« Vous n’aurez pas les enfants » : mémoire graphique d’une résistance silencieuse

Avec Vous n’aurez pas les enfants, publié aux éditions Glénat, Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez proposent une adaptation bouleversante du remarquable travail de l’historienne Valérie Portheret. Ils restituent avec finesse et gravité un épisode poignant de l’histoire française sous l’occupation nazie : l’incroyable sauvetage de 108 enfants juifs du camp de Vénissieux en août 1942.

La France est fragmentée, sous le joug des Allemands, et soumise au gouvernement de Vichy qui, après le traumatisme du Vel’ d’Hiv’, prépare une nouvelle rafle dans la région lyonnaise. À Vénissieux, ce sont plusieurs centaines de Juifs étrangers, dont de très nombreux enfants, qui sont regroupés, prêts à être livrés aux nazis. L’abbé Alexandre Glasberg, fondateur de l’Amitié chrétienne et figure centrale du récit, découvre alors dans les labyrinthes administratifs vichystes une faille potentiellement salvatrice : une obscure liste d’exemptions permettant notamment de soustraire des enfants mineurs non accompagnés à la déportation.

Dans un climat de tension palpable, la vie de ces enfants devient une urgence absolue. Une poignée d’individus déterminés à les sauver va rapidement occuper les premiers rôles. En s’appuyant sur un réseau de solidarité composé de résistants anonymes, d’organisations telles que l’Œuvre de secours aux enfants juifs (OSE), la Cimade ou encore la Main-d’œuvre indigène (MOI), l’abbé Glasberg va orchestrer un sauvetage héroïque. Pour ce faire, des parents doivent accepter d’abandonner volontairement leurs enfants juifs, les laissant sous la tutelle de l’Eglise. Un déchirement qui leur permet d’éviter une mort certaine dans les camps nazis.

Les auteurs donnent corps à un drame historique méconnu. Le trait sombre et précis d’Olivier Balez accompagne et asseoit la gravité des événements, contrebalancée par la force de la solidarité ordinaire. Des citoyens anonymes, des résistants discrets, des représentants d’associations courageuses comme l’OSE, la Cimade ou l’Amitié chrétienne concourent à déjouer les plans de déportation et d’extermination nazis. Face à eux, on retrouve une administration froide, méticuleuse, peu scrupuleuse, celle de Vichy, complice par une bureaucratie aveugle et obéissante des pires atrocités.

Contribution évidente au devoir de mémoire, Vous n’aurez pas les enfants rappelle que la banalité du mal d’Hannah Arendt, ainsi que la médiocrité obéissante d’une majorité, qui a souvent permis le pire par inaction et faiblesse de caractère. Le parallèle avec notre époque est patent : ces héros ordinaires pourraient, à nouveau, devenir nécessaires face à la résurgence des extrémismes.

Voilà une œuvre incontournable, à la fois douloureuse et éclairante, que chacun devrait découvrir et partager. Un témoignage poignant sur la force discrète de la solidarité humaine face à l’horreur.

Vous n’aurez pas les enfants, Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez
Glénat, mars 2025, 152 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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