Les Tortues et « Le procès de Krang »

Quatorzième tome d’une série remarquable, « Le procès de Krang » (HiComics) nous transporte dans la dimension X, où s’apprête à être jugé le plus effroyable des Utroms.

Le début du « Procès de Krang » tient de la fausse piste : le Baron Crapaud reçoit ses frères et sœurs dans son Palais des Plaisirs, à l’occasion d’un rassemblement du Panthéon des Immortels. Aka, Jagwar, le Roi des rats, Manmouth, Kitsune et Gothano s’y rendent afin d’établir une stratégie qui permettra à leur famille de régner sur l’univers pour les siècles à venir. Sauf que l’ordre du jour est rapidement bousculé par les doléances et les rancœurs. Les mutants polarisent l’attention. Kitsune a d’ailleurs un grief contre Aka à ce sujet, cette dernière s’étant immiscée dans son combat contre Hamato Yoshi. Le groupe apparaît hautement dysfonctionnel, propice au comique de caractère, de situation et de répétition, mais il n’occupera finalement qu’une place relativement chiche dans l’album – mais programmatique.

L’essentiel est en effet ailleurs : il réside dans la tenue d’un procès retentissant, censé juger tous les crimes perpétrés par Krang (et ils sont nombreux). Les Tortues rejoignent la dimension X afin de protéger les témoins appelés à la barre. Et pour cause : le chef Utrom a mis un tueur à gages, le redoutable Hakk-R (jeu de mots avec hacker ?), à leurs trousses. Les meurtres et mauvaises nouvelles vont dès lors s’amonceler pour les Tortues. Il est intéressant de noter la volonté des auteurs de confronter Krang à la justice des hommes : la preuve devient un élément indispensable à la caractérisation judiciaire de ses actes. Et l’objectif du cerveau-tyran est de se dédouaner en plaidant la nécessité : ce qu’il a perpétré est certes regrettable mais s’expliquerait selon sa défense – qui n’y croit cependant pas vraiment – par la volonté de préserver sa race.

Partant, l’habituel duel entre Krang et les Tortues se déroule sur deux tableaux : il s’agit de faire barrage à Hakk-R, au cours d’affrontements palpitants, mais aussi d’étayer une accusation qui n’est décidément pas épargnée par le sort. En plus des Tortues, du professeur Myrmimon, des Immortels ou de Leatherhead, Kevin Eastman, Tom Waltz, Bobby Curnow, Dave Wachter et Cory Smith, l’équipe élargie en charge de l’album, nous donnent à voir toute une série de créatures qui témoignent de l’inventivité sans cesse renouvelée de la série. Le tout en s’épanchant sur les ennemis des Tortues (de manière certes un peu empesée) et en rappelant, comme autant de clins d’œil, ce qui fait l’étoffe des uns et des autres (les liens entre Raph et Alopex, le tempérament de Leatherhead, les extravagances de Michelangelo, etc.). Beaucoup d’éléments discrets apportent de la densité à un album qui, malgré son volet judiciaire, n’a pas renoncé au spectacle.

Sur le plan graphique, « Le Procès de Krang » ne contraste pas avec le reste de la série : c’est précis, attrayant, sombre quand il faut, toujours mû par une science éprouvée du cadre et du mouvement. La structure de l’album pose davantage question, puisque le Panthéon des Immortels apparaît comme une sorte de prologue sans lien apparent avec les enjeux qui suivent. Cela étant, le lecteur y trouvera de quoi se réjouir, avant de se pencher plus avant sur les notions de justice et de responsabilité pénale, qui sous-tendent toute la seconde partie de ce volume, également émaillée de combats.

TMNT : Le procès de Krang (T14), Kevin Eastman, Tom Waltz, Bobby Curnow, Dave Wachter et Cory Smith
HiComics, juillet 2021, 176 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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