« Whitehorse » : les sentiers de la foire

L’intégrale de Whitehorse est à découvrir aux éditions Pow Pow. Samuel Cantin y fait valoir son sens de l’absurde en se penchant sur un couple dysfonctionnel composé d’un écrivain misanthrope et d’une comédienne appelée à jouer les premiers rôles pour un cinéaste encensé mais borderline.

À tout bien considérer, Samuel Cantin tient autant d’un Quentin Dupieux ou d’un Bertrand Blier que de Woody Allen, cinéaste qu’il tient en haute estime. Passionné par la bande dessinée depuis son plus jeune âge, ce fan d’Hergé s’emploie en effet à porter le non-sens à son paroxysme. Whitehorse en constitue une savoureuse et étonnante démonstration : auteur raté, Henri se fait d’abord diagnostiquer une maladie imaginaire par un médecin supposé être écarté (« Et je crois, sans vantardise, foi de Julio von Strudel, que si les 30 dernières années appartenaient sans conteste au sida, la strudelite devrait faire des ravages dans la prochaine décennie ! »), avant de se perdre en accès de jalousie lorsque sa femme Laura est engagée pour le prochain long métrage de l’acclamé Sylvain Pastrami (« C’était du caca, son film sur les acrobates roumains siamois homosexuels ! Et c’est dire, ruiner un sujet en or comme ça ! Faut vraiment être fait en caca ! »). Voilà déjà deux bonnes occasions de se tordre de rire : un patient accablé, bouche bée, devant le docteur, exalté, qui lui annonce sans ambages une maladie mortelle qui va peu à peu déformer toutes les parties de son corps ; un réalisateur au nom de viande de boeuf en lequel Henri devine des « plans retors » de « petit cinéaste pompeux » et qu’il tente de dévaloriser aux yeux de sa femme en le diffamant éhontément.

« J’me suis littéralement transformé en disque de country qui skippe », confesse Henri à son copain Diego. Il faut dire que ses incessantes complaintes vis-à-vis du cinéaste trahissent un comportement des plus possessifs : à force de multiplier les absurdités (épouser sa femme avant qu’elle ne collabore avec Pastrami n’en est qu’un exemple), Henri éloigne Laura de lui et la pousse à remettre leur couple en question. Pour le public francophone non québecois, Whitehorse ajoutera à son récit déroutant, abondamment dialogué, une série de singularités linguistiques : anglicismes, particularismes locaux (simonaque, niaiser, câlisse…), etc. La bande dessinée se distingue aussi par des personnages rendus au dernier degré du non-sens, dont un réalisateur filmant des caribous homosexuels, buvant son urine et incapable d’expliquer les intentions de ses personnages ou de contenir une érection lorsqu’il tourne une scène de nu, ainsi qu’un faux oracle, mais vrai psychopathe, de douze ans. Le lecteur se délectera aussi devant certaines situations sociales à haut potentiel comique. C’est par exemple le cas lorsqu’Henri, peu à son aise en société, participe à une soirée. Il annonce : « Tout le monde fake son fun. » Puis : « Y a juste moi qui suis sincère dans mon non-fun. » Mais aussi : « Chus censé me promener et aborder des inconnus en me présentant ? » Au fond, Whitehorse ne fait rien d’autre que collectionner les situations saugrenues, les protagonistes improbables et les tirades fusantes. Et ça tombe bien, c’est tout ce qu’on en attendait.

Whitehorse, Samuel Cantin
Pow Pow, octobre 2021, 552 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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