Le Syndrome des amours passées de Ann Sirot & Raphaël Balboni : Une drôle de fantaisie

Le Syndrome des amours passées, de  Ann Sirot & Raphaël Balboni : Après un premier film très prometteur, le couple belge de réalisateurs poursuit dans la veine drôle et fantaisiste d’une comédie légère sans être insignifiante

Synopsis le Syndrome des amours passées:  Rémy et Sandra n’arrivent pas à avoir d’enfant car ils sont atteints du “Syndrome des Amours Passées”. Pour guérir, il n’y a qu’une seule solution : il doivent recoucher une fois avec tou.te.s leurs ex.

Liaisons dangereuses

Après l’excellent Une Vie démente, le couple belge de réalisateurs formé par Ann Sirot et Raphaël Balboni nous revient avec le Syndrome des amours passées, un film à l’avenant de leur précédent,. Ce film apparaît moins spontané que le précédent , avec plus d’afféteries dans sa réalisation, mais il est tout aussi empreint de poésie, aussi fantaisiste, nous faisant penser parfois au trio Dominique Abel, Fiona Gordon & Bruno Romy, même si nous ne sommes pas tout à fait dans le même registre. Sandra (Lucie Debay déjà aperçue dans une Vie Démente) et Rémy (Lazare Gousseau) n’arrivent pas à avoir d’enfant. Un coup de fil urgent de leur obstétricien les convoque, et ils apprennent qu’on a découvert un nouveau syndrome, qui pourrait être à l’origine de leur problème : pompeusement appelé The Last Love Syndrome, le syndrome des amours passées du titre : il s’agirait pour Sandra et Rémy de faire l’amour avec tous leurs ex afin de débloquer la situation.

Un tel syndrome abracadabrantesque ne semble étonner personne. Le spectateur est du coup embarqué illico dans cette histoire. Les questionnements des protagonistes concernent plutôt l’aspect pratique de pouvoir accès à ces ex. Le côté anti-conformiste et drôle de la chose est que c’est Sandra qui a la liste d’ex longue comme le bras, et qu’à l’inverse, Rémy non seulement s’en sort avec beaucoup moins, mais qu’en plus, il semble perdu dans la méthode de prise de contact, et prend exemple sur sa femme dans une scène hilarante…

Lucie Debay et Lazare Gousseau se sortent très bien de cette comédie un peu déjantée, élégante malgré le sujet scabreux. La complicité des acteurs tout comme des personnages semble couler de source, et cette aventure singulière qui aurait pu être épineuse devient presque un ciment pour un couple  qui, bien que déjà soudé, est fragilisé par leur « problème ». Les voilà qui se lancent à la tâche, avec du cœur à l’ouvrage, de la bonne humeur, et même de la nostalgie au regard de ce qui aurait pu, mais n’a pas vraiment eu lieu avec l’un(e) ou l’autre (la plupart des ex est de bonne composition, sauf cas de force majeure comme un coming-out ou un pseudo-inceste, mais on n’en dira pas plus).

Là où le bât du film blesse, c’est dans une volonté des réalisateurs de faire original à tous crins. Elle se manifeste essentiellement dans la mise en scène très stylisée des actes sexuels. La bonne face de la médaille, c’est de nous éviter d’assister à répétition à des ébats qui ne sont en réalité pas le vif du sujet. Son revers, en revanche, est la perte de spontanéité qui nous a tant séduits dans la Vie démente. Non seulement le sexe avec les ex est trop scénarisé, mais chaque épisode est très différent du précédent, des petits films dans le film, risque de brouiller les pistes et de nous distraire de l’essentiel.

Car l’essentiel du Syndrome des amours passées, c’ est le rapport de l’un à l’autre induit par cette situation nouvelle du couple, et les endroits que cette sexualité ouverte touche chez l’un et l’autre : motivation exacerbée pour avoir un bébé, envie de sexe, besoin de sexe, désir de plaire, peur de ne pas plaire, angoisse, jalousie. Tout est assez subtilement amené, en biais et sans aucun didactisme, et c’est ce qui fait l’intérêt et le charme de ce film.

Léger par son humour et sérieux pour les messages qu’il porte, le Syndrome des amours passées est un film qui se laisse regarder avec plaisir, avec une mise en scène enlevée à base de beaucoup de jumpcuts entrecoupés de plans fixes ; il confirme un style frais et singulier du couple Sirot-Balboni dont on n’est pas près de se lasser, pourvu que ce dernier ne succombe pas davantage à la tentation d’une sur-réalisation qui nuit à leur spontanéité initiale.

Le syndrome des amours passées – Bande annonce

Le syndrome des amours passées – Fiche technique

Réalisateur : Ann Sirot & Raphaël Balboni
Scenario : Ann Sirot & Raphaël Balboni
Interprétation : Lucie Debay (Sandra), Lazare Gousseau (Rémi), Tarek Halaby (Tarek), Nora Hamzawi (Julie), Florence Loiret Caille (Marion)
Photographie : Jorge Piquer Rodríguez
Montage : Sophie Vercruysse
Musique : Julie Roué
Producteurs : Guillaume Dreyfus, Julie Esparbes, Delphine Schmit, Coproducteurs : Valérie Berlemont,  Philippe Logie, Tanguy Dekeyser, Damien Riga, Sibylle Seys Smets, Ives Swennen
Maisons de Production : Hélicotronc, Tripode Productions, Co-production : L’Oeil-Tambour, Proximus, Télévision Belge Francophone (RTBF), VOO, BE TV, Shelter Prod
Distribution (France) : KMBO
Durée : 89 min.
Genre : Drame
Date de sortie : 25 Octobre 2023
Belgique France– 2023

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3.5

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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