« Le Retour du Drakon » : quête effrénée

La série Le Dernier Dragon contient une double promesse : mêler à l’histoire une pointe de fantasy et inscrire les dragons au cœur des croisades religieuses. Son quatrième et dernier album, « Le Retour du Drakon », en manifeste toutes les caractéristiques.

À Tyr, dame Francona ne peut qu’assister impuissante à l’anéantissement de sa flotte maritime par des dragons courroucés. La ville est cependant épargnée : l’émir d’Égypte veut prendre les lieux intacts. À Damas, où va se dérouler l’essentiel du « Retour du Drakon », Jean-Pierre Pécau et Lajos Farkas vont narrer les péripéties de Draga la sorcière drac, Umas la dragonnière ou encore Amaury le condottière, tous trois en quête d’un œuf de dragon susceptible de changer le cours des événements, et bientôt à la tête de mercenaires libérés par leurs soins des geôles qui les maintenaient prisonniers.

Les planches de Lajos Farkas demeurent engageantes, avec un soin accordé aux détails et une restitution agréable des décors, qu’il s’agisse d’un harem de sultan ou d’un désert de sable. Le dessinateur est aidé en cela par les couleurs de Thorn. Les protagonistes du « Retour du Drakon » vont devoir improviser pour sortir indemnes de la Cité et se cacher dans les souks : si l’humour perle çà et là, la caractérisation des personnages se voit quelque peu sacrifiée sur l’autel de l’aventure, sans que cela apparaisse toutefois gênant. Et ce, d’autant plus que les dragons apportent leur lot de spectacle et que les allusions aux stéréotypes raciaux alors en vigueur (« Tous les Arméniens sont des escrocs ») ou à la condition des femmes (dans les harems, ou à l’endroit des prostituées), ainsi que les trahisons, irriguent l’album.

Le récit est rythmé, assez bien ficelé et il se solde par une fin suffisamment ouverte pour imaginer une suite aux aventures contées par Jean-Pierre Pécau et Lajos Farkas. On notera par ailleurs le recours au comique de répétition (« le borgne ») et au deus ex machina (en la personne de la dragonnière Stali). S’il manque certainement de sophistication, « Le Retour du Drakon » tient le lecteur en haleine d’un bout à l’autre et vient dûment clôturer une série réussie à défaut de se révéler mémorable.

Le Dernier Dragon : Le Retour du Drakon, Jean-Pierre Pécau et Lajos Farkas
Delcourt, janvier 2022, 56 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Les Naufragés du Lavalette : légende marine

« - Eu cartonne of Lucky Strike fore ziss fez en poil de cul !? Tut’moques de moi, l’ami ? - Yes, my friend. Ten packs ! That’s a very good price for you… »

« Le Fantôme de l’opéra » : horreur en musique

Tyler Boss et Martin Simmonds reprennent le mythe du Fantôme dans un récit d’enquête où le prestige du spectacle autorise toutes les outrances. Paru chez Urban Comics, ce volume de la collection Universal Monsters doit autant à son atmosphère graphique qu’à sa manière de faire du théâtre un lieu de désir, de peur et de faux-semblants.

« Le Parfum des feuilles de thé » : reprendre racine

Dans "Le Parfum des feuilles de thé" (Robert Laffont), Camille Monceaux et Virginie Blancher suivent Akane et Mayumi, deux jeunes femmes qui quittent Tokyo pour reprendre une plantation familiale. Au rythme des récoltes, leur installation devient une histoire de transmission et de choix de vie, non sans doutes.