Cannes 2024 : Marcello Mio de Christophe Honoré, dans le vague

Marcello Mio : Une fable plutôt pâlotte sur l’absence du père, doublée d’un questionnement sur l’identité des acteurs, et notamment des « népo-acteurs » lestés d’héritage.

Synopsis de Marcello mio :  C’est l’histoire d’une femme qui s’appelle Chiara.

Elle est actrice, elle est la fille de Marcello Mastroianni et Catherine Deneuve et le temps d’un été, chahutée dans sa propre vie, elle se raconte qu’elle devrait plutôt vivre la vie de son père. 

Elle s’habille désormais comme lui, parle comme lui, respire comme lui et elle le fait avec une telle force qu’autour d’elle, les autres finissent par y croire et se mettent à l’appeler « Marcello ».

Dans la peau de Marcello

Hasard de calendrier. Quelques jours après Le Deuxième acte de Quentin Dupieux, qui parlait déjà des acteurs et du métier d’acteur, du devenir du cinéma, voici Marcello Mio, le film de Christophe Honoré présenté à la sélection officielle du festival de Cannes en cours, avec également un focus sur lesdits acteurs.

Dans la suite du beau et émouvant Lycéen de 2022, qui a été la véritable révélation du jeune et talentueux Paul Kircher au public, il s’agit à nouveau ici d’une histoire sur l’absence d’un père : dans Le Lycéen, le sien, dans ce nouveau film, celui de son amie de longue date et quasi-muse Chiara Mastroianni. Mais comme évoqué plus haut, le métrage raconte également en filigrane le métier d’acteur, puisqu’on y retrouve une pléthore d’acteurs qui jouent leur propre rôle, et Nicole Garcia qui joue une réalisatrice. Cette sorte de mise en abyme des acteurs qui jouent des personnages de fiction mais portant leurs propres noms a, sur le papier, quelque chose de vertigineux.

Un matin, en plein Paris, après avoir interprété pour une campagne quelconque une Anita Ekberg des faubourgs en empruntant son rôle dans  la Dolce Vita, Chiara Mastroianni se réveille et voit, à la place du sien, le reflet de son père dans la glace de la salle de bains. Elle reçoit un choc et s’évanouit. Est-ce l’évocation de la Dolce Vita ? Est-elle dans un rêve ? toujours est-il que Chiara  est prise d’une envie furieuse de se mettre dans la peau de Marcello Mastroianni, son père. L’écueil majeur du film est qu’à aucun moment, on ne comprend cette envie soudaine de Chiara Mastroianni de se mettre littéralement dans les habits de son père. Costume, whisky, porte-cigares, chapeau 8 1/2. Elle a beau dire à son entourage que ce n’est pas un déguisement, sa démarche n’a l’air que de cela. De la raison qui doit être profonde de cette envie d’être Marcello, d’invoquer Marcello, Christophe Honoré ne fait aucune mention, ne fait aucune allusion. Chiara ne veut pas être que fille de, et pourtant la voilà qui se glisse dans les pantoufles de son père…Tout ressemble à une blague, une anecdote à l’image de l’émission désastreuse de la RAI qui prétendant rendre hommage à Marcello Mastroianni, ne fait en réalité que de la retape pour de l’audience en se servant de Chiara.

Fan de Honoré, on trouve toujours un sous-texte intelligent  ou une émotion plus directe à la majorité de ses films. Ce n’est malheureusement pas le cas ici. Le cabotinage des acteurs (Lucchini et peut-être Catherine Deneuve dans une moindre mesure), de l’incompréhension marquée de l’ex devenu ami Benjamin Biolay, les colères inexpliquées de l’autre ex devenu également ami Melvil Poupaud face au « travestissement », tant de paramètres brouillent la lecture de ce film qui partait pourtant d’une bonne idée, qui est de montrer comment faire face à l’absence, à l’absence d’un père.

L’idée sous-jacente également du poids de l’héritage sur l’acteur, le « népo-acteur » plus spécifiquement, n’est finalement balayée que d’une phrase prononcée par Nicole Garcia la dirigeant comme actrice, et qui lui demande un jeu avec « plus de Mastroianni et moins de Deneuve ». Une actrice dont les deux parents ont fait, dans une intervalle de presque 10 ans, l’affiche du Festival de Cannes, mériterait sans doute un développement plus important du sujet de l’identité et du fameux héritage.

Marcello Mio est un film mi-fable mi-comédie que l’on aurait aimé voir plus riche en émotion et en contenu, à l’image de l’acte manqué de Catherine Deneuve à la fin du film, qui apporte enfin un certain souffle à l’ensemble. Petite déception donc pour ce film aux intentions trop diffuses, qui n’enlèvera en rien notre admiration pour son réalisateur.

Marcello Mio – Bande annonce

Marcello Mio – Fiche technique

Réalisateur : Christophe Honoré
Scenario : Christophe Honoré
Interprétation : Chiara Mastroianni (Chiara Mastroianni / Marcello), Catherine Deneuve (Catherine Deneuve), Fabrice Luchini (Fabrice Luchini), Nicole Garcia  (Nicole Garcia), Benjamin Biolay (Benjamin Biolay), Melvil Poupaud (Melvil Poupaud), Hugh Skinner (Colin), Stefania Sandrelli (Stefania Sandrelli)
Photographie : Rémy Chevrin
Montage : Chantal Hymans
Musique : Alex Beaupin
Producteurs : Philippe Martin Coproducteurs : David Thion , Angelo Barbagallo, Andrea Occhipinti, Stefano Massenzi
Maisons de production : BiBi Film, France 2 Cinéma, LDRP II, Les Films Pelléas, Lucky Red, Super 8 Production, TSF
Distribution (France) : Ad Vitam Distribution
Durée : 120 min.
Genre : Comédie
Date de sortie : 21 Mai 2024
France – 2024

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Festival

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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