« Son of a Gun ! » : dégainer plus vite que son ombre

Braquer une banque, enfiler l’étoile de shérif, trahir ses complices, puis partir à la chasse à un trésor mexicain escorté d’une chèvre et d’un chien dangereux : Son of a Gun ! adopte le point de vue de Kentucky T. McBride et avance à découvert, sourire en coin et colt chargé de second degré.

Kentucky T. McBride est le premier visage que l’on croise dans l’album, et sans doute le plus trompeur. Chasseur de primes cynique, hâbleur professionnel, il s’impose d’emblée comme un personnage qui procède par empilement de strates : le bandit, l’homme de loi par opportunisme, le stratège sans scrupules… et surtout le pince-sans-rire permanent.

Très vite, Son of a Gun ! installe l’un de ses ressorts les plus savoureux : les running gags. Celui des expressions animalières, d’abord, que Kentucky détourne, malmène ou subit avec un agacement presque enfantin – paradoxe délicieux pour un homme qui affirme ne pas aimer les animaux, dans un album qui fera précisément d’eux des figures centrales. À cela s’ajoute le mystère autour de son deuxième prénom, ce « T. » tardivement explicité. Rien n’est cependant gratuit : l’humour irrigue le récit en profondeur et donne au personnage une épaisseur qui dépasse le simple archétype du hors-la-loi malin.

Car McBride est aussi une idée de western à lui seul. Son coup d’éclat initial (braquer une banque avant de se faire élire shérif afin de dénoncer ses propres complices et empocher la récompense) résume parfaitement la tonalité de l’album : amorale, joueuse, délicieusement tordue. La cavale qui suit l’entraîne, aux côtés d’une chasseuse de primes, sur la piste de quatre millions de pesos volés dans le chaos qui a suivi le conflit franco-mexicain. Le récit change alors d’échelle et de souffle. Les rencontres s’enchaînent et Son of a Gun ! embrasse pleinement son goût pour les figures décalées : une femme flanquée d’un chien aussi massif que dangereux, et un petit homme bavard, cible privilégiée des surnoms assassins de Kentucky, détenteur d’un secret enfoui depuis des années – littéralement d’ailleurs, puisque le trésor convoité par tous repose désormais sous une banque, dans ses sous-sols.

Tout ici respire le plaisir. Le rythme est trépidant, sans temps mort, porté par une galerie de personnages immédiatement attachants malgré (grâce à ?) leurs zones d’ombre. Les faux-semblants sont nombreux, les retournements constants, et l’album avance comme une chevauchée effrénée, où chaque événement est l’occasion d’un gag, ou plutôt d’un décalage savoureux.

Son of a Gun ! n’en demeure pas moins un western conscient des codes qui lui sont associés. Il les manipule avec talent. On y sent l’amour du genre, mais aussi le refus de la solennité. Ici, l’Ouest est un terrain de jeu, la morale une variable d’ajustement, et l’aventure un plaisir immédiat. Résultat : un album qui se dévore d’une traite, le sourire aux lèvres, et qui laisse derrière lui l’envie rare de repartir aussitôt pour un autre tour de piste. 

Son of a gun !, Philippe Pelaez et Sébastien Corbet 
Bamboo, 14 janvier 2026, 120 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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