« Leyte » : théâtre de guerre navale

Peintre officiel de la Marine, Jean-Yves Delitte publie aux éditions Glénat, dans la collection « Les Grandes batailles navales », une bande dessinée intitulée Leyte et portant sur une opération militaire majeure de la Seconde guerre mondiale.

En 1944, la Seconde guerre mondiale touche à sa fin. L’Axe est acculé par les Soviétiques et les fronts se multiplient. Après avoir repris les îles Mariannes, les Alliés cherchent à s’installer au centre de l’archipel des Philippines, dans le but de couper les routes d’approvisionnement du Japon. « C’est un flot continu d’hommes et de matériel qui foule la terre philippine. » Dans son album, Jean-Yves Delitte conte de manière succincte une bataille qui se joue dans le Pacifique et qui voit l’US Navy faire face à la marine impériale japonaise, mais aussi aux avions kamikazes nippons.

Il n’est guère surprenant que Jean-Yves Delitte parvienne si bien à restituer les théâtres d’opérations militaires. Son savoir-faire n’est en effet plus à démontrer. Que cela soit en double page ou via des vignettes aux articulations millimétrées, le scénariste et dessinateur immerge ingénieusement le lecteur au cœur de la Seconde guerre mondiale, tout en sondant tant le camp américain que japonais. Alors qu’ils s’apprêtent à faire face au jusqu’au-boutisme nippon (le St Lo sera le premier navire de surface coulé par un kamikaze), les Américains ont conscience que l’abnégation de leur ennemi s’avère sans limite. Pendant que les cuirassés japonais sombrent dans les mers, le soldat américain Jimmy s’épanche : « Ils sont du genre à t’attaquer un blindé avec un canif ! »

L’armée américaine est diversifiée. Elle voit par exemple cohabiter un New-Yorkais et un gars du Wyoming. Certains y sont moins sensibles à la menace nippone que Jimmy : « Chaque fois que les Japs montrent le bout de leur nez, on les pulvérise… » Pourtant, et Jean-Yves Delitte l’illustre clairement, les soldats japonais ont à cœur de se montrer dignes de l’armée impériale. Ils veulent défendre leur honneur coûte que coûte, en ce y compris avec la force du désespoir. C’est ainsi qu’ils vont parvenir à couler des porte-avions d’escorte et à faire douter les Américains alors que tout semblait indiquer un succès rapide. Si l’on reste évidemment à la surface des événements, format oblige, le récit n’en demeure pas moins clair sur les enjeux et forces en présence.

Pour aller un peu plus loin, Jean-Yves Delitte propose un dossier historique en fin d’album. Ce dernier complète utilement Leyte, dont on appréciera surtout les qualités immersives et la capacité à caractériser les deux camps avec une rare économie de moyens (56 pages pour une bataille d’une importance majeure). Et mine de rien, c’est un nouvel épisode appréciable qui vient se glisser dans l’excellente collection « Les Grandes batailles navales ».

Aperçu : Leyte (Glénat)

Leyte, Jean-Yves Delitte
Glénat, juin 2021, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Le vent dans les saules » : suspendre le temps

Sous la plume de Michel Plessix, l’univers pastoral imaginé par Kenneth Grahame retrouve une seconde jeunesse. Une fresque douce et mélancolique où l’amitié, la nature et les caprices composent une partition d’une rare délicatesse.

« Monet en quête de lumière » : la vie intime d’un génie pictural

Avec "Monet en quête de lumière", Aurélie Castex épouse un regard. À hauteur d’homme, au fil des saisons et des doutes, sa bande dessinée retrace l’itinéraire d’un peintre obsédé par l’insaisissable, jusqu’à faire de la lumière elle-même un sujet.

« Les Saiyans (Full Color, Tome 2) » : le moment où tout bascule

Ce deuxième volume de l'arc Saiyans concentre ce que Dragon Ball a de plus brutal et de plus sublime. C'est ici, peut-être, que la série devient grande.