Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) : Ce qu’on donne, ce qu’on reçoit, ce qu’on transmet

L’argent et l’amour font certainement partie des piliers fondamentaux dans les relations familiales thaïlandaises. Pat Boonnitipat prend un malin plaisir à disserter sur sa culture dans son premier long-métrage, d’une sensibilité intense et d’une grande humilité. Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) nous renvoie ainsi à nos réunions familiales, dans tout ce qu’elles ont de jovial, de désordonné, de mélancolique et de cynique, tout en questionnant le poids de l’héritage. Une œuvre savoureusement drôle et émouvante !

Synopsis : Quand M apprend que sa grand-mère est malade, il voit une opportunité de mettre fin à ses galères. En jouant les petits-fils modèles, il compte bien décrocher l’héritage ! Mais gagner ses faveurs est loin d’être une mince affaire, et pour toucher le pactole, il est prêt à tout. Ce qui commence comme une mission intéressée devient peu à peu l’histoire d’un petit-fils et d’une grand-mère qui apprennent à se connaître…

Malgré un titre à rallonge et ironique pour le public francophone et international (How to make millions before grandma dies), l’intitulé original exprime, avec simplicité, tout ce que contient le film. Lanh Mah est une contraction des mots thaïlandais signifiant « petit enfant » et « grand-mère ». Ce titre évoque explicitement le lien intergénérationnel entre eux. Il a été tendrement et intimement exploré dans un premier long-métrage espagnol L’âge imminent, du Col·lectiu Vigília. Pat Boonnitipat cherche également à jouer sur cette dynamique entre deux personnages distants dans un premier temps, mais qui vont renverser les attentes de chacun à travers leur sincérité.

Emphase terminale

Le film s’ouvre avec une scène porteuse d’ironie, en illustrant tout ce qui suit dans le récit. En pleine cérémonie d’hommage à leurs ancêtres, dans un cimetière particulièrement animé, Pat Boonnitipat nous initie aux traditions qui se perdent de génération en génération. Amah (Usha Seamkhum), la doyenne de la famille, tente tant bien que mal de captiver l’attention de ses enfants et surtout de son petit-fils M (Putthipong Assaratanakul). Elle chute lourdement, et peu après, on lui diagnostique un cancer en phase terminale dans la foulée. Pas de quoi s’en réjouir, sauf s’il y a une récompense à la clé. Et le jeune M, soutenu par sa cousine Mui (Tontawan Tantivejakul), saute évidemment sur l’occasion pour surmonter ses difficultés financières. Croyant naïvement percer dans le milieu du streaming de jeux vidéo, il s’éloigne peu à peu des écrans pour se tourner vers le réel qui lui échappe.

Le petit-fils commence alors à s’immiscer dans le quotidien d’Amah, tel un personnage tout droit sorti de Parasite, selon Bong Joon-ho. Des retrouvailles forcées qui donnent lieu à des situations hilarantes, où M tente maladroitement d’accaparer son affection. Malgré son âge avancé et sans savoir qu’elle est gravement malade, Amah ne reste pas inactive dans sa modeste demeure, située au cœur de Talat Phlu, un quartier chinois de Bangkok. Son gruau de riz est un incontournable du coin et il faut être matinal pour le préparer. La caméra prend ainsi le temps d’étudier l’horizontalité des lieux, tandis que la photographie de Boonyanuch Kraithong restitue toute la chaleur et l’authenticité qui se dégagent de l’image. L’apprentissage de M commence donc ici, dans une discipline qu’il va progressivement adopter pour devenir un adulte autonome et responsable, effaçant la représentation de « bon à rien » qu’il renvoie. Pat Boonnitipat met alors le doigt sur cette période charnière où les recettes de nos grand-mères finissent par devenir les nôtres. Une transmission magnifiquement intégrée dans une narration fluide et soutenue par la musique de Jaithep Raroengjai.

Vivre vieux, mourir vivant

Reste à résoudre une question centrale pour tous les personnages. L’argent n’est pas toujours un gage de sincérité en termes d’amour. M oscille entre son rôle de chasseur d’héritage et celui de témoin discret des évènements tragiques qui font saigner le cœur de sa grand-mère, profondément attristé par la vie solitaire qu’elle mène depuis l’envol de ses oisillons. Amah attend ses enfants et leur famille tous les dimanches, assise sur un banc devant chez elle et dans sa plus belle tenue. Un geste déchirant qui témoigne de la tendresse de cette femme qui n’a pas grand-chose à donner ou à transmettre, si ce n’est sa mémoire. À M de prendre l’initiative de réunir cette famille qui s’entredéchire à l’attrait d’une fortune présumée. Comme dans La Chatte sur un toit brûlant de Richard Brooks, l’argent finit par révéler le caractère individualiste de chacun, alors que les enseignements que Boonnitipat étale dans son film sont de l’ordre du partage. Ce qui reste et qui a véritablement de la valeur, c’est ce qui nous enrichit toute notre vie, tel le grenadier – l’arbre fruitier – qu’entretient soigneusement Amah.

Au sommet du box-office thaïlandais 2024, Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) cristallise toute la bienveillance et le respect, transmis des parents à leurs enfants, et ainsi de suite. Ce film est une véritable étreinte cinématographique, notamment grâce à la performance d’Usha Seamkhum, d’une autorité et d’un réalisme saisissants. Les spectateurs peuvent également s’identifier dans cette dynamique familiale, où les crises et les rivalités intergénérationnelles sont explorées avec beaucoup de justesse et de beauté. Ce qui n’empêche pas Pat Boonnitipat d’achever son discours poignant sur le deuil, comme élément de réconciliation et de célébration. Une œuvre bouleversante qui gagne un million de fois d’être découverte en salle et en famille !

Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) – Bande-annonce

Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) – Fiche technique

Titre original : Lahn Mah
Titre international : How to Make Millions Before Grandma Dies
Réalisation : Pat Boonnitipat
Scénario : Thodsapon Thiptinnakorn, Pat Boonnitipat
Interprètes : Putthipong Assaratanakul, Usha Seamkhum, Sarinrat Thomas, Sanya Kunakorn, Pongsatorn Jongwilas, Tontawan Tantivejakul, Duangporn Oapirat, Himawari Tajiri
Photographie : Boonyanuch Kraithong
Montage : Thammarat Sumethsupachok
Musique : Jaithep Raroengjai
Producteurs : Vanridee Pongsittisak, Jira Maligool
Société de production : Jor Kwang Films
Pays de production : Thaïlande
Distribution France : Tandem Films
Durée : 2h05
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 16 avril 2025

Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère) : Ce qu’on donne, ce qu’on reçoit, ce qu’on transmet
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Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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