Nino et Ariane se penchent sur l’esclavage

La collection « Le fil de l’Histoire », publiée aux éditions Dupuis, propose depuis des années des bandes dessinées didactiques à destination des enfants. Sa dernière publication en date porte sur l’esclavage.

Nino aimerait qu’une machine débarrasse la table à manger à sa place. Ariane saute sur l’occasion pour lui apprendre comment étaient organisées les sociétés esclavagistes à travers le temps. On le sait, la collection « Le fil de l’Histoire » part souvent d’un détail insignifiant de la vie de ses deux personnages-médiateurs pour dispenser des leçons d’histoire s’adressant, en première intention, aux plus jeunes d’entre nous.

« L’esclave est une personne dont le corps appartient à un maître. Il n’a aucune liberté et n’est pas regardé comme un humain. » Cette description sommaire, glissée dès la page 4 de l’album, renferme des réalités qui diffèrent fortement à travers l’espace et le temps. Ariane ne s’y trompe pas, puisqu’elle abordera la question de l’esclavage dans l’Empire romain (les gladiateurs, par exemple), en Chine (pour la grande muraille notamment), en Afrique (le commerce triangulaire) ou dans le monde arabe.

Au départ, « il s’agit en général de prisonniers de guerre mais aussi de femmes et d’enfants capturés chez les vaincus ». Mais on peut aussi devenir esclave en raison de ses dettes, ou volontairement parce qu’on n’a plus de quoi subsister de manière autonome. En retour, bien plus tard dans les plantations, un esclave pourra se voir affranchi par son maître, ou être élevé au rang d’esclave « à talent » (spécialisé) ou « de case » (domestique), comme l’explique très bien l’habituel dossier explicatif glissé en appendice d’album.

Événements historiques

Quelques étapes importantes sont rappelées par les deux narrateurs. Au Ve siècle avant J.-C., à Athènes, la moitié de la population était composée d’esclaves. Le développement des villes nécessite alors d’importantes quantités de main-d’œuvre. L’esclavage antique dure des millénaires et est émaillé de révoltes, telle celle de Spartacus. Au Moyen-Âge, les deux grandes religions monothéistes (christianisme, islam) désapprouvent la mise en servitude des croyants. Les nouveaux esclaves viendront alors d’Europe de l’Est, puis d’Afrique, d’abord pour servir les souverains musulmans, puis dans le cadre du commerce triangulaire. Les esclaves sont dans un premier temps achetés aux rois et chefs de tribu africains, puis échangé contre des armes ou des métaux par les Européens, qui les envoient ensuite en Amérique, dans des conditions déplorables, en échange de coton, de sucre, de café ou de chocolat.

En Amérique, justement, l’esclavage va motiver la guerre de Sécession : les troupes nordistes, favorables à l’affranchissement des esclaves, et les troupes sudistes, partisanes du statu quo, vont s’affronter. Avant cela, des mutineries éclataient parfois sur les navires, la plus fameuse demeurant certainement celle d’Amistad, contée par Steven Spielberg au cinéma. Parallèlement, Haïti devenait la première République dirigée par des esclaves libérés. Malgré une évolution récente et positive des lois en matière d’égalité et de droits, il ne faut pas occulter des phénomènes regrettables de résurgence, comme en Libye ou au sein des territoires détenus par l’État islamique.

Ariane et Nino ont beau en démontrer toutes les tragédies sous-jacentes, l’esclavage demeure d’une actualité brûlante… Il faut d’ailleurs se remémorer que la Mauritanie ne l’a interdit (en apparence) qu’en 1980 !

L’Esclavage, Fabrice Erre et Sylvain Savoia
Dupuis, mars 2021, 48 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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