« Wolf-Man » : double visage

Sous la bannière d’Invincible Univers, Robert Kirkman et Jason Howard revisitent le mythe du lycanthrope en 300 pages tranchantes où le pouvoir, la culpabilité et la manipulation cohabitent. Wolf-Man n’est pas l’histoire d’une bête libérée, mais celle d’un homme dévasté qui cherche, dans la nuit, la moindre issue vers la vérité.

(Cette chronique contient des spoilers)

Gary Hampton n’avait a priori rien du héros maudit promis aux affres des comics. PDG réputé, mari et père de famille aimant, il appartient à cette catégorie de personnes que rien ne semble pouvoir dévier du succès. Et pourtant, il suffira d’une attaque sauvage lors de vacances supposées paisibles pour faire basculer l’édifice. Mordu par un loup-garou ancestral, Gary survit mais se voit condamné à une métamorphose cyclique. Il devient lui-même prédateur lorsque la lune se remplit. Au lieu de céder à l’instinct primaire, il choisit la voie inverse : canaliser la malédiction, en tirer une forme de justice nocturne. Ainsi naît Wolf-Man, avec sa discipline, ses dispositifs de contention et cette volonté de prouver qu’un monstre, en dépit de son apparence, peut servir la loi.

C’est là que Robert Kirkman va introduire la fissure. Car dans l’ombre de cet apprentissage se tient Zechariah, un vampire affable, persuasif, mentor improvisé à la patience venimeuse. Il montre à Gary comment patrouiller, comment peser sa force, comment donner à Wolf-Man l’épaisseur d’un justicier. Mais ce modèle n’en est pas un : il orchestre en coulisse un projet dont on ne connaît pas encore tous les tenants, allant jusqu’à subjuguer les Actioneers, une super-équipe transformée en meute vampirique. 

Rapidement, la tension monte chez les Hampton. Lors d’une confrontation qui vire au drame, Rebecca tombe sous les crocs de Zechariah, et Gary, surpris en pleine transformation serrant le corps sans vie de son épouse, devient instantanément le coupable idéal. Ce basculement brutal constitue l’épicentre du premier tome : le héros naissant est pulvérisé en un tournemain, traité en paria, traqué par les autorités et rejeté par sa propre fille.

À partir de là, l’intrigue se durcit. Gary est un fugitif éreinté, que le Pentagone rêve de mettre sous cloche. Hunter, un agent immortel, entame sa chasse à l’homme. Chaque tentative de se disculper échoue – ou presque. Le monde voit en lui un prédateur ; sa fille Chloe le croit meurtrier. L’ironie tragique est totale : elle choisit précisément de s’en remettre à celui qui a détruit sa famille.

Autour de ce drame, Kirkman et Howard articulent une mythologie plus vaste, où la généalogie des loups-garous est évoquée. Gary appartient à une lignée pure, dotée d’une puissance originelle que les siècles ont affadie chez d’autres. Cette dimension, encore sous-exploitée, élargit quelque peu le récit, le tirant du simple thriller super-héroïque vers un terrain où traditions occultes, castes lupines et vieilles rivalités (avec les vampires, notamment) redessinent l’horizon dramatique.

La dernière séquence nous montre Gary en pleurs devant la tombe de Rebecca. On a alors affaire à un homme terrassé, conscient trop tard de sa naïveté, rongé par le remords et obsédé par l’idée de faire triompher sa propre vérité. Wolf-Man s’impose alors comme le récit d’un effondrement plus que d’une origin story : un plongeon sec dans la fabrication d’un monstre que les faits, pourtant, démentent.

La reconstruction sera longue. La morsure, elle, définitive.

Invincible Univers : Wolfman, Robert Kirkman et Jason Howard 
Delcourt, décembre 2025, 300 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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