« Mon album Platini » : clef de foot

Intégration des minorités, soft power, création d’une mémoire collective, intensité émotionnelle, anecdotes croustillantes, beauté du geste : c’est toute une constellation d’éléments inhérents au football que Sylvain Venayre, Christopher et Mathilda convoquent dans Mon album Platini (calembour lié aux célèbres vignettes Panini).

Sylvain Venayre (adulte et enfant), Michel Platini, Thierry Roland, Freud, Michel Hidalgo : là sont les acteurs-clés de Mon album Platini, une bande dessinée issue de la collection « Coup de tête », et bien entendu consacrée au football. Emmené par l’historien et scénariste Sylvain Venayre, ces personnages mal assortis – ce qui entraînera des situations cocasses – vont se remémorer ensemble quelques grands moments du football, bons comme mauvais, imprimés dans les mémoires et parfois incroyablement fédérateurs. Le sous-titre, « Génération Séville 1982 », indique clairement vers quoi l’album converge : la demi-finale de Coupe du monde en Espagne opposant la France et l’Allemagne de l’Ouest, où le « carré magique » (Giresse, Tigana, Genghini et Platini) va se heurter à la bande d’Harald Schumacher, coupable d’une sortie kamikaze et non sanctionnée sur le défenseur français Patrick Battiston, sorti sur civière, inconscient.

Avant d’en arriver là, de nombreux événements vont émailler l’album. Ce dernier est constitué de rebonds incessants, les personnages passant d’un souvenir à l’autre dans l’évocation de leur sport favori. Sylvain Venayre confesse ainsi dans les premières pages de Mon album Platini qu’après être sorti d’un coma provoqué par un accident de la route, il eut l’impression tenace d’être l’une des victimes du Heysel, où une finale de coupe d’Europe entre la Juventus et Liverpool s’était soldée par 39 morts dans les tribunes suite à une bousculade provoquée par des hooligans anglais. La dimension géopolitique du football est ensuite évoquée, notamment à travers le match Pologne-URSS, disputé en 1982 sur fond de tensions exacerbées, la Pologne étant alors en état de siège et le syndicat Solidarność réprimé. Les capacités fédératrices du football, avec la génération Black-Blanc-Beur de 1998, ou encore la sélection de 1982, font l’objet de nombreux commentaires, Sylvain Venayre apportant des nuances importantes à la fraternité si souvent mise en exergue. Il rappelle ainsi des formules malheureuses telles que « la garde noire », censée définir une défense centrale composée du Guadeloupéen Marius Trésor et du Français d’origine sénégalaise Jean-Pierre Adams.

Un peu plus loin, Michel Hidalgo se défend d’avoir participé à la coupe du monde organisée dans l’Argentine du dictateur Videla. Lui qui a présidé le syndicat des footballeurs français et qui a contribué au combat contre les contrats à vie se questionne : « Aurais-je servi les droits des footballeurs en refusant d’aller participer à la coupe du monde en Argentine ? » Cet épisode démontre bien à quel point le football peut se parer d’atours politiques, un peu à l’image des interprétations relatives aux dribbles brésiliens (qui seraient des symboles anti-dictatoriaux). Il est aussi, au même titre que d’autres, symptomatique d’une transformation radicale du marché des transferts et de l’économie du foot, puisque les joueurs étrangers pullulent désormais dans les plus grands championnats. Le sport qu’a connu Michel Hidalgo a été bouleversé par l’arrêt Bosman, l’inflation des droits télévisés et le merchandising à tout-va. Enfin, au rang des anecdotes glissées dans l’album, on signalera l’intervention d’un cheikh koweïtien pour annuler un but des Bleus lors d’un match de la coupe du monde 1982 ou l’arbitrage controversé de Ian Foote (sic) lors d’un Bulgarie-France resté fameux pour cette assertion courroucée de Thierry Roland : « M. Foote vous êtes un salaud ! » L’un dans l’autre, Mon album Platini nous offre une promenade footballistique empreinte de nostalgie. Et éclaire un sport qui n’irradie pas seulement sur les terrains.

Aperçu : Mon album Platini (Delcourt)

Mon album Platini, Sylvain Venayre, Christopher et Mathilda
Delcourt, avril 2021, 112 pages

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3

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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