« Radiant Black » : de loser à super

Les éditions Delcourt publient le premier tome de Radiant Black, une série de Kyle Higgins et Marcelo Costa. Revisitant le mythe du super-héros, les auteurs font d’un trentenaire désabusé leur antihéros.

Nathan Burnett espérait forcément autre chose. Écrivain désargenté, chauffeur pour arrondir les fins de mois, il n’a d’autre choix, devant le refus de son banquier de lui accorder un nouveau prêt, que de retourner vivre chez ses parents. Un peu désabusé, il retourne dans son patelin natal, où il retrouve un vieil ami, Marshall. On tient l’auteur maudit typique : incapable de donner corps à ses idées, engoncé dans l’improductivité, cramponné à un idéal qui ne cesse pourtant de s’éloigner de lui.

Kyle Higgins et Marcelo Costa, respectivement scénariste et dessinateur, vont faire de cet antihéros un peu pathétique un super-héros inattendu. À la fin d’une soirée enneigée et bien arrosée, à proximité d’une voie ferrée, lui et son ami Marshall tombent nez à nez avec une étrange boule d’énergie, qui va le doter de pouvoirs cosmiques extraordinaires. Il s’ensuit une petite période d’adaptation, qui n’est pas sans rappeler, par exemple, celle que l’on peut observer dans les franchises Spider-Man. À cet égard, il est d’ailleurs intéressant de noter les nombreux points communs entre Nathan Burnett et Peter Parker, deux jeunes losers s’extirpant de leur condition première à la faveur de super-pouvoirs inespérés.

Partant, Radiant Black va montrer de quelle manière le quotidien de Nathan va peu à peu se voir phagocyté par sa nouvelle étoffe de super-héros. Des conversations avec ses clients à la fascination exercée sur Marshall en passant par toutes les péripéties qui en découlent, les nouveaux pouvoirs cosmiques soudainement acquis refaçonnent aussitôt l’univers de l’écrivain raté. Un statut peu flatteur qui ne cesse par ailleurs de se rappeler à lui, puisque son père, par exemple, se montre très critique envers ses choix existentiels. Une longue séquence les montre ainsi au petit-déjeuner, Nathan devant répondre aux récriminations paternelles au sujet de ses espoirs, déchus, de percer en tant que romancier.

Graphiquement très réussi, ce premier tome de Radiant Black comporte évidemment son lot de scènes spectaculaires. Passage obligé, les super-pouvoirs de Nathan, bientôt transférés à Marshall, débouchent sur une nuée de tâtonnements, d’épreuves et de nouveaux ennemis. L’histoire, en construction, ne s’évente que chichement, mais des protagonistes de premier plan s’y invitent dans sa seconde moitié. C’est aussi l’occasion pour les auteurs d’introduire plus avant une seconde super-héroïne, dont les motivations financières s’effeuillent tardivement. Pleine de promesses, cette série vaut très certainement le coup d’œil. On la suivra en tout cas de près.

Radiant Black, Kyle Higgins et Marcelo Costa
Delcourt, mai 2022, 192 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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