Black, un film d’Adil El Arbi et Bilall Fallah: critique

Black, film sociétal et constat militant qui laisse sans espoir, les yeux humides face à la violence implacable d’une société en train de sacrifier toute une génération au nom de l’indifférence.

Synopsis: L’histoire d’amour impossible entre Marwan et Mavela, deux jeunes Bruxellois membres de bandes urbaines différentes, le « Black Bronx » de Matonge et les « 1080 » de Molenbeek-Saint-Jean.

Le film ne sortira pas en salle pour cause de bagarres ayant éclaté au cours des premières projections. Au nom également de la censure qui prédomine, depuis certains attentats, et qui fait que certaines vérités ne sont plus bonnes à dire. Il faut reconnaître que ce film comme d’autres avant (Train d’Enfer par exemple) est à double-tranchant. D’un côté la violence de ghettos urbains qui vient accréditer les thèses d’extrême-droite, de l’autre la marginalité de cette violence qui montre que la stigmatisation est une erreur. La vérité est au milieu, admettre une réalité sans la généraliser. Démontrer aussi que, quelles que soient les banlieues, concentrer une même population, dans un même lieu et dans les mêmes conditions sociales, conduit au même résultat. Même l’amour naissant entre Mavela et Marwan n’y suffit pas, tant il est tabou dans un milieu où seuls les rapports de force servent de point de repère.

Black, film de cinéma bien entendu, tendu comme arc et coupant comme ces lames de rasoir destinées à trancher dans le vif tout élan de liberté, toute volonté d’autre chose. Pas de question religieuse ici, juste celle de l’amitié, de l’amour et de la famille. La caméra est à cran comme les nerfs du spectateurs, on passe de scène en scène comme on passe de douleur en douleur, face à cette jeunesse qu’on trompe. Le r’n’b, street music de la frime, rythme d’un implacable tempo les menus larcins et les grands crimes des personnages, mettant en partition des acteurs plus vrais que nature, qui se donnent corps et âmes à ce film, comme on se donne à une juste cause. Sans fioritures, sans rien cacher, les metteurs en scène montrent ce qu’on ne veut plus voir, soit par lâcheté, soit par angélisme, soit par crainte d’un racisme imbécile. Tout est fait pour nous plonger le nez dans nos erreurs et culpabilités collectives, de la caméra filmant en mode documentaire, à la lumière jouant d’ombres et de lumières comme d’autant de masques, derrière lesquels se dissimule l’innocence perdue et coupable.

Film moralement et physiquement épuisant, Black nous tend un impitoyable miroir prompt à nous renvoyer en pleine face nos responsabilités collectives, celles d’une société basée sur le pouvoir, le rapport de force et la possession, autant des êtres que des choses. Des « valeurs » qui finalement, font rapidement sauter le vernis de notre civilisation, dès lors que les règles humaines de vie en commun disparaissent, comme dans les banlieues du monde entier. Adil El Arbi et Bilall Fallah ne font aucune concession et dressent le portrait d’êtres en sursis, vivant en risque permanent tels des loupes grossissantes des errements de nos libéralismes. Nouvelle métaphore de Roméo Et Juliette, proche de West Side Story, Black est bien plus qu’un cri d’alarme, c‘est le hurlement de douleur d’une part de la jeunesse en perdition et qui, sans exiger de solution, nous annonce qu’elle s’est résignée au malheur.

Black : Bande annonce

Black : Fiche Technique

Réalisation : Adil El Arbi et Bilall Fallah
Scénario : Nele Meirhaeghe, Adil El Arbi et Bilall Fallah
Interpretation: Martha Canga Antonio, Aboubakr Bensaihi, Théo Kabeya, Emmanuel Tahon, Soufiane Chilah, Natascha Boyamba, Simon Frey, Ashley Ntangu, Sanaa Bouarrasse, Marine Scandiuzzi, Glody Lombi…
Photographie: Robrecht Heyvaert
Musique du film Black : Hannes De Maeyer
Producteurs :Frank van Passel, Bert Hamelinck et Ivy Vanhaecke
Distributeur : Kinepolis Film Distribution
Langues : Français, Néerlandais, Arabe marocain
Genre : Drame
Durée : 95 minutes
Dates de sortie : 24 juin 2016 en e-cinéma

Belgique – 2015

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.