s’extirper de la masse.

Même si l’on est loin des œuvres tarées d’un Harmony Korine ou de l’ambiance mortifère des frères Safdie, Mobile Homes essaye de se frotter aux références du genre avec son ambiance d’évasion et de désespoir, sans malheureusement en atteindre la qualité. Par le biais de ces divagations, de ce collage clippesque parfois peu opportun, Vladimir de Fontenay crée un road movie un peu blafard, à la réalisation typique « Sundance » et qui marche à reculons même si l’œuvre a le mérite de ne jamais surjouer le drame et de souscrire à une émotion palpable. Le film parle de cet entre-deux compliqué à réunir dans une vie, c’est-à-dire cette envie d’avoir un foyer et la liberté de jouir d’une vie que l’on a choisie.

Car outre cette idée que le foyer reste l’un des gages d’un avenir plus radieux, Mobile Homes est aussi un film qui parle des choix. De ceux, qui peuvent parfois paraître irrationnels, mais qui n’existent que par l’amour que l’on détient pour une personne comme en témoigne cette fin, belle dans son dernier plan, mais terriblement laborieuse et grossière quant à son déroulement. Malgré son trio d’acteurs, ces quelques plans en apesanteur, cette émotion sincère, cette écriture assez fine, Mobile Homes a du mal à se détacher des codes inhérents au genre, et n’arrive pas à trouver sa place singulière dans ce cinéma bien trop quadrillé.

Synopsis : Ali et Evan sillonnent les routes entre les États-Unis et le Canada. Ils utilisent Bone, le fils d’Ali, âgé de huit ans, dans leurs trafics. Le jeune couple vit de plus en plus dangereusement. Tous rêvent pourtant d’un refuge, d’un foyer, mais leur fuite inexorable les entraîne sur un chemin qu’ils n’avaient pas prévu… Pour trouver sa place, Ali aura à faire un choix entre la liberté et sa responsabilité de mère. 

Mobile Homes – Bande-Annonce :

Mobile Homes – Fiche Technique :

Réalisateur : Vladimir de Fontenay
Scénario : Vladimir de Fontenay
Interprétation : Imogen Poots, Callum Turner, Franck Oulton
Directeur de la photographie : Benoit Soler
Distribution (France) : Nour Films
Durée : 106 minutes
Genre : Drame
Date de sortie (France) : 4 avril 2018

France, Canada – 2018

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

La fin d’Oak Street : Ce que la saga Jurassic Park/World ne nous avait pas offert…

Le dernier des blockbusters estivaux 2026 est peut-être également...

Juste pour une nuit : jusqu’au bout de l’ennui

Envie de chaos libidinal pendant douze heures dans une Amérique sous couvre-feu sentimental ? Le nouveau Will Gluck (Easy A, Tout sauf toi) propose plutôt un téléfilm sagement filmé, où même Monica Barbaro et Callum Turner peinent à faire des étincelles.

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

La fin d’Oak Street : Ce que la saga Jurassic Park/World ne nous avait pas offert…

Le dernier des blockbusters estivaux 2026 est peut-être également le plus attachant ! David Robert Mitchell change radicalement de registre - après deux films...

Juste pour une nuit : jusqu’au bout de l’ennui

Envie de chaos libidinal pendant douze heures dans une Amérique sous couvre-feu sentimental ? Le nouveau Will Gluck (Easy A, Tout sauf toi) propose plutôt un téléfilm sagement filmé, où même Monica Barbaro et Callum Turner peinent à faire des étincelles.

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.