All Eyes off Me : Tous les yeux sur la réalisatrice Hadas ben Aroya

All Eyes off Me de Hadas ben Aroya est un film frontal intelligent et sensible qui explore le plus intime de sa protagoniste, pas forcément là où on l’attend.

Synopsis de All Eyes off Me :  Raconté en trois chapitres liés, le film suit une génération jeune et confiante. Danny est enceinte de Max. Elle veut profiter d’une fête pour le lui annoncer, mais n’y parvient pas. De son côté, Max explore les fantasmes sexuels de sa fiancée Avishag. Celle-ci se confie à Dror, qui la paye pour garder son chien. Entre le vieil homme et la jeune femme naît une intimité inattendue.

 Friends with Benefits

La réalisatrice israélienne Hadas ben Aroya frappe fort avec son nouveau métrage All Eyes off Me. Sans avoir vu son précédent film, on ne peut pas dire si cette radicalité est systématique ; ce qu’on peut dire, c’est qu’ici, elle ne recule devant aucun tabou, n’accepte aucun compromis dans la réalisation de son film.

Compartimenté en trois parties d’inégales durées, All Eyes off Me met faussement en avant un personnage différent dans chaque segment, alors qu’en réalité, il s’agira toujours d’Avishag (incroyable Elisheva Weil). Contrairement au titre international du film, tous les yeux sont tournés vers elle. Si la deuxième partie est celle qui est à tous les sens du terme au centre du narratif, Avishag est l’objet de toutes les discussions, de toutes les décisions, de tous les désirs et de tous les interdits dans chacune de ces trois parties. Dans la première partie, elle est la nouvelle amie de Max (Leib Lev Levin), dont le personnage principal Danny est enceinte, la barrière infranchissable entre Max et Danny. Dans la deuxième partie , elle est presque l’otage de ses propres fantasmes sexuels, aidée en cela par Max, et dans la troisième partie, sans doute paradoxalement la plus intime, on évoque sa relation avec son voisin Dror (Yoav Hait), un homme exposé autant qu’elle à la plus grande des vulnérabilités.

Lors de la présentation de son film à la Berlinale en  2021, Hadas ben Aroya a précisé que le principe  central qu’elle voulait imprimer à son film, c’est de cacher le maximum possible. Oui, cela semble très paradoxal eu égard à certaines scènes du film, très remuantes par moments. Ce qu’elle voulait cacher, c’est surtout les sentiments d’Avishag. Le plaisir, la colère, l’attirance, l’amour même, la cinéaste voulait gommer au maximum ces sentiments du visage de sa protagoniste, la rendre un peu opaque et perdue, et elle y réussit plutôt bien, augmentant encore le trouble du spectateur devant ce film atypique.

De belles idées de cinéma sont à mettre au crédit de Hadas ben Aroya. Ainsi de la véritable relation qu’Avishag noue avec son smartphone : un objet presque animé mais sans âme, à qui on ne peut rien cacher de ce que l’on ressent, qui donne ce dont on a besoin à un moment donné, et qui ne demande jamais rien en retour. Il faut la voir dans sa fascination dudit objet en regardant, pendant son dogsitting au parc à chiens, un replay du The Voice national : l’intimité thématique déclarée du film est là aussi, dans ce moment de tête à tête avec la machine, sans aller bien sûr jusqu’à de titanesques fusions homme-machine…

Malgré une forme extrêmement frontale, avec des scènes qui n’ont pas peur de durer, au risque de perdre le spectateur, All Eyes off Me, un film qui invite, contrairement à son titre, à y river son œil à la limite du voyeurisme, nous parle de l’intimité de l’héroïne, de ses explorations sexuelles qui  sont véritablement tout sauf des postures. Mais surtout, en creux, il nous parle des autres moments, ceux en dehors de la frénésie, ceux où l’intimité de trois minutes de silence allongés côte à côte et immobiles sur un tapis vaut mieux que tous les rapprochements physiques du monde pour se livrer à soi-même et à l’autre. En cela, la jeune cinéaste a parfaitement réussi son coup, celui de montrer l’invisible sans démontrer. Un geste intelligent et très risqué, puisqu’on flirte ici avec des domaines pouvant vite devenir problématiques, tant la sexualité y est crue.

Hadas ben Aroya fait sensation avec beaucoup de sincérité. Il s’agira de la suivre de près,  ainsi que son actrice Elisheva Weil, qui se permet tout sans calcul, mais au contraire avec beaucoup de sensibilité et professionnalisme.

All Eyes off Me– Bande annonce

All Eyes off Me – Fiche technique

Titre original : Mishehu Yohav Mishehu
Réalisateur : Hadas ben Aroya
Scénario : Hadas ben Aroya
Interprétation : Elisheva Weil (Avishag), Leib Levin (Max), Yoav Hayt (Dror) , Hadar Katz (Danny )
Photographie : Meidan Arama
Montage : Or Lee-Tal
Producteurs : Hadas Ben Aroya, Maayan Eden
Distribution (France) : Wayna Pitch
Récompenses :  Festival du film de Jerusalem 2021 – Meilleure actrice, meilleure réalisatrice
Durée : 88 min.
Genre : Drame
Date de sortie :  08 Juin 2022
Israël – 2021

 

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Festival

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Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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