Aline : Valérie Lemercier réussit son biopic inspiré de Céline Dion

Avec Aline, Valérie Lemercier (réalisatrice et interprète du rôle-titre) se plaît à créer un film en hommage à une femme qu’elle admire manifestement beaucoup : Céline Dion. Pourtant, le biopic n’est qu’inspiré de la vie de la chanteuse, qui y est renommée Aline Dieu. La famille Dion n’a pas approuvé l’oeuvre, dans laquelle elle ne s’est pas reconnue, pas plus que la vie de la chanteuse. Spectateurs de Céline Dion autant que du film, nous ne connaissons la star qu’à travers différents media : son, image, imprimée ou en vidéo, écran télé, de smartphone ou d’ordinateur… Ou comme une petite silhouette sur une scène lointaine pour ceux qui ont eu la chance de voir Céline Dion en concert. C’est sans doute la raison pour laquelle le film nous paraît à nous si réussi : pas aussi concernés et connaisseurs que la famille Dion, le film Aline risque bien de nous plaire !

Un casting attachant 

Aline est un film doux, drôle et bien rythmé. On se plaît à suivre la vie de Céline Dion, retranscrite ici comme celle d’Aline Dieu. Les interprétations sont bonnes, avec un casting très québécois, à l’exception de Valérie Lemercier, qui imite bien l’accent – accent qu’on entend tout au long du film. Elle gagne pour cette interprétation un troisième César, ici celui de la meilleure actrice, qui porte pour l’occasion une prothèse sur le nez.
On salue également le travail de Sylvain Marcel en Guy-Claude Kamar, alter égo cinématographique de René Angélil. La famille de Céline est tout aussi savoureuse, sa mère (Danielle Fichaud), son père (Roc LaFortune), ses frères et soeurs, autant que son maquilleur français (Jean-Noël Brouté). Très rapidement, on s’attache à cette flopée de personnages amusants et sincères qui nous entraînent dans l’intimité de la fulgurante ascension de Céline Dion/Aline.

Un faux biopic plein d’humour 

Qu’on connaisse ou non la vie de Céline, le film progresse logiquement vers le succès en suivant l’existence d’Aline, à laquelle on s’est tant attachée et qui semble si authentique qu’on n’en vient pas une seconde à ressentir la moindre pointe de jalousie pour celle qui habite un immense manoir à Las Vegas – on voit bien le prix de la contrepartie : Aline travaille dur et se produit tous les soirs à Las Vegas pendant cinq ans.
Malgré la différence d’âge, son histoire d’amour avec Guy-Claude est touchante et Aline à peine adulte, on cesse de penser à leur âge, tant on connaît la longévité et l’authenticité du vrai couple Céline-René.

Aline est aussi un film drôle, sans jamais être moqueur. Drôle ce moment où un personnage appelle par erreur Céline, l’immense chanteuse qui le reprend : « Aline ». Drôle ce regard posé sur le mythe Céline Dion, sa famille, son mariage, son excentricité. Drôle aussi cette mention « Aline Dieu, la Voix du Bon Dion » sur la pochette d’un des premiers vinyles de la chanteuse encore adolescente…

Un long-métrage en forme 

D’un point de vue technique, le travail des décors et des costumes est soigné. Rien ne fait toc, on y croit, même à Las Vegas. La garde-robe d’Aline est crédible, on se figure bien le style de Céline Dion.
Enfin, saluons aussi les effets spéciaux, notamment la technique du deep fake qui a permis de coller le visage d’une Valérie Lemercier rajeunie sur une adolescente, pour qu’Aline conserve les mêmes traits et soit interprétée par une seule actrice. Si le procédé peut dérouter au début, on s’y habitue très vite et cela nous permet justement de construire avec le personnage d’Aline ce lien qui nous permet de l’apprécier et de l’identifier à Céline Dion.
Les fans prendront beaucoup de plaisir à découvrir les passages chantés et pardonneront les écarts avec la temporalité réelle – on pardonne moins, en revanche, le playback flagrant. Valérie Lemercier aurait mieux fait de chanter vraiment et de couper le son, ne serait-ce que pour qu’on voie les muscles de sa gorge bouger.

Evoquons à présent la voix d’Aline : on la doit à la chanteuse française Victoria Sio. Si l’interprète a une voix d’envergure, elle est étonnamment variée, dans le sens où parfois l’illusion avec la voix de Céline fonctionne et parfois, on entend bien que le timbre est trop différent. En choisissant d’achever son film sur la chanson, Ordinaire, écrite par Robert Charlebois (et interprétée par Céline Dion sur l’album Encore un soir en 2016), Valérie Lemercier nous résume sa vision : Céline/Aline est une star, certes, mais elle est avant tout une femme comme les autres.

Bref, qu’on soit fan ou pas, Aline est une réussite. Valérie Lemercier a réussi son pari : un film à la fois divertissant et touchant sur le sujet très complexe qu’est le mythe Céline Dion.

Bande-annonce : Aline 

Fiche technique :

Titre : Aline
Réalisation : Valérie Lemercier
Casting : Valérie Lemercier, Sylvain Marcel, Danielle Fichaud, Roc LaFortune, Jean-Noël Brouté, Victoria Sio (voix)
Scénario : Brigitte Buc, Valérie Lemercier
Musique : Rémy Galichet, Laurent Marimbert
Pays d’origine : France, Canada
Genre : comédie dramatique, biopic
Durée : 123 minutes
Date de sortie : 2020

César de la meilleure actrice 2022, Valérie Lemercier

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Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

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