« Mauvais monstre » : dualité(s) adolescente(s)

Les éditions Glénat publient Mauvais monstre, d’Enzo Berkati. Au programme : les pérégrinations d’adolescents mal dans leur peau et cherchant leur place dans un monde en mutation.

Le jeune auteur Enzo Berkati met en vignettes un monde fantaisiste où chaque individu est associé à un monstre dont l’œuf éclot à la puberté. Cette seconde nature ayant partie liée avec l’adolescence est une manière de sursignifier la transition vers l’âge adulte, une étape complexe, et souvent douloureuse. C’est le cas pour Éloïse, peu populaire, qui peine à trouver sa place dans les groupes sociaux formés au sein de son lycée, et qui se voit en outre affublée d’un « mauvais monstre », qu’elle baptise aussitôt, par mépris, « Machin ». Craignant de subir des railleries redoublées de la part de ses camarades, elle cache aux autres cette petite entité dotée de pouvoirs étranges et encore largement insoupçonnés.

Mauvais monstre pourrait se ranger aux côtés de Bunker, Absolument normal ou Alienated en ce sens qu’il déconstruit l’adolescence. Marginalisée, peu soucieuse de son apparence, Éloïse a conscience du désamour qui entoure sa personne. Mais plutôt que de traiter la question de l’acception de soi et de l’intégration sur un ton mélancolique ou plaintif, Enzo Berkati préfère recourir à l’humour, le sens de l’absurde et le fantastique. « Machin » va se voir requalifié en redresseur de torts capable de faire tomber le ciel, presque littéralement, sur la tête d’une adolescente un peu trop sûre d’elle. Les apparences peuvent cependant se révéler trompeuses et le (jeune) lecteur va l’apprendre à ses dépens, en révisant les jugements un peu trop hâtifs qu’il aura probablement adossés à Célie ou Victor – respectivement rivale et prétendant romantique d’Éloïse.

Comédie teenage doublée d’un discours sur le passage vers l’âge adulte et ses relations normées, Mauvais Monstre prend des voies détournées pour démystifier l’adolescence et ses pérégrinations quotidiennes. En se penchant sur les dynamiques de groupe, la dualité, la parentalité ou l’amour, Enzo Berkati place ses personnages dans des structures qui les enserrent et parfois empêchent leur épanouissement. Il le fait avec sensibilité, à hauteur d’enfant(s) ou d’adolescent(s), sans empeser son propos. Ce premier tome de Mauvais Monstre n’en est que plus léger et astucieux.

Mauvais monstre, Enzo Berkati
Glénat, janvier 2023, 80 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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