Marty Supreme de Josh Safdie : quand la frénésie devient principe

Avec Marty Supreme, Josh Safdie poursuit l’énergie frénétique qui a fait la signature des Safdie, porté par une performance impressionnante de Timothée Chalamet. Virtuose, tendu, saturé de musique et de mouvement, le film impressionne par sa maîtrise formelle. Reste à savoir si cette démonstration spectaculaire parvient à ouvrir une véritable brèche émotionnelle.

Synopsis de Marty Supreme Marty Mauser, un jeune homme animé d’une ambition démesurée, est prêt à tout pour réaliser son rêve et prouver au monde entier que rien ne lui est impossible.

Speed

Au regard du trio de tête de la filmographie des frères Safdie – Mad Love in New York, Good Time et Uncut Gems –, leur mise en scène s’est imposée comme celle de la suffocation. Caméra nerveuse, montage sous tension, urgence permanente : tout révélait une faille. Derrière l’énergie affleurait la vulnérabilité – un manque, une dépendance, une impossibilité d’échapper à soi-même.

Marty Supreme, signé du seul Josh Safdie, conserve ce geste formel. La caméra propulse les corps autant que le récit. Timothée Chalamet, plus frêle que jamais, traverse le film en mouvement perpétuel, dans une course dont l’impulsion demeure parfois mystérieuse. Inspiré librement du joueur de tennis Marty Reisman des années 1950, coutumier de petites arnaques, son personnage vit à flux tendu et entraîne son entourage dans un tourbillon continu. La bande-son, omniprésente et saturée, volontairement anachronique avec ses choix musicaux empruntant aux années 1990, recouvre systématiquement la moindre respiration.

Cette constance relève d’un choix assumé. La mise en scène impressionne par sa maîtrise et sa cohérence avec l’univers de Josh Safdie. Mais contrairement au triumvirat précité, l’intensité de Marty Supreme ne repose sur aucune fissure intérieure. Elle ne dissimule ni ne révèle de seconde couche de vulnérabilité. L’urgence semble s’auto-alimenter, devenant le centre même du dispositif. On peut alors la percevoir comme performative, presque en pilotage automatique.

La prestation de Chalamet n’est pas en cause – au contraire. Elle épouse pleinement cette dynamique et la devance parfois, dans un jeu presque chorégraphique. Le film lui appartient. Mais cette performance, aussi impressionnante soit-elle, laisse peu d’espace à l’émotion. L’ennemi de Marty n’est jamais Marty ; le conflit demeure extérieur.

L’enthousiasme critique salue une jubilation formelle, et cela se comprend. Plus de deux heures sans relâche, sans temps mort. Le film est virtuose, son énergie indéniable.

La virtuosité éblouit, mais ne bouleverse pas.

Cette réserve ne tient ni à une faiblesse d’écriture ni à un défaut de mise en scène. Elle tient à un déplacement assumé. Avec Marty Supreme, Josh Safdie semble privilégier la démonstration à la vulnérabilité. La frénésie n’est plus le symptôme d’une angoisse, mais un moteur autosuffisant. Le spectacle prime sur la faille.

Accepté comme tel, le film demeure une réussite visuelle incontestable, ce que confirment ses nombreuses nominations aux Oscars. Les résultats plus contrastés aux BAFTA suggèrent toutefois qu’entre admiration formelle et véritable adhésion émotionnelle, le consensus n’est peut-être pas absolu.

🎬 Marty Supreme – Bande annonce

🎬 Marty Supreme – Fiche technique

Titre original : Marty Supreme
Réalisateur : Josh Safdie
Scénario : Josh Safdie & Ronald Bronstein
Interprétation : Timothée Chalamet (Marty Mauser), Gwyneth Paltrow (Kay Stone), Odessa A’zion (Rachel), Tyler Okonma (Wally), Géza Röhrig (Béla), Kevin O’Leary, Abel Ferrara, Fran Drescher, Sandra Bernhard…
Photographie : Darius Khondji
Montage : Josh Safdie & Ronald Bronstein
Musique : Daniel Lopatin
Décors : Jack Fisk
Producteurs : Josh Safdie, Ronald Bronstein, Eli Bush, Anthony Katagas, Timothée Chalamet
Maisons de production : Central Pictures, A24, IPR.VC
Distribution (France) : Métropolitan Filmexport
Durée : 150 minutes
Genre : Comédie dramatique / Film sportif / Biopic stylisé
Date de sortie (France) : 18 février 2026
Année : 2025

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Festival

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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