Le Procès du Chien : la société au banc des accusés

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Premier long-métrage de Laetitia Dosch présenté à Un Certain Regard au Festival de Cannes 2024, Le Procès du Chien convoque une comédie burlesque flirtant dangereusement avec les limites du ridicule. Tiré d’un fait réel, le jugement suisse très médiatisé d’un chien qui sert plutôt de prétexte, il dresse le portrait d’une société en crise. Statut de l’animal, domestication de la nature, soumission de la femme, écologie et sécuritarisme font ainsi partie des thèmes sur lesquels Le Procès du Chien nous invite à réfléchir. Par sa pluralité de sujets un peu étouffés, son ton humoristique, parfois absurde, et ses personnages caricaturaux, le film ne convainc pas totalement mais offre un bon poil d’inventivité.

Interprète principale de Jeune Femme de Léonor Serraille, récompensé par la Caméra d’or 2017 à Cannes, Laetitia Dosch a également tourné pour Justine Triet dans La Bataille de Solférino, Maïwenn dans Mon Roi et Guillaume Senez dans Nos Batailles. Après avoir créé au théâtre de Vidy-Lausanne son propre spectacle, Hate, un duo insolite entre elle et un cheval, l’actrice franco-suisse passe à la réalisation.

Dans Le Procès du Chien, inspiré du roman Chien Blanc de Romain Gary, elle incarne Avril, une avocate abonnée aux causes perdues. Réprimandée par son patron, elle se jure de gagner sa prochaine affaire. Mais lorsque Dariuch, un aveugle, lui demande de défendre son chien, Cosmos, Avril s’engage dans une bataille juridique étonnante qui bouleverse le cours de son existence.

Entre chien et loup…

Comment juger un chien guidé par une volonté propre, bien distincte de celle de son maître, mais qui pour autant, ne s’apparente pas à un homme ? Si aujourd’hui, la législation a évolué, reconnaissant aux animaux le statut d’ « êtres vivants doués de sensibilité », le chien a longtemps été considéré comme une chose qui, comme telle, peut être détruite en cas de menace.

Cosmos, le fidèle compagnon de Dariuch accusé d’avoir violemment mordu plusieurs femmes, risque ainsi la mort. Face à la plainte de Lorene, une portugaise marquée par des cicatrices au visage, Avril lutte pour la reconnaissance d’un véritable statut de l’animal. D’abord assimilé à son maître, puis à un humain, Cosmos est enfin présenté comme un être soumis à des instincts sauvages et primaires, en somme, un chien sensible à l’appel des loups.

Cependant, malgré toute la bonne volonté du juge, qui appelle Cosmos à la barre, essaie de l’interroger par des procédés risibles et convoque même un comité éthologique, donnant lieu à quelques scènes cocasses, les barrières entre l’homme et l’animal, la culture et la nature, demeurent infranchissables. Une façon pour Le Procès du Chien d’aborder la situation écologique qui préoccupe fortement Laetitia Dosch. La réalisatrice a ainsi affirmé : « cette crise vient d’une ignorance, d’une insensibilité vis-à-vis des autres espèces de notre écosystème. (…) Il faut réinventer notre rapport au vivant si on veut survivre. »

En défendant Cosmos, un misogyne affiché qui ne s’attaque pas aux hommes, Avril réaffirme sa place d’avocate, comme si corriger l’agressivité de ce chien allait guérir toute une société dans laquelle les femmes semblent domestiquées. En exécutant le fameux pli du genou en se baissant, celles-ci marqueraient en effet une forme de soumission qui inciterait Cosmos à les mordre.  Le Procès du Chien traite donc de la violence physique et verbale contre les femmes, mais aussi des enfants à travers le petit Joachim, un garçon maltraité, peu avenant et provocateur qu’ Avril prend sous son aile. Les deux personnages, en quête d’estime et d’amour, parviennent à trouver ensemble du réconfort.

Le film inclut également un procès plus politique sur le terrain miné de la sécurité. L’avocate de la partie civile, candidate aux élections, incarnée par Anne Dorval, apparait ainsi comme la caricature parfaite d’un Éric Zemmour ou d’un Donald Trump. À l’heure où l’extrême droite progresse aux élections, Laetitia Dosch dénonce ces figures politiques qui jouent sur la peur des citoyens. Si le chien représente un danger pour la société, il doit être éliminé sans état d’âme.

Fort de toutes ces thématiques sociales et politiques, Le Procès du Chien cherche à changer notre regard sur le monde civilisé. Mais en s’éparpillant sur beaucoup de sujets sans vraiment les approfondir, il s’impose plus comme une comédie singulière, absurde, dont les variations de ton peuvent parfois désorienter.

À rebrousse-poil

« Une comédie libre, dérangeante, qui parle de choses importantes », c’est ainsi que la réalisatrice franco-suisse décrit Le Procès du Chien. Des comédies de ce genre, un peu délirantes, nous en voyons très peu. Toutefois, le caractère humoristique, souvent très décalé du film, nuit au fond du propos, si bien que l’on peine à prendre l’histoire au sérieux et à s’impliquer auprès de ces protagonistes plus clownesques qu’empathiques. Même le chien, filmé avec une attachante et relative sobriété, semble finalement moins exubérant que ses camarades humains.

Du rire à la violence, en passant par l’extravagance, Le Procès du Chien alterne les registres en un aboiement. Ces brusques changements de ton, associé à un montage hasardeux, confèrent au film un rythme assez étrange. Aussi, des séquences attrayantes, comme l’intervention du comité éthologique ou la plaidoirie finale d’April, se retrouvent malheureusement réduites à peau de chagrin.

Après Anatomie d’une chute, Palme d’Or 2023, et aux côtés de Black Dog, Prix Un Certain Regard 2024, le premier film de Laetitia Dosch surfe sur la vague canine avec une certaine originalité. Dommage qu’il lui manque la fluidité du premier et l’émotion du second pour nous marquer de sa patte.

Le Procès du Chien – Bande-annonce

Le Procès du Chien – Fiche technique

Réalisation : Laetitia Dosch
Scénario : Laetitia Dosch, Anne-Sophie Bailly
Casting : Laetitia Dosch (Avril Lucciane), François Damiens (Dariuch), Pierre Deladonchamps (Jérôme), Jean-Pascal Zadi (Marc), Anne Dorval (Roseline), Mathieu Demy (le juge)…
Musique : David Stanke 
Photographie : Alexis Kavyrchine
Société de production : Bande à Part Productions
Sociétés de distribution : The Jokers, Les Bookmakers
Genre : comédie
Durée : 1h25
France – Sortie le 11 septembre 2024

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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