Halloween dans l’art : 8 oeuvres à (re)découvrir pour frissonner

Halloween se fête aussi en peinture ! Découvrons ou redécouvrons ensemble quelques-uns des tableaux les plus étranges, angoissants ou délicieusement magiques qui parsèment l’histoire de l’art. Sorcières, squelettes, vampires, rituels nocturnes… En ce 31 octobre, la rédaction du Mag du Ciné vous propose ses tableaux effrayants préférés !

  • Le Pandemonium, 1841, huile sur toile, John Martin (Sylvain Page)

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Le Pandémonium est une capitale des Enfers imaginée par le poète John Milton dans son livre Le Paradis perdu, au 17e siècle. En 1841, John Martin (autre Britannique) en donne une vision épique avec son tableau éponyme où Satan convoque les démons pour préparer l’Apocalypse. Forte de ses volutes de chaleur, la rivière de lave semble propulser ce monde souterrain vers le nôtre, et l’éclair rouge dans la partie supérieure droite du tableau suggère qu’il se craquelle déjà sous l’action du Mal. Celui-ci s’habille de trois tons : le noir d’un lieu enfoui (symbole de nos péchés inexpurgés), le rouge des plaies de la guerre et le doré d’une gloire promise aux démons.
L’huile sur toile s’ancre dans le genre toujours vivace du paysage historique tout en préfigurant le romantisme. Cette union alors inhabituelle participe du choc esthétique que Le Pandemonium procure car Martin s’appuie sur les normes académiques afin d’élaborer son cauchemar visuel. Trois plans avec Satan au premier, la rivière de lave au second et le palais des démons à l’arrière. L’immense monument aux solides lignes tient d’un édifice de pouvoir de notre monde, et Satan d’un glorieux général en appelant à son armée, sa ligne d’épaules convergeant avec les tracés du palais vers l’objectif commun de nous engloutir. L’ange déchu arbore également le noir, le doré et le rouge du Pandémonium comme si ce dernier était une émanation de son être. Structurée, imposante et déterminée, la capitale des Enfers nous saisit d’effroi car elle a les caractéristiques humaines de la puissance pour mener son sombre dessein.
  • Le Sabbat des sorcières et Le Vol des sorcières, Francisco de Goya, 1797-98, huile sur toile (Jessica Parquet)

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Ouvrons le bal des rituels cauchemardesques avec Le Sabbat des sorcières et Le Vol des sorcières. Ces deux huiles sur toile peintes par Francisco de Goya font partie d’une série de six peintures (Le sortilège, Cuisine de sorcières, L’ensorcelé de force, et L’invité de pierre) réalisées pour l’éminente famille des ducs d’Osuna. Imaginées dans un contexte de guerre et de résurgence de l’obscurantisme, le peintre espagnol nous embarque dans l’imaginaire propre au romantisme noir avec cette fascination macabre pour la folie et l’étrange, où se côtoient vampires, sorcières, fantômes et autres créatures surnaturelles. Commençons ce défilé des horreurs par Le Sabbat des sorcières. L’atmosphère est lugubre, les tons sombres sont accentués par un paysage désolant. Des plaines arides sont survolées par des chauves-souris qui semblent lorgner sur une brochette d’enfants pendus, instaurant ainsi un certain malaise chez le spectateur. Un grand bouc nous fixe ; figure du Diable dans l’oeuvre de Goya, il domine une assemblée de sorcières aux visages émaciés et burinés, venues sacrifier des enfants, dont certains squelettiques sont déjà sans vie. Seul un enfant, rose et bien en chair semble capter l’attention de la bête. Au travers de cette série de toiles, le peintre nous place face à nos peurs. Si l’occulte fascine autant qu’il révulse, il utilise le grotesque et l’horreur pour se moquer des croyances populaires.
Dans Le Vol des sorcières, Francisco de Goya poursuit sa thématique fantastique en utilisant la même palette de couleurs. Dans une complète obscurité, un homme caché sous un voile blanc se déplace à l’aveugle, tandis que l’on aperçoit sur sa gauche, un homme, à terre, les mains sur les oreilles, comme en souffrance, et à sa droite, un âne. Plus haut, dans les airs volent trois sorcières dans ce qui ressemble à un ballet de pieds et de bras. Jupes-culottes colorées et chapeaux recouverts de serpents sur la tête, elles s’abreuvent d’un homme hurlant et se débattant dans leurs bras. Mi-sorcières, mi-vampires, cumulant les stéréotypes et croyances grotesques, elles semblent se repaître de l’ignorance des hommes, tels l’aveugle, le sourd et l’âne, paralysés par leur bêtise.

