« Rocketeer : La Cargaison maudite » : voltiges contrôlées

Le Rocketeer pointe à nouveau le bout de son nez aux éditions Delcourt, qui exhume et réédite aujourd’hui La Cargaison maudite, un récit complet signé Mark Waid et Chris Samnee. Un album qui fleure bon le pulp à l’ancienne.

Tout commence par une double entrée en scène : dans les airs, Sally, la nièce du vieux Peabody, se débat avec un inspecteur un peu trop tactile, et sur l’océan, un cargo venu d’ailleurs approche Los Angeles avec dans ses cales une cargaison vivante, agitée… et préhistorique.

Cliff Secord, alias Rocketeer, déjà bien installé dans son rôle de héros casqué et propulsé au jet-pack dorsal, se retrouve pris dans un tourbillon : triangle amoureux maladroit entre Betty, Sally et lui, bagarres avec les agents de l’aéronautique et surtout confrontation pour le moins explosive avec d’authentiques dinosaures – fraîchement capturés sur la fameuse île de King Kong. Oui, c’est improbable. Et c’est précisément pour ça que ça marche.

Vétéran du comics capable de passer du super-héros pur jus au feuilleton d’aventure, Mark Waid signe ici une intrigue haletante et décomplexée : rebondissements en cascade, dialogues vifs, clins d’œil à l’âge d’or des comics et au cinéma en noir et blanc. Les personnages prennent corps et chair sans s’empeser : Cliff apparaît courageux mais maladroit ; Betty, irrésistible et jalouse ; Sally, effrontée et fonceuse.

On retrouve évidemment quelques clichés à la peau dure et des situations téléphonées, mais l’ensemble est mené avec une énergie sincère qui rend l’entreprise parfaitement divertissante. Léger, dynamique, généreux : ce Rocketeer a en effet de quoi réjouir les amateurs de la série.

Côté dessin, on a droit à une esthétique renvoyant aux années 30-40 : visages expressifs, ombres ciselées, compositions fluides. Les scènes aériennes et les affrontements avec les monstres cohabitent avec des moments plus intimistes dominés par la jalousie et les quiproquos. Car les deux femmes qui gravitent autour de Cliff peinent d’autant plus à se comprendre qu’elles convoitent le même homme – on est loin, disons-le, du féminisme conquérant.

La Cargaison maudite est une friandise acidulée et assumée : un hommage généreux au pulp, au cinéma d’aventure et aux héros plus grands que nature. Entre humour, romance et bagarres contre des dinosaures, l’album coche toutes les cases du divertissement rétro. Un plaisir coupable ? Pas vraiment. Ou alors, juste un petit peu. 

Rocketeer : La Cargaison maudite, Dave Stevens, Mark Waid et Chris Samnee 
Delcourt, juillet 2025, 112 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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