« Y a pas de mal à se faire du bien » : sexe en rayon

Un sex-shop, une vendeuse qui en a vu d’autres et Hugo, collègue aussi candide qu’intarissable : il n’en faut guère davantage pour transformer godes, porno, fantasmes et petites misères sexuelles en machine à gags. Sans prétendre révolutionner la gaudriole, cette BD trouve son meilleur carburant dans le télescopage entre la banalité du commerce et ce que ses produits ont de délicieusement embarrassant.

Derrière le comptoir de son sex-shop, Nathalie accueille les clients, les conseille et, surtout, tente de contenir Hugo, son jeune collègue, dont la maladresse et la curiosité sexuelle semblent avoir été livrées sans mode d’emploi. À partir de ce binôme dépareillé (elle sait, il demande ; elle explique, il comprend de travers), l’album de Tim Charx déroule une succession de saynètes où le sexe descend de son piédestal pour retrouver une place autrement plus prosaïque : entre une carte de fidélité, une démonstration produit et un client qui ne sait plus très bien où regarder.

Tout, ici, est affaire d’embarras et de quiproquo. Le sexe est un produit comme un autre, avec ses modes, ses innovations, son marketing parfois absurde et son vocabulaire spécialisé. Hugo découvre ainsi les œufs vibrants, le porno amateur qui ne l’est pas tout à fait, les accessoires connectés, les livres coquins ou les dessous fantaisie avec l’enthousiasme d’un stagiaire débarquant au rayon bricolage. Souvent, il s’agit de partir d’une information à peu près raisonnable et de la pousser juste assez loin pour qu’elle déraille. Pour s’en convaincre, on scrutera Hugo détournant les objets sexuels de leur usage premier ou tirant le maximum d’une promotion inespérée.

Si le tout s’avère aussi efficace, c’est avant tout parce que Tim Charx sait varier les terrains de jeu. L’éducation sexuelle tourne à la catastrophe, Cinquante nuances de gris fournit son lot de contresens, le porno amateur ouvre une discussion étonnamment lucide sur les images que l’on consomme, tandis que le magasin devient parfois le point de départ d’excursions des plus inattendues… Hugo, lui, conserve cette logique imparable qui consiste à poser précisément la question que personne n’aurait osé formuler. Et quand il se prend à offrir à ses parents des cadeaux achetés sur place, il ne soupçonne même pas ce qui peut advenir… 

Le dessin accompagne parfaitement cette logique : personnages expressifs, grimaces extensibles, non-sens quasi parodique… Tout est orienté vers la chute, avec un talent qu’il est difficile de sonder. Mais évidemment, à force de travailler sous la ceinture, tous les coups ne remontent pas jusqu’au cerveau. Certains gags sont évidents, plusieurs chutes se pressentent et le principe du malentendu sexuel finit nécessairement par montrer ses limites. Mais qu’importe, puisque la farce lubrique produit le plus souvent ses effets.

Ici, chacun apporte avec lui ses complexes, ses idées reçues et ses curiosités plus ou moins avouables. Et le sex-shop finit par ressembler à un petit observatoire de l’humanité. Une BD légère, volontiers grasse, qui n’a pas peur du ridicule. Et qui fait souvent mouche. 

Y a pas de mal à se faire du bien, Tim Charx
Fluide Glacial, 1er juillet 2026, 48 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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