« Mauvais monstre » : haut en couleur

Enzo Berkati revient aux éditions Glénat avec Mauvais monstre dans un mélange unique de fantaisie, d’humour et de réalisme. 

Dans le monde créé par Enzo Berkati, chaque adolescent voit éclore à la puberté un œuf renfermant un monstre, symbole puissant de la transition amorcée vers l’âge adulte. Le premier tome introduisait cette idée originale en suivant les pas d’Éloïse, une adolescente introvertie confrontée aux défis classiques de l’adolescence, mais bientôt mise à mal par le destin : son monstre ne répondait en effet pas tout à fait aux exigences communément admises. Ce compagnon, qualifié de « mauvais », est loin d’être un simple accessoire. Sous la plume d’Enzo Berkati, il constitue une métaphore des tourments intérieurs d’Éloïse, en brodant autour de l’acceptation et de l’intégration.

La série procède avec humour, sens de l’absurde et allant fantastique, ce qui donne à l’histoire un ton léger mais percutant, parfaitement en phase avec le public adolescent. Le caractère visuel cartoonesque et les dialogues parfois fusants contribuent au divertissement. Mais ce dernier n’est pas exempt d’enjeux, puisque les complexités de l’adolescence y forment une solide assise scénaristique, même si ce second tome dérive quelque peu vers le pastiche policier. 

Les aventures d’Éloïse prennent en effet une tournure plus grave. Face à une société qui rejette les « mauvais monstres », oscillant entre le désir de cacher son secret et celui de s’affirmer, elle doit faire preuve de ruse et échapper aux inspecteurs de police, assez pathétiques, qui sont à ses trousses. Enzo Berkati nous montre ainsi le versant institutionnel de la marginalisation de ces créatures différentes, sur lesquelles on projette les pires fantasmes.

Ainsi, ce deuxième tome élargit considérablement le cadre de l’histoire, en introduisant de nouveaux personnages et en développant davantage les dynamiques sociales. Les illustrations, vives et expressives, jouent un rôle crucial dans la narration et la traduction des émotions des personnages. Eloïse cherche des réponses à ses questions et noue une vraie complicité avec ce « mauvais monstre » qui l’accompagne et la complète. Cette dimension du récit est primordiale et participe d’un discours plus profond qu’il n’y paraît sur l’adolescence. 

En ce sens, Enzo Berkati a décidé d’ériger les monstres en symboles puissants des enjeux définitoires et initiatiques de l’adolescence. Avec ses personnages attachants, son intrigue vivante et ses illustrations colorées, Mauvais monstre ne déçoit pas, mêle le sérieux et l’absurde, et réévalue son périmètre d’action, pour peut-être encore gagner en densité.

Mauvais monstre (T.02), Enzo Berkati
Glénat, janvier 2024, 80 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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