  • Amour et douleur (aussi appelée Vampire), Edvard Munch, 1895, (6 versions), (Jessica Parquet)

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Toujours dans la veine du romantisme noir, on plonge à présent dans l’univers inquiétant et ô combien fascinant de l’oeuvre d’Edvard Munch. Avec la toile Amour et douleur (1893) rebaptisée plus tard Vampire, l’artiste offre au regard une femme mystérieuse à la chevelure flamboyante qui enveloppe dans une étreinte sensuelle et mortelle un homme. L’amour et la douleur, deux sentiments qui s’affrontent régulièrement dans l’oeuvre du maître norvégien. N’y a-t-il donc pas d’amour sans souffrance ? Tel semble le croire l’artiste. Utilisant une palette de couleurs qui évoque cette dualité de passion et de douleur, l’homme est vêtu de noir, prostré, la peau cendreuse, et s’abandonne sous la longue chevelure tentaculaire de cette rousse incendiaire. Tel le Filet du Diable d’Harry Potter, elle emprisonne sa victime. A la fois séductrice et dominatrice – une représentation féminine typique chez Munch – elle semble autant aspirer la vitalité de son amant que la lumière, qui se reflète sur sa peau laiteuse, projetant ainsi autour d’eux des ténèbres écrasantes. Peut-être la Mort se cache-t-elle dans cette obscurité pour accueillir le malheureux ?… Cette chevelure sanguine renvoie dès l’Antiquité à une foule de préjugés et superstitions qui tendent vers le surnaturel. Sorcière de feu chez le peintre Jean Delville (Portrait de Madame Stuart Merrill. Mysteriosa), Vampire chez Munch, la rousseur fut également longtemps associée à la marque du Diable, ce qui a mené à de nombreuses exécutions durant l’Inquisition. Union impossible, immortalité, désirs refoulés, un imaginaire d’où s’émancipent les passions les plus sombres, les interdits, et qui ne cessera de nourrir, encore aujourd’hui, la littérature, la peinture, le cinéma et les séries, du Dracula de Stoker (1897) à Entretien avec un vampire d’Anne Rice en passant par Buffy, Trueblood et autres accros à l’hémoglobine (Twilight, Vampire Diaries, The Originals, oui on assume)… qui font les beaux jours des vampirophiles.

 

  • Crâne aux yeux exorbités et mains agrippées à un mur, Julien Adolphe Ducovelle, vers 1904, crayon et fusain sur papier (Jonathan Fanara)

L’image, n’étant pas libre de droits (bien que l’œuvre le soit), est à découvrir ici.

Dessiné sur papier au crayon et au fusain, Crâne aux yeux exorbités et mains agrippées à un mur renvoie à un imaginaire macabre nourri de longue date par la culture populaire. Ce corps décharné, ces yeux en saillie, ces orifices béants en lieu et place du nez, ce sourire carnassier rappellent en un certain sens les Martiens de Tim Burton (Mars Attacks!) ou le Gardien de la crypte (Tales from the Crypt). Dans le domaine de la peinture, ce sont les visions cauchemardesques de Francisco de Goya, et notamment le tableau Deux vieillards mangeant de la soupe, qui se rappellent à notre bon (?) souvenir. Se réclamant et se détachant tout à la fois des memento mori religieux, ces œuvres moralisantes visant à sursignifier la vanité de la vie terrestre et à promouvoir l’ascétisme, la proposition de Julien Adolphe Duvocelle se caractérise plutôt par sa provocation. Cette posture facétieuse, ce sourire narquois, cette impression d’observer une scène morbide à travers un miroir quadrillé d’os, ce faux linceul auquel s’agrippent des mains squelettiques, ces teintes poussiéreuses et sépia contribuent au grotesque vertigineux d’un ensemble pictural pas tout à fait étranger au folklore médiéval.

