« Voir l’apéro au bout du tunnel » : Covid, parentalité et journée en pyjama

Scénariste et dessinatrice bien connue des réseaux sociaux, sur lesquels elle a l’habitude de partager ses dessins, Mathou publie aux éditions Delcourt le recueil Voir l’apéro au bout du tunnel, très largement inspiré de sa vie familiale et quotidienne durant les confinements de la Covid-19.

En avril 2020, tout s’arrête. La France entre en guerre contre un ennemi invisible, qui engorge les services de médecine aiguë des hôpitaux et se diffuse partout dans le monde après avoir sévi en Chine, et plus spécifiquement à Wuhan. Comme des millions d’Occidentaux, Mathou est repliée chez elle, elle ne sort que sporadiquement, pour des promenades ou des besoins de première nécessité, elle endosse à la fois les rôles de mère, de femme et d’institutrice… Cette vie en jachère, soudainement redéfinie, cette angoisse épidémiologique, omniprésente, ces interactions ininterrompues (et parfois dysfonctionnelles) avec les autres membres de la famille, vont former un horizon unique, que Mathou restitue avec humour, et souvent en un dessin, dans Voir l’apéro au bout du tunnel.

Que faire quand, précisément, il n’y a plus rien à faire ? Comment affronter une menace intangible sur laquelle on n’a aucune prise ? À ces questions d’une certaine gravité, Mathou répond par une légèreté qui lui est caractéristique. Elle met en scène Simone, une chatte récemment accueillie dans son foyer, qui a su amadouer tout le monde, et même les plus sceptiques, malgré quelques accidents. Elle narre ses relations, aimantes, réconfortantes, parfois facétieuses, avec sa fille. Elle revient sur la fatigue qui s’installe, sur les masques qui entravent les perceptions sociales, sur l’ennui qui afflige les plus jeunes, sur l’hygiène qui laisse toujours plus à désirer… Sous ses dehors sanitaires et économiques, la pandémie de Covid-19 a été porteuse d’habitudes nouvelles, souvent peu commodes, que Mathou tourne volontiers en dérision.

Avec un recul amusé, Mathou découpe sa vie, et celle de ses proches, en planches. Elle se délecte de la spontanéité, mais aussi des tentatives maladroites de manipulation, des plus jeunes. Elle se désole, parfois, d’une vie d’adulte harassante, constituée d’impératifs, de prescriptions, de doutes aussi. Mais Voir l’apéro au bout du tunnel, c’est aussi un sapin de Noël victime des griffes d’un chat, des achats compulsifs sur Vinted, un moment de relaxation dans un bain ou des câlins échangés avec son enfant. Une existence restituée par épisodes, souvent humoristiques, parfois touchants, toujours justes. Le lecteur, de son côté, s’identifiera forcément à l’une ou l’autre tranche de vie. Mathou en fait son complice. Parfois tacite. Souvent conquis.

Voir l’apéro au bout du tunnel, Mathou
Delcourt, novembre 2022, 152 pages

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

"Lydia et le vaisseau des tempêtes", nouveau film d'animation québécois, adapte librement les romans d'Yves Meynard. Entre mers de brume et astromagie, Lydia y affronte le deuil et l'apprentissage pour retrouver son frère disparu, dans une belle aventure familiale attachante.

Cotton Queen : au bout du fil

Premier long métrage de la réalisatrice soudano-russe Suzannah Mirghani, "Cotton Queen" suit Nafisa, adolescente élevée dans un village cotonnier du Soudan, tiraillée entre les récits coloniaux de sa grand-mère et l'arrivée d'un homme d'affaires venu imposer ses graines génétiquement modifiées. Un film sobre sur l'émancipation et la mémoire.

Une affaire turque : Famille, je vous tais

Dans "Une affaire turque", Hüseyin Aydin Gürsoy filme moins un thriller qu'une faille : celle d'un homme pris entre deux mondes qui ne lui pardonnent pas d'appartenir à l'autre. Avec une mise en scène sensible, le cinéaste ausculte les stigmates invisibles du transfuge, et fait de Lionel Erdogan un héros fracturé dont le vrai combat n'est pas judiciaire, mais existentiel.

« Spider-Man : Brand New Day » s’entoile encore trop dans le MCU, malgré d’excellentes qualités

"Spider-Man : Brand New Day" marque le meilleur retour du tisseur au cinéma depuis la trilogie de Sam Raimi, porté par des effets pratiques bluffants et un Tom Holland toujours parfait. Mais le film reste plombé par un cahier des charges Marvel étouffant et le retour discutable de Zendaya en MJ.

Le Triangle d’or : sous le palais, la cage

Une jeune femme est embauchée dans un palace saoudien du XVIe arrondissement de Paris. Sa mission : servir la favorite du prince. Les deux femmes, auxquelles s’ajoute le majordome de la demeure, vont s’apprivoiser, réunis par leur condition de captifs volontaires. Un premier long-métrage réussi signé Hélène Rosselet-Ruiz. 
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet. 

« Mudlarks » : l’enfance de Dickens

En imaginant la rencontre du jeune Charles Dickens avec Oliver, enfant des rues et alouette de la Tamise, Philippe Charlot et Manu Cassier font de Mudlarks le récit d’une double initiation : celle d’un garçon brutalement confronté à la misère londonienne et celle d’un futur écrivain découvrant, au contact des oubliés, la matière humaine de son œuvre.