 

  • Le Cauchemar, Johan Heinrich Füssli, 1781 et 1802, huile sur toile (au moins 3 versions), (Sarah Anthony)

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Le Cauchemar, de Füssli, est un tableau qui intrigue, car composé de plusieurs éléments. Le premier visible est le corps délicat et déconstruit d’une femme endormie dans son lit, alanguie et rayonnante dans sa robe blanche et sa peau d’albâtre. Ce monstre, qui lui oppresse la poitrine, c’est le cauchemar. Nous gardons tous des souvenirs de cette tension dont les différents visages peuplent nos nuits, et qui nous coupent le souffle.
Ici, le cauchemar est personnifié par un incube, un démon du sommeil connu pour abuser d’une femme endormie ! Derrière le rideau, enfin, une tête de cheval vient accomplir une double bizarrerie. Premièrement, elle rajoute à l’étrange de cette scène, en faisant une citation aux vieux contes germaniques, dans le folklore desquels sorcières et chevaux visitent les cauchemars. Le deuxième rôle de cette tête de jument est de servir d’allégorie à un jeu de mots incongru dans cette scène effrayante : mare signifie en anglais jument. Ce nightmare (cauchemar en anglais) qui titre le tableau, ce serait peut-être aussi cette jument nocturne qui s’invite dans le triste repos de cette femme hantée par le sommeil.

Le succès de cette œuvre a poussé Füssli à en réaliser plusieurs versions, au moins trois, toutes aussi saisissantes les unes que les autres, mais dont on peut dire que la seconde présentée dans cet article, bien que moins mystérieuse, est plus glaçante. Ici, le tableau n’a pas vocation à être beau, historique ou religieux, mais simplement étrange et effrayant.

 

  • Circe invidiosa, John Waterhouse, 1892, huile sur toile (Sarah Anthony

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Esthétique, intriguant, suspendu… Bien des adjectifs se prêtent à cette très belle œuvre préraphaélite qu’est Circe invidiosa. L’adjectif italien accolé à cette magicienne de l’Antiquité signifie dans notre langue « envieuse ». Elle est, en effet, peinte par John Waterhouse, un artiste britannique et italien, né à Rome.

Connue comme la magicienne de l’Odyssée d’Homère, Circé transforme en animaux les compagnons de voyage d’Ulysse, durant son long voyage de retour vers Ithaque. Ce n’est pourtant pas cet épisode qui est représenté ici, mais une scène des Métamorphoses d’Ovide.
Tout commence par la nymphe marine Scylla, qui repousse les avances du dieu Glaucos, tombé amoureux d’elle. Pour s’attirer ses faveurs, ce dernier demande à la magicienne Circé de lui composer un filtre d’amour, mais celle-ci, également amoureuse de Glaucos, ne souhaite pas les voir réunis. Elle décide alors de remplacer le philtre par un poison destiné à changer Scylla en monstre. Circé verse le poison dans la fontaine où la nymphe prend ses bains. Scylla est contaminée et métamorphosée en créature marine et terrifiante… Elle se jette alors dans la mer où elle terrorise depuis lors les marins, non loin d’un autre monstre, qui lui est souvent associé : Charybde.

Pour peindre cette Circé envieuse, ce moment où la sorcière empoisonne le bain d’une innocente rivale, John Waterhouse choisit une composition verticale qui accentue encore ce moment suspendu, ce liquide empoisonné qui ne cesse de couler. Si l’on était dans un texte, l’on serait « in medias res », soit au coeur de l’action. John Waterhouse ne s’embarrasse pas de fioritures, de didactique : la peinture préraphaélite fait la part belle au légendaire. Et quoi de plus légendaire que cette coupe qui déverse un liquide verdâtre dans un bassin, depuis les mains d’une femme devenue presque une automate ?
La jalousie de Circé pose sur son visage une expression déterminée et haineuse. A ses pieds, des formes dans l’eau annoncent déjà le destin qui attend l’infortunée Scylla : tandis que l’eau bouillonne, des nageoires et une queue apparaissent autour des pieds de Circé qui semble marcher sur l’eau, insensible à son propre sortilège. Un arrière-plan brut fait ressortir la figure de cette femme consumée par l’envie mais qui reste belle et terrible. Les coups de pinceaux les plus fins sont apportés sur cette coupe que Circé verse ; c’est l’élément décisif du tableau, celui duquel se répand la potion, allégorie de l’envie.

Joyeuse fête d’Halloween à tous nos lecteurs ! 

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